La Baklawa c'est pour quand? Chronique d'une célibataire: Relationship status

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Cette chronique met en scène des histoires de trentenaires célibataires racontées par un "coeur" observateur.

 

Mon amour, âme chancelante, me chuchote des histoires de cœurs perdus, souvenir des années 20 et remis au goût du jour version 2010. A l’instar de la hadhra revisitée, les instruments changent, le concept reste le même. Mise à jour, extension de mémoire…vive le nouveau millénaire.
 
-2007- Facebook se rajoute, s’installe, s’exécute… « ta tête, et ton esprit, et ton cerveau » Il prend le tout ou rien. Moi j’ai toujours été très dans le social, alors j’ai joué le « all in » sur la table de ma vie.
 
-2008- Facebook se mêle, se déchaîne, et nous laisse pendus, assoiffés de statuts, petites fêlures dans la vie intime des cœurs. Entre des « dossier classé, souvenir construit, passé composé et futur en devenir » et des « blanche évasion, de mes poumons et contre la gravité fait son ascension » les mots s’éparpillent et les papilles s’éveillent…le corps s’ex…cite, les neurones s’ex…tirpent, les amours s’ex…priment.
 
Et puis 2009, et puis 2010, et puis probablement 2011, le big bang theory des deux masses virtuelles, hommes et femmes se cherchent, se connectent…se…déconnectent du chat et se cherchent à coup de ‘tok tok’ sur la fenêtre virtuelle de leurs cœurs.
 
Et puis le bug…qui est-elle ? D’où vient-il ? Amis ? Petits amis ? Un peu plus petits si affinités ? Et puis la vie les met face à face me dit mon cœur. Notre nouveau millénaire chamboule les lois des relations de couples dans la société tunisienne. On cherche l’original, le risqué, le nouveau…Les statuts de couples se modernisent : It’s complicated, En vue de…, Triple fiche, Friends with benefits etc…Mon coeur me raconte son histoire à elle, jeune rebelle :
 
« Le temps, la lenteur, et les battements de cœur, le regard, les lèvres, les caresses, et la douceur. Pour elle le ton était donné…Toujours le même : le désir à distance et la pause. L’envie suicidaire de sauter dans ses bras, puis celle de respirer l’air qui remplit sa bulle. Elle me raconte sa première photo, me décrit ses premiers mots, me fait ressentir ses premières caresses : ‘J’aime à dire qu’on ne s’est pas réellement cherché, ou alors que c’est lui qui m’a trouvé. Tu sais, je suis plutôt quelqu’un de pudique. J’aime le conventionnel, l’échange réel. Lui, c’est plutôt l’intellectuel, l’inventé, la recherche profonde, un vrai adepte des ’20 milles lieues sous la mer’. Enfin bon…On va dire qu’on s’est trouvé au hasard. Pas de questions posées, dans nos discussions tout coulait de source. Entre lui et moi, pas de rendez-vous. Pas de compte à rendre. Je ne me sentais pas de lui demander qu’avait-il fait de sa journée et de sa part me laissait maîtresse de mon quotidien. Notre relation était particulière, nos coups de fils rares et nos rencontres au grès du hasard.

 Notre relation était particulière, nos coups de fils rares et nos rencontres au grès du hasard. 


19 rencontres en tout…étalées sur 6 ans, passionnées, passionnelles et charnelles. Je suis sure que je le connais. Mais je me pose toujours la même question : Qui est-il ? Et pourquoi n’éprouve-je pas le besoin de le sentir en CDI à plein temps dans ma vie ? Fallait-il avoir cette fatidique discussion ? L’inévitable question : Mais où allons-nous ? En tout cas, lui non plus ne semblait pas si pressé que ça d’en parler. J’écris sur du papier volant: « est-ce que je l’aime ? » le papier finit par s’envoler.
 
Mon cœur balançait dans un rythme que lui seul comprenait. Entre salsa cubaine et tango argentin, la fête battait son plein au joyeux royaume de ma tête. ‘Dirty dancing’ mais façon Havana Nights. De nos corps à corps occasionnels,  j’en ai fait mon Xénon, et du reste de ma vie mon Oxygène.
 
