La Tunisie projettera «Much Loved » lors des JCC…et c’est tout à fait normal !

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« Outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ». Dans le communiqué on peut lire que c’est « suite aux conclusions d’une équipe du Centre cinématographique marocain qui a regardé le film lors de sa projection dans le cadre d’un festival international » que les autorités marocaines ont « décidé ne pas autoriser sa projection au Maroc ». Pourquoi ? Parce que le film traite du quotidien de quatre marocaines s’adonnant à la prostitution dans la ville de Marrakech. Nabil Ayouch y lève le voile sur une réalité dure qu’une certaine tranche de la société vit au quotidien au Maroc. Le réalisateur va même plus loin en évoquant en filigrane la prostitution infantile et la prostitution homosexuelle au sein du royaume. Trash, cru, parfois violent mais aussi tristement comique, le film est un condensé d’images souvent dures à supporter. Le visionnage est lourd et éprouvant. Une caméra très proche des comédiens, de leurs corps, mais aussi de leurs plaies et blessures. [fve]https://www.youtube.com/watch?v=iV0kDKSUkAM[/fve] Projeté lors du festival de Cannes, le 19 mai 2015, le film a été censuré au Maroc quelques jours plus tard. En juin, le film est programmé dans le festival de Munich (interdit -18 ans). En septembre, il fait partie du festival de Toronto. « Ezzine Elli Fik » (son titre en arabe) sera dans les salles françaises et belges à la rentrée. La Tunisie sera donc le sixième pays à diffuser le dernier long métrage de « Nabil Ayouch ». « Much Loved » dans les JCC…rien d’exceptionnel  Rien d’exceptionnel à ce qu’un tel film soit présenté dans un festival aussi prestigieux que les Journées Cinématographiques de Carthage. Sachant que le film a été bien accueilli à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes, et qu’il a remporté le Valois d’or du meilleur film au festival d’Angoulême, il est donc normal que l’idée de le programmer lors des JCC soit d’actualité. Aujourd’hui certains évoquent une action de militantisme à travers cette programmation. Pourtant la Tunisie a connu ses déboires avec la censure, les scandales, et les vives critiques. A l’exception de La vie d’Adèle, tous les films et productions tunisiens et à polémiques ont été projetés dans les salles. A titre d’exemple, L’homme de cendres de Nouri Bouzid (1986), qui y traite de viol, de pédophilie et de prostitution. Ou encore Bezness (1991), avec la thématique du tourisme sexuel dans notre pays et bien d’autres. Réalistes, certains films ne font que placer un miroir en face de leurs spectateurs. Much Loved est l’une de ces œuvres qui, au lieu d’être déclinée en documentaire, Nabil Ayouch a choisi de l’enrober dans une fiction avec des touches poétiques. Dans ce film, on a mal pour ces dames, on les plaint, puis on les encourage à rester libres. Mais surtout on rit aussi. Avis de la rédaction : Much Loved est un long métrage intéressant car il traite d’une réalité méconnue par beaucoup. Pour l’avoir vu, j’y ai appris beaucoup de choses sur la prostitution au Maroc. Je me suis d’ailleurs posée la question sur sa pratique en Tunisie. Un bémol malgré tout : il n’y a pas de réelle histoire (pas de nœud, ni de chute dans l’histoire). A voir mais sans plus.]]>