Interview : Rym Ben Messaoud, l’actrice tunisienne à qui tout réussit

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A peine a-t-elle commencé sa carrière de comédienne, qu’elle obtient le Prix d’interprétation féminine au Festival International du Film d’Amiens pour son rôle dans «Hedi» de Mohamed Ben Attia. Rym Ben Messaoud n’est pas particulièrement pressée de tout réussir, pourtant elle réussit tout ce qu’elle entreprend, y compris sa dernière collaboration avec la marque de prêt-à-porter « Koton ». Entre deux « looks » et deux prises de notre shooting mode, Rym Ben Messaoud a répondu à nos questions pour notre interview « Culture ».

Femmes de Tunisie: Comment as-tu fait tes premiers pas dans le monde audio-visuel ?

Rym Ben Messaoud : J’ai fait mes premiers pas à la télé, en 2004, à Hannibal TV en tant qu’assistante de décoration. Je venais alors de finir mes études d’arts plastiques à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis. J’y ai travaillé un an. Quelque temps plus tard, j’ai eu l’occasion de passer le casting de la chaîne Al Jazeera. J’ai été prise et c’est cette expérience qui m’a appris le métier. J’ai d’ailleurs travaillé sur un documentaire pour enfants intitulé « Réalise ton rêve », sorti en 2005, et qui a fait le tour des pays arabes. Par la suite, je suis partie en Libye pour participer au lancement d’une nouvelle chaîne, mais je n’ai pas pu y rester. Au bout d’un an, j’ai préféré rentrer en Tunisie. S’en sont suivis mes cinq ans chez Nessma TV en tant que chroniqueuse, animatrice et responsable casting.

Ma reconversion dans la comédie s’est produite d’une manière assez drôle. J’étais chargée du casting d’une sitcom et le réalisateur de cette production a trouvé que je correspondais parfaitement à l’un des rôles. J’ai alors passé le casting et j’ai découvert que je me débrouillais plutôt bien.

F.D.T : Quel souvenir gardes-tu de ta première expérience en tant qu’actrice dans « Mektoub » ?

R.B.M : C’était mon premier rôle dans un feuilleton dramatique. Auparavant, j’avais joué dans la sitcom « Nsibti Laaziza » et dans le film « Printemps tunisien » de Raja Amari. Mais Mektoub représente une étape importante. C’était certes un rôle secondaire mais il était surtout difficile à interpréter. Il fallait avoir le caractère adéquat pour correspondre au personnage d’un médecin de prison. Je n’oublierai pas les conditions de travail. Le tournage avait vraiment eu lieu dans une prison : on utilisait leurs toilettes, leurs chambres, etc. C’était vraiment spécial comme expérience.

F.D.T : Comment s’est mis en place le casting, le choix et le tournage de Hedi ?

R.B.M : Dès le début, Dora Bouchoucha avait proposé mon nom à Mohamed Ben Attia, le réalisateur. Mais au début, il n’était pas convaincu car il ne me connaissait pas. Sous l’insistance de Dora, il a accepté de me rencontrer. Pour autant, ce n’était toujours pas gagné. Il a continué le casting pendant deux mois environ pour finalement revenir vers moi. Il était enfin persuadé que j’étais celle qu’il lui fallait pour le rôle. La préparation a duré très longtemps. Nous avons passé un mois à travailler les dialogues et plus de deux mois pour les répétitions.

F.D.T : Pensais-tu que le film allait rencontrer tout ce succès ?

R.B.M : Personne ne s’attendait à un succès pareil. Personnellement, j’étais persuadée d’avoir travaillé avec une superbe équipe. Mohamed Ben Attia avait déjà réalisé cinq courts-métrages, qui ont eu des prix, à l’instar de «  Mouja », sans oublier que « Hedi » est produit par Dora Bouchoucha et co-produit par les frères Dardenne. On avait donc la moitié de l’équipe qui venait de l’étranger ; des Belges et des Néerlandais. J’étais ainsi convaincue que techniquement, le film allait être bien réalisé surtout que le scénario était très bien écrit. Je savais que le film allait plaire mais je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il ait un succès à Berlin, qu’il remporte autant de prix et qu’il soit projeté partout dans le monde.

