Le prochain combat sera-t-il celui des masques ?

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Nous n’en sommes qu’au début de la deuxième semaine de confinement. Nous sommes le 30 mars 2020, et ça chuchote déjà sur une prolongation allant de deux à six semaines. Seule issue aujourd’hui pour ralentir un minimum la propagation du virus et la vitesse de contamination, le confinement n’est pas appliqué partout de la même manière. Si certains peuvent se permettre de rester chez eux des journées et des semaines entières sans pointer le bout du nez, d’autres auront toujours un besoin (physique ou psychologique) de sortir.

 

L’urgence est d’acheter un médicament à sa mère. L’urgence est de s’approvisionner en lait pour le petit de deux ans. L’urgence est de donner un peu d’argent à cette famille nécessiteuse. L’urgence est d’aller travailler à l’hôpital, à la banque, à la télé, à la radio, à la pharmacie, à l’épicerie. L’urgence est de ramasser les poubelles, de nettoyer les rues, de livrer le courrier, de transporter les marchandises, d’encaisser les gens, de les emmener à leur lieu de travail. L’urgence est là, quotidienne, plurielle.

 

Alors oui, un grand nombre se conforme aux restrictions du mieux qu’il peut, qui en profitant d’un salaire versé tout en craignant que cela s’arrête du jour au lendemain, qui en puisant dans les réserves et en espérant des lendemains meilleurs, et qui en pleurant le ralentissement d’une économie précaire et en cherchant déjà la sortie de secours une fois le cauchemar terminé.

Fin du confinement? Oui mais, après? 

Le confinement ne pouvant durer éternellement. Il nous sera nécessaire de faire prendre conscience à toute la population de la virulence du virus, de la nécessité de s’en protéger, d’adopter les gestes barrières, de mettre en place les règles d’hygiène les plus strictes. Dans un pays comme le nôtre, où le secteur informel non régularisé fait vivre des millions de familles tunisiennes, nous ne sommes pas loin d’un scénario sud-italien où les gens-faute d’argent-, prendront d’assaut les magasins et braqueront boutiques et pharmacies.

Cette première phase de confinement servira peut-être à nous familiariser avec l’ennemi. Nous serons certainement amenés à ressortir bien avant qu’un vaccin efficace, testé et approuvé soit trouvé, fabriqué et disponible sur nos marchés.

Que faire en attendant ? Le combat actuel étant de préparer les lits de réanimation, les conditions sanitaires et médicales pour accueillir les malades graves ou dans un état critique. Aider le personnel soignant, les soutenir, les approvisionner en matériel de protection, leur servir à manger, fabriquer des respirateurs locaux…

Mais le combat actuel et futur est aussi et surtout celui des masques…FFP2 mais aussi chirurgicaux. Se protéger, mais aussi protéger autrui des fois qu’on est porteur sain du covid-19. La lutte est mondiale. De nombreux pays sont en rupture de stock. L’importation devient de plus en plus difficile. L’unique salut se doit d’être national et local. Un semblant de vie économique ne pourra reprendre qu’une fois tous les systèmes de protection autre que le confinement activés et adoptés de manière irréprochable : distanciation sociale, gel hydro alcoolique, port de masques…

150 ouvriers de la société Consomed, spécialisée dans la fabrication des dispositifs médicaux, sont confinés depuis une dizaine de jours pour produire des masques de sécurité pour le personnel des hôpitaux tunisiens et les forces de sécurité.

Le Fablab de l’ENIT, avec un certain nombre de partenaires est arrivé, en une semaine, à fabriquer et à livrer aux structures de santé 662 visières de protection du personnel médical et paramédical.

D’autres usines, ateliers de mode, couturiers s’activent à fabriquer des masques locaux de type chirurgical. Ces masques serviront à protéger les autres, sachant que la moitié des personnes saines d’apparence sont des porteuses de virus asymptomatiques.

La société civile s’active, le domaine du textile aussi. Si quelques erreurs de parcours sont commises, telles que la fermeture de certains lieux de fabrication de textile et le licenciement des ouvriers, ou encore le trafic du stock tunisien d’équipement, il n’en reste pas moins qu’il faut regarder le verre à moitié plein et encourager l’élan de solidarité.

Un masque pour chacun ! Pourquoi pas ? Dans un pays connu pour son secteur du textile et de l’habillement développé, il est inconcevable de ne pas se mobiliser tous pour faire face à la prochaine étape : « Sortir couvert ». Does it ring a bell ?