L’anorgasmie ou l’absence de jouissance sexuelle

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Elle est probablement moins connue que d’autres troubles sexuels… Pourtant l’anorgasmie, cette absence –ou difficulté- de jouissance existe bel et bien.

Comment la détecter ? Quelles en sont les causes ? Comment atteindre enfin le nirvana ? Professeur Yousri el Kissi, psychiatre et sexologue, a bien voulu nous éclairer sur le sujet.

Qu’est-ce qu’une anorgasmie ?

L’anorgasmie est définie par l’incapacité de sanctionner une stimulation sexuelle par une décharge orgasmique. Bien qu’elle prenne appui sur la dimension physiologique, elle implique des facteurs psychologiques et relationnels. De manière précise, elle correspond, selon la classification internationale à l’absence, rareté ou retard de survenue de l’orgasme et / ou à une intensité réduite de la sensation durant au moins six mois.

Quelles sont les différentes formes d’anorgasmie ? 

Il existe plusieurs formes d’anorgasmie:

  • Primaire : qui existe depuis le début de la vie sexuelle ou secondaire, survenue après une période où l’orgasme était normalement ressenti (qualifiée dans ce cas de « Paradis perdu »)
  • Totale, correspondant à l’absence d’orgasme lors des rapports sexuels, par masturbation ou par caresses préliminaires ou partielles quand l’orgasme est possible par stimulation clitoridienne avec ou sans partenaire (elle est dite aussi dans ce cas coïtale)
  • Absolue, survenant  en toute circonstance ; ou situationnelle quand elle est limitée à certaines circonstances
  • Vaginale ou Clitoridienne ?

La classique opposition entre orgasme vaginal et orgasme clitoridien est en train de tomber en désuétude. Il a été longtemps stipulé que le clitoris serait un élément sensoriel (siège des stimulations initiales) et le vagin un élément moteur (siège des sensations finales de plaisir). Selon cette hypothèse, la décharge orgasmique est stimulée par le clitoris, mais ne peut être ressentie qu’au niveau du vagin, notamment par l’intermédiaire des contractions spasmodiques dont il est le siège. Les connaissances les plus actuelles s’orientent vers un seul type de sensations orgasmiques pouvant être ressenties dans diverses zones érogènes et provoquées par une stimulation efficace du clitoris.

Comment la détecter et l’évaluer?

Evaluation physique et mentale

Face à une patiente qui consulte pour trouble de l’orgasme, il convient de vérifier ses antécédents médicaux. Il faut faire aussi un examen gynécologique. Sur le plan psychologique, il faudra détecter une dépression, une mauvaise estime de soi ou un trouble de la personnalité. Par ailleurs, des bilans biologiques peuvent être demandés surtout pour rechercher un diabète.

Evaluation du symptôme sexuel

Les femmes anorgasmiques rapportent souvent la plainte : « je ne sens rien ! » Devant ce terme, vague, il faut demander des précisions, fournir du vocabulaire pour les aider à verbaliser. Il faut préciser aussi les représentations de l’orgasme : si elles sont connues et disparues ou seulement imaginées (à travers des amies, média…). Parfois, il est utile d’explorer topographiquement le symptôme en faisant des schémas et en parlant de postures. Il est important aussi de faire préciser le ressenti de l’orgasme pour savoir à quel point son absence a été frustrante. Ce ressenti est souvent relié au début des rapports sexuels : plaisir ou au contraire douleur et tension ayant entraîné un évitement.

Evaluation du couple

Il convient de chercher, chez le partenaire, des troubles sexuels et notamment une éjaculation précoce ou des difficultés érectiles. Il faut aussi vérifier les préliminaires et les connaissances du partenaire sur la physiologie, la sensorialité et les réactions sexuelles de leur femme.

Il faut également se renseigner sur l’existence d’éventuels conflits conjugaux, de relation de pouvoir entre eux, sur les rôles sociaux… car ces facteurs peuvent retentir aussi sur la sexualité.

Quelles en sont les causes ?