Interview de Mahmoud Ben Mahmoud, réalisateur de « Fatwa », Tanit d’or aux JCC

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Son dernier long-métrage tunisien date de 2012. Après « Le professeur » avec Ahmed Hafiane et Sondes Belhassen, Mahmoud Ben Mahmoud nous revient avec un nouveau film « Fatwa »-Tanit d’or aux dernières Journées Cinématographiques de Carthage-  où il est question d’un père qui découvre le passé de son fils décédé dans un accident. Le réalisateur refait appel à Ahmed Hafiane pour le rôle du père. Ce dernier remporte lui aussi le prix du meilleur acteur aux JCC . Au casting, on retrouve également Ghalia Ben Ali et la jeune Sarra Hanachi.

Femmes de Tunisie : Votre film « Fatwa » parle de l’histoire d’un père qui veut connaître la vérité derrière la mort de son fils. Les 3 films tunisiens sélectionnés aux JCC parlent du rapport du père à son enfant. Est-ce un hasard où est-ce que les sociétés repensent la paternité ces dernières années ?

Mahmoud Ben Mahmoud : C’est plus un film sur l’incompréhension et le désarroi d’une famille dont le fils, décédé au début de l’histoire, avait cédé de son vivant aux sirènes de l’extrémisme et ce, en dépit de l’éducation moderne qu’il avait reçue. Le rôle du père est davantage ici la représentation du combat d’un musulman ordinaire contre l’obscurantisme qu’une réflexion sur la paternité.

F.D.T : Après plus de 30 ans depuis votre premier long-métrage, vous sortez votre 5ème film. Pourquoi avoir fait si peu de productions en Tunisie alors que vous continuez de travailler à l’étranger.

M.B.M : « Fatwa » est mon 6ème long métrage si l’on compte « Wajd », le film que j’ai consacré aux musiques soufies. Parallèlement à la fiction, j’ai tourné une douzaine de documentaires. Tous ces films sont des productions ou des coproductions tunisiennes. J’aurais certes pu en tourner davantage mais les difficultés de financement inhérentes à tout projet de film d’un pays du Sud ont été le principal obstacle à une carrière plus prolifique.

F.D.T : Vous choisissez souvent de travailler sur des thèmes de société, d’histoire ou de patrimoine et de mémoire collective. Pourquoi ? Trouvez-vous que notre cinéma manque de ce genre de productions ?

M.B.M : Il est vrai que lorsque j’ai tourné « Chich Khan » avec Fadhel Jaïbi sur les Italiens de Tunisie puis consacré plusieurs documentaires aux minorités qui ont fait l’histoire de notre pays, les films traitant de ce genre de thèmes étaient rares et je pense avoir rencontré une véritable attente du public. Pour le reste, ce sont surtout des sujets dans lesquels je me reconnais de par mon parcours et mon histoire personnelle.

F.D.T : De quoi manque le cinéma tunisien ?

M.B.M : Notre cinéma a surtout manqué jusqu’ici de bons scénaristes et de directeurs d’acteurs. Sur le plan thématique, il a besoin d’un plus grand ancrage populaire.

F.D.T : Comment ce cinéma a-t-il évolué à votre avis ?

M.B.M : Une nouvelle génération de cinéastes apporte un vent de fraîcheur et d’audace dans le cinéma tunisien. La présence de coproducteurs étrangers dans les génériques de leurs films est un gage de qualité et leur offre surtout des perspectives de diffusion internationale. On ne peut qu’être optimistes.