Je suis cleptomane

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Encore méconnue des spécialistes, la cleptomanie est bel et bien une maladie qui pour le moment n’a aucun traitement. Celle-ci cause généralement beaucoup de souffrance pour la personne qui en est atteinte, provoquant parfois un isolement social et familial. Sophia, cleptomane depuis son plus jeune âge, a accepté de nous livrer son histoire. Son nom a été changé pour respecter son anonymat.

 

«Tous les enfants volent un jour ou l’autre, que ce soit des friandises chez l’épicier ou quelques pièces dans le porte-monnaie de leurs parents. C’est normal. L’expérience du vol permet à l’enfant de tester ses limites mais aussi d’affirmer son individualité vis-à-vis de ses parents. Généralement, cet apprentissage est éphémère et s’arrête lorsque l’enfant comprend que le vol est un délit puni par la loi.

En ce qui me concerne, les choses sont différentes: je n’ai jamais cessé de voler. Enfin, pour moi, il n’était pas question de vol mais juste de prendre des choses qui étaient sur mon passage. La très grande majorité du temps, je ne m’en rendais même pas compte. Cela peut paraître étrange mais ce geste faisait partie de mon quotidien, il était devenu aussi naturel que de respirer. Pour moi, je ne faisais rien de mal. Et puis personne ne savait ce que je faisais, pas même mes parents puisque je subtilisais des petites choses qui n’avaient aucune valeur comme une gomme, un jeton de jeu ou une pièce. Ensuite, je les entassais chez moi dans ma cachette secrète sans qu’aucune question ni culpabilité ne m’encombre l’esprit.

C’est au collège que les problèmes ont commencé. Une copine de classe qui m’avait invitée pour son anniversaire m’a accusée de lui avoir volé un bracelet et s’en est plainte à ses parents. Lorsqu’on m’a demandé si j’avais subtilisé le bijou, j’ai juré que ce n’était pas moi, qu’on m’accusait à tort. J’imagine que mon air innocent a suffi à calmer les soupçons. Il faut dire que je ne m’identifiais pas du tout à l’image de voleuse qu’on voulait me coller. Je n’avais fait que prendre cet objet qui me plaisait, de la même façon qu’on cueille une belle fleur dans un champ. Je n’étais pas une criminelle ou une mauvaise fille pour autant.

A vrai dire, à cette époque-là, je n’ai regretté qu’une seule et unique fois d’avoir volé. Avec une amie un peu tête brûlée, nous avions dérobé une bonne dizaine de vêtements dans divers magasins du Zéphyr. Notre plan s’était déroulé sans encombre jusqu’à ce qu’un vigile empoigne mon amie pour la mener au sous-sol, là où se trouvaient les locaux de la surveillance. Heureusement pour nous, le chef de la sécurité a préféré appeler nos parents plutôt que la police et donc l’affaire n’est pas allée plus loin. Après avoir remboursé plus d’articles que ce que nous avions volé, mes parents m’ont fait la leçon et m’ont privée de sortie pendant un mois. J’étais certes dissuadée de voler dans les magasins, mais cela n’a pas suffi à mettre un terme à mes habitudes. Dès le lendemain, une envie irrépressible me fourmillait à nouveau les mains…

Ce n’est que récemment que j’ai pris conscience de la gravité des mes actes. J’ai fait l’erreur de subtiliser un petit bibelot en porcelaine alors que nous étions invités à dîner chez le patron de mon mari. Manque de chance, l’objet avait une grande importance émotionnelle pour son épouse, qui a vite remarqué sa disparition. La femme de ménage a révélé m’avoir vue prendre le bibelot pour l’observer de plus près. Dès le lendemain, mon mari rentrait du travail en me racontant tout cela d’un air confus et embarrassé. Comme lorsque j’étais petite, j’ai tout nié en bloc et l’affaire a été réglée… jusqu’au jour où mon mari est tombé nez à nez avec le bibelot en question que j’avais laissé dans la poche de mon manteau.

Nous avons eu la dispute la plus intense de nos quatre années de mariage. J’ai fini par lui révéler que j’avais ces pulsions depuis toujours et que c’était plus fort que moi. Je me suis sentie terriblement honteuse pour la première fois de ma vie! Il m’a fait promettre de consulter un psychologue pour trouver une solution.

C’est pendant ma thérapie que j’ai enfin pu mettre des mots sur ces pulsions et comprendre qu’il s’agit véritablement d’une maladie. Même si je ne parviens toujours pas à arrêter de voler, j’apprends peu à peu à gérer ma maladie.»

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