On m’a parlé de relation déséquilibré, d’atteinte aux lois de la société, de chamboulement des valeurs de la famille.

Et j’ai parlé d’échanges, de complicité, de renouvellement, de désir, de séduction, de liberté, de satisfaction sexuelle…oui mais continue.

Avez-vous tout ça dans vos couples ordinaires ? Dans vos ‘chouchous, loulous, azizti, omri w rou7i w9albi’ ? J’étais fière de moi. Contente d’être celle qui maîtrise l’art et la manière de manier une relation. J’avais trouvé le mélange parfait de la liberté, et de la satisfaction émotionnelle. Selon ma théorie personnelle qui dit  que l’on ne cherche pas l’amour, mais une satisfaction émotionnelle qui nous renvoie l’image de l’amour. Moi Lamia, je l’avais trouvé.
 
Seulement voilà qu’au bout de quelque temps, la nicotine prenait la place du Xénon et j’avais beau essayer d’arrêter de fumer mon homme, dès que quelqu’un en allumait une (ou plutôt un) devant moi, je me précipitais sur mon pc et grillais tout le stock de conversation utilisable. Au bout de 6 ans, il était devenu mon addiction…Bonjour, je m’appelle Lamia et je suis Aminoholic !
 
 Et puis qu’importe l’addiction tant qu’on avait la satisfaction…
 
Et en parlant de satisfaction, la mienne était soit virtuelle, soit privée et personnelle. Selon le nouveau code des relationship statuts, pas besoin d’exhibition publique, pas besoin de s’afficher, encore moins de se parler en public. Et si par le pur hasard, vous vous retrouvez dans le même espace, vous pouvez toujours feindre de ne pas vous connaître. Vous pourrez par la même occasion rajouter du piment dans votre relation en jouant au jeu du ‘on ne se connaît pas, mais je ne vois que toi ce soir’

Qu’importe l’addiction tant qu’on avait la satisfaction 


L’expérience ultime…je la conseille vivement à tous. Personnellement, je ne l’ai vécue qu’une seule fois…au bout de six ans de relation libre. Ce soir là, j’étais bien habillée, bien entourée, à l’endroit le plus huppé de la ville… « the place to be ». Son entrée me fit l’effet d’un triple shot tequila avalé à 8h du mat en zappant le petit dej… Je n’avais bien sur jamais avalé de triple shot téquila à 8h du mat…mais juste pour dire que c’était une sensation que je n’avais jamais connue, la plus étrange que je n’ai jamais vécue. Il était en groupe, mais accompagné. Et elle était juste parfaite. Et moi j’étais juste idiote. Son regard croisa le mien. Il s’y attarda quelques secondes, puis repris sa conversation le plus naturellement possible.


 
Après tout, rien n’était convenu entre nous…ou plutôt on s’était convenu de ne nous engager à rien, pas même le fait de se connaître. Ce soir, je n’étais rien. Non, non, je me corrige, ce soir, je n’étais personne. ‘Ce soir, je paie mon addition et je rentre.’
 

Ce soir, je n’étais rien. Non, non, je me corrige, ce soir, je n’étais personne. ‘Ce soir, je paie mon addition et je rentre.’
 


Depuis cet incident, j’avais décidé d’arrêter pour de bon. J’ai eu quelques rechutes bien sur, comme tout le monde, comme dans chaque relation amoureuse. Mais j’avais compris une chose. Tout passe par le cœur. On peut se prétendre à vivre la plus libre des relations, quelque part on est attaché à cette autre personne…par les mots, par l’odeur, par le regard, ou juste par la présence. Quelque chose en elle est unique. Et alors, il faudrait soit la saisir et la rendre exclusive, soit lui rendre sa liberté pour qu’elle le soit avec quelqu’un d’autre.
 
Ahhh, l’exclusivité…quel merveilleuse sensation ! Je t’en parlerai une autre fois, parce que pour le moment je dois me préparer pour aller dîner avec mon amoureux. Je ne t’ai pas encore dis ? I’m engaged now !!
 
Une histoire signée, mon amour chancelant, errant mais pur et grand.

 

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