« La fuite » de Ghazi Zaghbani, ou lorsqu’une « p… savante » et un extrémiste religieux diplômé se rencontrent

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« La fuite » est la nouvelle pièce de Ghazi Zaghbani qui joue depuis un moment dans son espace « L’Artisto ». Dans ce théâtre de poche intimiste, Nadia Boussetta, Mouhamed Houcine Grayaa et Ghazi Zaghbani lui-même se son emparés de la petite scène pour présenter au public une pièce audacieusement mais très subtilement mise en scène.

« La fuite », c’est l’histoire d’un jeune extrémiste religieux recherché par la police et qui trouve refuge chez une prostituée. Pas de noms, ni d’espace temporel donnés aux actions de la pièce car elles  pourraient tout simplement avoir lieu aussi bien dans la Tunisie des années 80, que dans celle d’aujourd’hui et probablement celle de demain. Dans ce pays où des extrémistes religieux endoctrinés ont toujours (fait face) côtoyé des femmes pratiquant le plus vieux métier du monde, Ghazi Zaghbani a choisi de faire évoluer ces deux « communautés » en face à face étroit et intimiste. Et si « El Harba » -son titre en tunisien- met à nu deux personnages que tout oppose à travers un texte bien dosé de Ghazi Zaghbani, le texte original est celui de Hassen Mili, puisque « La p…savante » est une pièce de théâtre en français que l’auteur tunisien a publié aux Editions Edilivre.

LA FUITE de Ghazi Zaghbani

#Lafuite de Ghazi Zaghbani avec Nadia Boussetta et Grayaa Med Hessine Billeterie en ligne https://www.tiklik.tn/les-salles-de-theatre/l-artisto.htmlRéservez vos places : 71780361 – 58878786

Gepostet von L'artisto am Donnerstag, 4. Januar 2018

Le temps d’une nuit, l’espace d’un huit-clos incongru, deux personnages, deux corps, deux esprits vont se confronter verbalement. Débat d’idées, lutte des corps, et rencontre des âmes. Lui, qui semble avoir des certitudes sur la vie ici-bas et celle de l’au-delà, et elle qui n’a de certitudes que sur son vécu, et ça lui suffit. Entre les deux, l’appel de la chair n’est pas loin mais l’échange est surtout et d’abord verbal. Dans « La fuite », les dialogues sont crus d’un côté, prudes de l’autre. Le geste est audacieux et tactile pour elle, craintif et hésitant pour lui. Au fur et à mesure, les personnalités se dessinent et on comprend que le jeune homme est un informaticien diplômé au chômage et que la jeune femme n’est pas idiote, bien au contraire, ce qui rend la rencontre fort intéressante. On se prend au jeu et on embarque dans un dialogue ponctué d’humour. Et heureusement d’ailleurs. Sinon comment faire passer un message aussi sérieux si ce n’est par le tragi-comique que Ghazi Zaghbani sait très bien manier.

« La fuite » c’est aussi un trio sur scène qui assure.  C’est la prostituée, l’intégriste mais aussi le « client » interprété par Mohammed Houcine Grayaa dont le passage est très bien dosé. Lui, c’est le tunisien lambda, le bon vivant, qui ne se pose pas trop de question et qui profite des plaisirs de la vie. Mais au final, qui a raison ? Ou plutôt qui entraînera l’autre ? La pécheresse prendra-t-elle le dessus et entraînera-elle le jeune étudiant dans son monde ? L’islamiste le convaincra-il de ses idées ? Sera-t-il sauvé de la police et à quel prix ?

Après de nombreux cycles qui ont affiché complet, « La fuite » continue d’être présentée au public et les passionnés du quatrième art pourront aller voir une Nadia Boussetta audacieuse qui retrouve le plaisir des planches après une longue absence et qui soutient un rythme intense une heure durant aux côtés du duo gagnant Ghazi Zaghbani et Mohamed Houcine Grayaa. A voir !