Zaineb Farhat, vous n’avez que 30 ans et vous êtes aujourd’hui parmi le bureau exécutif d’un parti politique : Comment expliquez-vous ce nouveau parcours ?

C’est le fruit de rencontres et d’un cheminement.  Depuis plus de deux années, j’ai été invitée à contribuer à l’élaboration des fondements de Ajyal. Nous étions plus de 200 personnes de toute âge à participer à des rencontres, des ateliers, des discussions, à nous opposer parfois sans rompre le dialogue et à construire ensemble ce qui est maintenant le cœur de AJYAL. Rien n’a été décidé sans échange, du nom du parti à sa vision, ses principes, son règlement intérieur. Tout est le fruit d’échange et de compromis. D’une réunion à la suivante, j’ai commencé à prendre goût et croire que nous pouvons réellement repenser la politique et en faire un exercice de progrès et d’épanouissement pour les jeunes. Je pense que AJYAL peut devenir une école pour ceux et celles qui comme moi veulent avancer tout en contribuant au progrès de la société.

Vous êtes de formation urbaniste. Comment vous voyez votre rôle à Ajyal et en quoi votre parcours académique vous a préparé à cela ?

Les études nous apprennent à mieux réfléchir, à mieux chercher et à persévérer. J’ai eu la chance très tôt de travailler avec les femmes potières de Sejnane. Une expérience unique qui m’a fait découvrir un monde nouveau au potentiel inouï. Aujourd’hui au sein de AJYAL, je vais me consacrer au monde de l’enfant. Nous allons tenter au cours de cette première année de contribuer à la réforme du système éducatif de la petite enfance et réaliser des études, des publications, des sondages d’opinion, des projets pilotes et enfin des propositions. Mon rôle en tant que chargée des études et de la planification consiste à regrouper l’information et la mettre à disposition des membres ; essayer de voir ce qui se passe ailleurs, donner la parole aux professionnels, experts, parents, enfants, écouter pour par la suite permettre au parti de proposer des changements. AJYAL est organisé en cercles. Chaque cercle comprend neuf membres et s’occupe d’un sujet en particulier. Je ne serai donc pas seule mais accompagnée par des personnes aux parcours différents mais animées comme moi de la volonté de servir.

Vous êtes quatre femmes dans le cercle exécutif sur un nombre de neuf, est-ce une exigence ?

Nullement. Ce n’était pas une exigence mais c’est venu naturellement. Nous n’avons à aucun moment cherché la discrimination positive. Nous sommes neuf personnes aux parcours très différents, la plus jeune parmi nous est encore étudiante et le plus âgé est retraité depuis plus de quinze année et cela fonctionne merveilleusement bien.

Comment voyez-vous l’avenir de ce parti ?

Nous avons une vision qui constitue notre cap et nous avons décidé d’objectifs à plus court terme que nous nous efforçons de réaliser durant cette première année. Notre mandat est d’une année non renouvelable au terme de laquelle un nouveau cercle exécutif prendra la relève. Nos objectifs avant le congrès de l’été prochain consiste à:

– Faire adhérer 1000 membres et leur permettre de se former et d’évoluer vers les niveaux supérieurs,- Développer un comité de prospective composé de 10 personnalités du monde de la culture et de l’éducation,

– Développer 3 partenariats stratégiques avec des organisations tunisiennes et internationales pour renforcer la mission,

– Participer aux élections municipales au niveau de quelques localités si les conditions s’y prêtent,

– Contribuer à la réforme du système éducatif des enfants entre 0 et 5 années à travers des études, des publications, des sondages d’opinion, des projets pilotes et enfin des propositions,

Ce sont là des objectifs d’une association plutôt que d’un parti ?

Nous pensons le contraire. C’est ainsi que nous voyons la politique. Une vision à long terme, un cap et des objectifs concrets, mesurables et réalisables à court terme. Pour réussir, un parti a besoin de concrétiser trois objectifs. Le premier est de faire émerger des talents. Le second est de produire des idées et des propositions concrètes et le dernier est de gagner des élections mais uniquement lorsque les deux premiers ont été réalisés. Car gagner des élections n’est en aucun cas le but ultime.

Un changement de gouvernance une fois par an ou une fois tous les deux années à partir de la fin de la période que vous avez appelé transitoire n’est il pas dangereux voir utopique  ?

Cela ne peut être utopique car facilement réalisable dans les faits si la volonté est là. C’est inscrit dans nos statuts et règlement intérieur et un changement ne peut y être apporté qu’à travers un congrès et avec une majorité des deux tiers des membres. En fait, il s’agit pour nous de nous habituer à construire et à léguer. Il y a de nombreuses manières de continuer à servir sans être dans le cercle exécutif. Il est grand temps de repenser nos systèmes politique et ne plus les construire autour d’hommes ou de femmes mais d’idées et d’idéaux.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?