F.D.T : Est-ce que cela t’a aidée pour la suite de ta carrière ?

R.B.M : Le film Hedi n’a pas aidé ma carrière. Au contraire, il l’a rendue plus difficile [rire]. La responsabilité est devenue énorme. En Tunisie, il n’y a pas beaucoup de productions cinématographiques ; il y a environ deux ou trois films par an. Et pour trouver un autre film qui ait les critères de réussite de Hedi (un bon scénario, un personnage qui me ressemble, etc.), ce n’est pas facile. En revanche, Hedi m’a donné une notoriété à l’échelle internationale et je suis invitée dans plusieurs festivals depuis ma participation dans ce film. J’ai rencontré plusieurs personnalités du milieu et j’ai surtout eu l’occasion d’être membre du jury du Festival International du Film du Caire. Le film m’a indéniablement ouvert plusieurs portes et en a compliqué d’autres aussi.

F.D.T : Il y a aussi eu le succès de « Bolice ». Quelles qualités faut-il avoir pour tourner dans un feuilleton comme ça ?

R.B.M : Bolice est l’un des projets les plus durs. Il exigeait beaucoup d’effort physique, beaucoup d’improvisations et il exigeait surtout d’avoir des nerfs d’acier. Je devais montrer mes compétences face à trois grands acteurs (Kamel Touati, Lotfi Abdelli et Chedly Arfaoui). Il fallait une présence physique et mentale totale. Les tournages étaient difficiles mais j’en garde un très bon souvenir. J’ai appris à travailler en équipe, à donner de l’espace à l’autre, à former le bon équilibre avec les autres comédiens, etc.

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three years ago #memories #onset #bolice 1.0

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F.D.T : Aujourd’hui, tu es l’égérie de la marque « Koton ». Quel est ton rapport avec la mode ?

R.B.M : Très fort. Enfant, j’aimais beaucoup la couture et la broderie. J’adorais couper et coller les matières. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai choisi de faire des études d’arts plastiques.

À chaque fois que j’achetais un vêtement, je le customisais. J’aimais beaucoup la mode car elle me permettait d’exprimer ma personnalité et d’être différente des autres. Il m’est arrivé d’envisager ou de rêver de devenir créatrice de mode. En revanche, je n’ai jamais pensé à devenir mannequin.

F.D.T : As-tu toujours vu en toi ce côté « femme d’influence » qui pourrait inspirer d’autres jeunes femmes ?

R.B.M : Ça n’a jamais été mon objectif d’être une femme d’influence. Ado, je savais que j’étais différente des autres filles de mon âge. J’avais mon univers, mes ambitions, mes passions, etc. Je pense que ma différence plaisait. Cependant, je n’ai jamais aspiré à influencer les gens.

F.D.T : Quels projets pour ta carrière professionnelle ?

R.B.M : Normalement, je devais commencer cet été le tournage d’un film en Algérie mais vu la situation actuelle du pays, le tournage a été reporté. Sinon, j’ai le tournage de la seconde saison du feuilleton tuniso-turco-algérien Machaiir qui est prévu pour la rentrée prochaine.

F.D.T : Comptes-tu aller travailler à l’étranger ?

R.B.M : S’il y avait assez d’opportunités en Tunisie, je ne songerai jamais à partir. Ici, on te donne l’impression que pour avancer dans ta carrière, il faut tenter ta chance ailleurs. Alors, oui, j’y songe mais je n’y pense pas constamment. Je vais souvent en Égypte. Je pourrais un jour m’installer là-bas ; ou bien aux États-Unis. Je pourrais aussi voyager et abandonner ma carrière d’actrice. Qui sait ? La seule certitude que j’ai, c’est que je tenterai un jour l’expérience. Je pense qu’il est important à un moment de sa vie de partir de son pays d’origine et d’apprendre de nouvelles choses et une nouvelle langue. Bien sûr, on finit toujours par rentrer au bercail.