La Baklawa c'est pour quand?: Chroniques d'une célibataire

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Cette chronique met en scène des histoires de trentenaires célibataires racontées par un "coeur" observateur.

 

Dyslexique mais très intelligent, cet amour tâtonnant, hésitant, et schizophrénique refuse de se laisser inspirer par les âmes déambulantes sur le fil transparent de leurs relations. Sésame m’ouvre la porte de ces âmes déchues :

« Quand Harry rencontre Sally » à la sauce tunisienne…Il m’aime, je l’aime, je respire à travers lui, j’existe grâce à elle… « Roméo et Juliette » revisité sur un fond de « F*** me I’m famous » signé Guetta, et Vérone s’éclipse devant le Calypso.

« Mr Nobody and Mrs Jones » des temps modernes…grain de sel dans une vie trop monotone. Le jeu classique du ‘Catch me if You Can’…l’acte "irréversible".

« 7obi, rou7i, 3omri », un ton poétique en moins, un arrière goût mielleux en plus…ou le fameux « Chéri j’aime ton argent…Alors viens que j’exhibe tes belles formes devant mes amis… ».

« Mr and Mrs Smith » quelques degrés d’intelligence en moins, pas beaucoup de tactique, et pas tellement stratégique…à l’affût du moindre faux-pas, à défaut de se focaliser sur le vrai-faux problème, sans faux jugements.

Mon amour joue le jeu, prête sa voix aux acteurs, s’approprie la planche, monte les marches, tend son oreille et me livre ses monologues les plus fous de ces couples du nouveau millénaire :

« Je me laissais transporter par cette beauté, presque envoûtée, captivée par  son discours  sur  le développement économique du pays, chiffres à l’appui, statistiques, citations de sources, le tout saupoudré de rhétorique et d’analyse contextuelle. Non, je ne suis pas facilement impressionnable, mais dieu que ses yeux étaient beaux. Et puis non, le quatrième verre de Vodka ne dérangeait pas pour autant, ça lui donnerait peut être plus d’éloquence et d’assurance. Je restais preneuse. J’aime recevoir avant de donner, m’informer de l’étage où sont rassemblés tous les neurones de mon interlocuteur.

Ce soir là, je pris l’ascenseur pour monter au quatrième. Il s’arrêta en cours trois fois. Panne électrique qu’ils disaient…Les verres de Vodka se succédaient, les shots suivaient et les pannes se multipliaient. Le discours économique butait. Je finis par m’en débarrasser en basculant vers l’architecture, mais sans retour. Puis vers la littérature, toujours sans retour. Et pour finir vers la sociologie. A ce stade, je ne recevais plus rien, je ne faisais plus que donner.

Pas très loin de ce regard qui n’en reste pas moins ensorcelant, sa copine se trémoussait sur un air de ‘Hey Hey’ . Enfin si l’on pouvait considérer cet être vivant en tant que copine. Catégoriquement, elle appartient à celle des call-girls en free lance ayant pour objectif quand même d’établir une belle et riche entreprise familiale.

‘Que d’alcool, que d’alcool’ aurait dit Mac Mahon ce soir là, et ‘que d’embrouilles, que d’embrouilles’ lui aurais-je répondu. En fin de soirée, le prince aux yeux d’émeraudes transforma le dance floor en arène de combat romain…Question d’orgueil, expliquera-il plus tard ! Mais, moi, j’avais ma propre explication : Une plante aux formes généreuses, et ambitieuse de surplus n’est pas seulement un être vivant qui inspire de l’O2 et expire du CO2. C’est surtout un être qui attire l’attention, puis le regard, puis le toucher, puis…aspirant à goûter au fruit pas si défendu que ça.

Ce soir là, la belle plante rentra seule (ou pas). Anis se dit enchanté de faire une si belle rencontre parisienne, tout en me susurrant son numéro de téléphone à l’oreille. Je ne le rappelai jamais.

Mais je le revis. Paris est une petite ville très lumineuse. Et sous les projecteurs, tout le monde se croise, se recroise et toutes les combinaisons sont possibles. Alors, je le retrouvais à ma table, invité par un ami à une amie à moi.

Avait-il oublié que j’avais eu droit à son discours sur le développement économique du pays trois mois plus tôt ? J’écoutais sans trop brancher. Je scrutais la nouvelle compagne. Jolie brunette, charmant sourire et regard timide. « Ils sont ensemble depuis 2 mois, pour une fois qu’on le voit avec quelqu’un de bien…pourvu que ça dure » me chuchota ma voisine de table.

-Tu n’as jamais appelé, -hawka rit rou7ek- finit par me lancer Anis.

-Et toi, tu ne m’as pas encore présenté. Je lui répondis en dirigeant mon regard vers sa copine.

-C’est Farah, ma petite amie, enfin rien de sérieux pour le moment, mais elle est gentille –w3a9la-

3a9la, sage, ou plutôt soumise, aurait-il du dire…Est-ce pour montrer qui domine qui, qu’il lui ordonnait de remplir le verre à chaque fois qu’il se vidait, d’appeler le serveur, d’aller lui chercher son appareil photo dans la voiture ? Est-ce par manque de respect qu’il l’interrompait quand elle parlait ? Est-ce par manque de tact qu’il lui rappelait qu’il avait un niveau universitaire plus élevé qu’elle devant tout le monde ? 

Le déséquilibre de cette relation était autant visible que son problème avec l’alcool.

Cette fois,  le diner ne se solda pas par une mise à la porte comme la dernière fois, mais on se retrouva chez mon amie pour finir la soirée. La gentille brunette, me fit entre temps une déclaration qui me laissa perplexe. Quel conseil donner à une jeune femme de vingt ans, qui vous avoue subir les pires violences physiques et morales par un trentenaire alcoolique, lui faisant rappeler à chaque fois qu’elle était coupable de s’être donné à lui ? En gros, il la blâmait pour lui avoir retiré sa virginité…J’avoue que j’étais un peu larguée sur ce coup.

Je pensais : Ou sont placés alors les ‘7obi’, les ‘omri’ et les ‘azizti’ avec lesquels il l’inondait? avant la gifle ou juste après la réconciliation ? Avant, pendant ou après l’amour ? A l’heure du déjeuner peut être, comme un rituel, comme une prière chrétienne.

Je vis à ses yeux qu’elle s’accrochait à lui, qu’il avait réussi à la manipuler, que dans sa petite tête n’y avait plus qu’un mélange de culpabilité, de dépendance, de peur, de traumatisme et un filet auquel elle s’accrochait, espérant encore l’épouser et sauver sa face devant la société moralisatrice.

Un grand bruit fracassant interrompit notre séance de confessions intimes dans la cuisine. Anis venait de casser un vase en cristal. Pris par sa crise d’alcoolique pas du tout anonyme, et ne trouvant ni serveur, ni dragueurs lourds, ni compagne à proximité, il s’en prit au vase.

Ce fut la dernière fois que je revis le couple heureux. Renvoyés de la maison ce soir là, j’entendis par mon amie, par la suite, que la jolie brunette en paya encore les frais cette nuit là par une bonne raclée.

Mais j’eus vent aussi, que six mois plus tard, elle eut droit à  un ‘Veux-tu m’épouser rouhi ?’ et qu’elle accepta, comblée et heureuse."

 Une histoire signée, mon amour chancelant, errant mais pur et grand.

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