La réponse d’Adel Hidar, l’Architecte du prochain théâtre de plein air à Sousse, aux propos de Sami Lajimi sur ce projet.

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Le 25 juillet dernier, le musicien Sami Lajimi, publie une photo du chantier du prochain théâtre de plein air de Sousse. Dans son commentaire, l’artiste traite toute la conception de « mascarade financée par le contribuable ». En commentaire également, Sami s’adresse aux architectes avec virulence : « Est-ce ainsi qu’on vous a enseigné l’architecture ? Pourquoi ? Pourquoi cette méchanceté gratuite? » Toujours selon Sami Lajimi, et se basant sur l’architecture des théâtres romains et grecques, ce projet ne devrait pas inclure une scène en demi cercle et une orchestra en arc. Des commentaires facebook ont fusé, dont celui de Raja Farhat, donnant raison à la critique de Sami et insultant les architectes, les ministères et les pouvoirs publics.

 

https://www.facebook.com/smaysoum/posts/10207186867565330?pnref=story

Adel Hidar, un des deux architectes du projet, et qui se trouve être aussi musicien, a répondu aux attaques virtuelles de Sami Lajimi, en postant un statut explicatif.

« J’ai été informé aujourd’hui de cette publication sur la page de l' »artiste » Sami Lajmi (en date symbolique du 25 juillet dernier) à propos du projet de construction de l’amphithéâtre de plein air de Sousse que je réalise actuellement avec mon confrère Jalel Sakli pour le compte du ministère de la culture…

Je réagis d’avantage à l’ignorance de l’auteur de cet article qu’à sa méchanceté gratuite et la virulence de ses propos diffamatoires. Dans la foulée, j’apporte aussi quelques précisions aux personnes qui ont réagi par leurs « commentaires » et leurs insultes.

Avant tout, il faut savoir que ce projet nous a été confié à la suite d’un concours national d’architecture que nous avons remporté en 2010. Les études architecturales sont absolument conformes aux standards internationaux de ce type d’équipement destiné à accueillir plusieurs types de spectacles d’été. Sa capacité d’accueil est de 5000 spectateurs, ce qui permettra à la ville de Sousse de se doter d’un équipement digne des plus grands spectacles…

La scène, d’une surface de 375 m2, dans laquelle peut s’inscrire un rectangle de 24m x 14m, pourra accueillir un orchestre symphonique et permettre aux scénographes d’installer plusieurs types de décors et d’équipements scéniques.

La scène se situe à 90cm du sol, selon les normes, et offre une visibilité à l’ensemble des spectateurs (chaises et gradins). La régie est encastrée dans les tribunes et offrira beaucoup de polyvalence pour la prise du son et de l’image ainsi que la balance…

Comment un « musicien » peut-il à ce point être ignorant des techniques de la scène et son organisation? Comment est-il possible qu’un « artiste » soit aussi superficiel dans ses propos et se permette de juger une œuvre en cours de construction sans avoir même pris connaissance des plans d’architecture?

Allez donc vous cultiver un peu cher monsieur! Cela vous rendra plus humble et au moins quand vous vous érigerez en donneur de leçons, vous saurez un minimum de quoi vous parlez!

Ceux qui avez contribué par vos commentaires au débat (ou à la polémique), vous êtres libres de critiquer et d’insulter les architectes de ce projet dont vous ignorez absolument tout. Vous pouvez aussi penser que nous sommes des minables voleurs qui bâclons notre métier… Mais comme vous vous revendiquez du domaine des arts et de la culture, il y a de fortes « chances » que vous passiez un jour d’un côté ou de l’autre de la scène du théâtre de plein air de Sousse. La réponse architecturale à vos propos injurieux vous y attendra sereinement!

Enfin, Monsieur Raja Farhat, qui arpentez la république tunisienne et ses scènes de « ciment » depuis plus de trente ans… Sachez que pour nous, architectes, le théâtre de Hammamet est un exemple d’architecture de béton avec une poïétique et une spatialité très représentative de l’architecture contemporaine en Tunisie. La qualité d’un « voyage » ne se mesure pas par le temps mais par les émotions qu’il suscite.

Les propos diffamatoires de votre ami Sami Lajmi sont d’un pessimisme navrant tout comme le sont les vôtres… Un jour de fête de la république tunisienne! Nous, messieurs, nous croyons en la république, en sa jeunesse, ses artistes et aussi ses architectes! La caravane passe…»

Par ailleurs, voici les détails (perspectives, plan de situation…)  de ce projet:

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theatre-3

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Cette réponse détaillée remet toute l’attaque gratuite en question. Et en pose une autre : comment est-ce qu’un « artiste » peut-il s’attaquer à un projet et un corps de métier sans avoir tous les éléments du dit projet en main ? Sans avoir accès aux plans, sans avoir consulté et demandé des explications à l’auteur ? Comment des personnalités « influentes » se permettent-elles d’anéantir publiquement le travail des autres ?

Le métier d’architecte étant aussi complexe qu’exigent en matière de techniques et de créativité, qu’il n’est pas aussi simple de donner son avis sur une oeuvre sans en connaître les détails ni les contraintes, et ce même par un musicien, aussi bon soit-il.

Il est grand temps que les publications et autres déclarations sur les réseaux sociaux soient émises avec plus de responsabilité. Il est aussi temps d’apprendre à respecter le travail des autres et de savoir comment rédiger une critique constructive basée sur des questions pertinentes car c’est bien connu, les insultes et attaques gratuites n’ont jamais fait avancer les choses.

A propos de Adel Hidar: Diplômé de l’école d’architecture de Rabat et de l’institut d’urbanisme de Paris, Adel Hidar s’installe en Tunisie en 2000 où il fonde Atelier Façila – architectures & paysages après avoir travaillé durant 5 ans avec Paul Chemetov (auteur avec Jean Deroche de l’amphithéâtre de plein air de Hammamet 1964). Adel Hidar est aussi l’auteur de plusieurs projets en Tunisie pour le compte de l’État, essentiellement dans le domaine de l’enseignement, et aussi divers projets dans lesquels il s’intéresse au rapport contextuel de l’objet bâti et son environnement. Il enseigne à l’institut des beaux arts de Sousse entre 2001 et 2003, puis à l’école nationale d’architecture entre 2003 et 2013.