Interview : le makeup artist tunisien Coco Mohamed

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Crédit photo : Rock Raven

Pour le numéro de décembre, nous avons dédié la rubrique Talents à un habitué de la maison.  Mohamed Soltane Mechergui, alias Coco Mohamed, est devenu en quelques années l’un des maquilleurs et coiffeurs les plus sollicités du milieu de la mode tunisienne. Le jeune homme de 27 ans, qui participe depuis 2013 à nos shootings mode, jouit aujourd’hui d’une carrière déjà bien remplie. On a voulu en savoir plus sur lui et sur son métier. Interview.

Comment a commencé votre carrière de maquilleur et avez-vous toujours rêvé d’en devenir un ? 

Déjà tout petit, je regardais les TV shows et j’attendais avec impatience la partie des backstages des défilés. Je regardais comment ils coiffaient et maquillaient les mannequins. Ça m’a toujours impressionné.

L’année de mon bac, j’ai décidé de ne pas attendre davantage pour concrétiser mon rêve. J’ai donc abandonné mes études scolaires et commencé une formation chez ADACE (Académie des Arts de la Coiffure et de L’esthétique).

Racontez-nous votre parcours 

J’ai commencé à travailler en 2013 en tant qu’assistant-coiffeur. C’était justement pour un shooting de votre magazine Femmes de Tunisie. La photographe Joanna Ben Souissi m’avait repéré et m’a initié à ce monde-là.

Par la suite, j’ai travaillé pour le feuilleton Maktoub, où j’étais le maquilleur officiel. J’ai ensuite travaillé pendant deux ans pour MAC Cosmetics en tant que maquilleur puis un an en tant que spécialiste produit. En parallèle, je faisais des petits boulots en freelance.

A un moment, je n’y arrivais plus. Il fallait que je choisisse entre mon travail fixe chez MAC et les autres projets. J’ai donc choisi de travailler pour mon propre compte malgré les risques que cela impliquait. J’ai participé à des mariages, des événements, des soirées privées, aux fashion week de Tunis, à des shootings de mode, des campagnes publicitaires, etc. Je collabore aussi très souvent avec la parfumerie Pretty Woman. Et dernièrement, j’ai fait la première masterclass en Tunisie et ce, en partenariat avec Tap4Glam, un service de beauté et de bien-être.

Dans quoi puisez-vous votre inspiration ?

Je suis fan de Mario Dedivanovic, le maquilleur de la famille Kardashian. Son style correspond au mien ; simple mais toujours glamour. Je n’aime pas les mises en beauté trop chargées. J’aime que le résultat soit raffiné et classe. D’autre part, j’essaye d’être toujours à la page, de suivre les tendances et les nouveautés cosmétiques, etc.

Quels sont les projets dont vous êtes le plus fier et pourquoi ?

Je suis très fier d’avoir participé à deux shootings mode à Dubaï. Le premier était avec Joanna Ben Souissi et le deuxième avec un photographe de Vogue magazine. Ce sont deux expériences incroyables. Je n’ai jamais vu autant de professionnalisme : l’organisation, la planification, les mannequins, les photographes, le décor, etc. Tout était parfaitement bien préparé. C’était des expériences très enrichissantes.

Pour se faire connaître, est-ce qu’il est primordial, de nos jours, de partager son travail sur les réseaux sociaux ?

Quand j’ai commencé, les réseaux sociaux n’avaient pas autant d’importance. Mais aujourd’hui ils sont désormais devenus un véritable outil pour faire connaître son talent. Il suffit de voir combien d’influenceuses beauté, qui ont commencé en tant que maquilleuses, ont réussi à lancer leur propre marque de cosmétiques ou à collaborer avec des marques de renommée. Tout ça, c’est grâce aux réseaux sociaux.

Est-ce qu’il est facile en Tunisie de devenir maquilleur professionnel ?

Ça dépend du chemin qu’on veut prendre. On peut être maquilleur et ouvrir simplement son centre de beauté ou travailler pour un tiers et très bien le vivre. En revanche, si on souhaite travailler dans le monde artistique, c’est bien plus dur. Ce milieu est très restreint ; il faut rencontrer les bonnes personnes pour y entrer.

Quels sont les avantages de votre métier ?

C’est très enrichissant de travailler dans le monde de l’art. Tu rencontres des personnes intéressantes, tu as l’occasion de travailler sur différents projets, et c’est à chaque fois une nouvelle aventure. Aussi, il y a un vrai plaisir à satisfaire les gens et à les voir se réjouir du résultat. Si tu es professionnel et que tu fais du bon travail, tu deviens important dans le milieu et c’est plutôt gratifiant.

Et les inconvénients ?

Il y a les imprévus du freelance ; quand par exemple un client annule un rendez-vous à la dernière minute ou quand l’organisation d’un shooting est très mal maîtrisée et que tu es l’un des premiers à en subir les conséquences.

Quelles sont vos passions en dehors de celle pour le maquillage ?

J’aime la mode, le sport et la musique. D’ailleurs, si je n’étais pas maquilleur je serais sûrement danseur pop.

Comment voyez-vous le futur ?

Je suis très fier de mon parcours et de ce que je fais en ce moment. J’espère simplement continuer sur cette voie. Je souhaite bien-sûr perfectionner davantage mes techniques de maquillage et de constamment m’améliorer. Quant à l’avenir, je suis le genre de personne à vivre au jour le jour… Mais si j’avais un rêve à réaliser, ce serait de partir vivre à New York, la capitale de la mode.

Quels conseils pourriez-vous donner aux débutants qui voudraient devenir maquilleurs professionnels ?

Je leur dirais de bien apprendre les bases du maquillage, d’expérimenter au maximum, d’apprendre de leurs erreurs et de ne pas avoir peur de l’échec.  Il faut aussi soigner leurs rapports avec les gens, être honnêtes, ponctuels, à l’écoute, et surtout persévérants.