Photographe : Meriem Hbaieb pour Femmes de Tunisie

Avec la pièce de théâtre “la fuite”, Nadia Boussetta a fait un fracassant retour sur scène dans le rôle audacieux d’une fille de joie. Mais l’actrice a aussi surpris plus d’un en affichant une crinière poivre et sel, sa couleur naturelle. Elle fait ainsi partie de ces nombreuses femmes qui découvrent jeunes leurs premiers cheveux blancs et qui décident de s’affranchir des injonctions sociales en les assumant. On a souhaité en savoir plus sur cette décision et sur les nouvelles habitudes capillaires de la comédienne de 36 ans.

A quel âge avez-vous commencé à avoir des cheveux blancs ?

J’ai commencé à avoir les premiers cheveux blancs à 17 ans. Je savais que c’était héréditaire vu que mon père était assez jeune et avait déjà beaucoup de cheveux blancs.

A 20 ans et comme toutes les jeunes filles de cet âge, j’ai commencé à essayer les colorations, de m’amuser un peu avec mes cheveux.  Vers l’âge de 25 ans, j’ai voulu faire table rase et changer totalement de tête. Je me suis donc rasée le crâne. C’est quand mes cheveux ont repoussé que j’ai réalisé qu’il y avait une présence de cheveux blancs assez importante.

Comment l’avez-vous vécu ?

Très normalement. Je me suis demandé si je ne devrais pas les laisser pousser. Ma mère était déjà choquée que je me sois rasée la tête, je ne voulais pas en rajouter avec les cheveux gris. Je n’ai donc pas osé les garder à cette époque-là. J’ai très vite adopté la coupe courte avec une couleur châtain. Je faisais une couleur une fois toutes les trois semaines et quand j’essayais de les garder un peu plus, ce n’était pas joli. Petit à petit, j’ai perdu cette vitalité capillaire. On ne peut le nier, les colorations abîment beaucoup les cheveux. De plus, je me suis rendue compte qu’avec tous les coloristes à qui j’ai confié ma crinière, je ne pouvais jamais avoir le même résultat. C’était souvent décevant.

J’ai envie de ressembler à l’image que j’ai de moi-même

Quel a été le déclic qui vous a poussée à assumer vos cheveux blancs ?

Il y a deux ans, quand je me suis rasée le crâne pour la seconde fois. Je m’étais dit : “Cette fois c’est la bonne. Je vais laisser mes cheveux pousser à leur rythme et m’en occuper différemment.” Je ne suis pas obligée de correspondre à l’image qu’on attend de moi. J’ai envie de ressembler à l’image que j’ai de moi-même.

Comment s’est passé le processus de transition ?

Se raser les cheveux est une méthode radicale et rapide. Il y a eu des périodes où j’aimais moins ma tête. Mais j’ai eu un bon coiffeur. Henry, qui travaillait auparavant chez Donna, m’a beaucoup aidée avec la coupe courte. A chaque fois que je passais chez lui, j’étais contente du résultat. Je pense qu’il est primordial de ne pas être dans le laisser-aller. L’inconvénient avec les cheveux gris, c’est qu’ils peuvent facilement donner un côté négligé. Cela peut être déprimant par rapport à l’image que l’on a de soi. Et puis même si on veut tenir les rênes de son image, son reflet aux yeux de l’autre demeure important.

Est-ce que c’était facile d’aimer et d’accepter votre nouvelle couleur ?

J’en étais convaincue ; ce n’était pas sur un coup de tête. Je me suis déjà posé toutes les questions qu’il fallait. Et puis quand on vit un changement de ce genre, on essaye de s’adapter : on développe de nouveaux réflexes beauté, on se voit différemment,… C’est une façon de s’intéresser à soi qui ne passe pas forcément par l’égo.

Moi, j’aime être libre

Quelle est la routine cheveux que vous suivez au quotidien ? Des produits en particulier ? Des astuces ?

Je n’ai pas trouvé les astuces tout de suite, mais j’ai testé des sérums et des huiles. Je voulais mieux traiter mes cheveux. Une fois par mois, j’utilise le shampoing bleu pour raviver la brillance et atténuer le jaunissement causé par le soleil. J’ai essayé plusieurs shampoings jusqu’à ce que je trouve le plus adéquat, soit un produit bio, sans sulfate, sans parabène et sans silicone. J’ai aussi fini par trouver une bonne huile sèche.  Ensuite, la coupe de cheveux compte beaucoup. Avant, je me coupais les pointes une fois par an, maintenant c’est plus fréquent ; je m’en occupe davantage. J’ai également commencé à penser aux accessoires pour cheveux, aux différentes coiffures que je pourrais adopter, etc.

Photographe : Meriem Hbaieb pour Femmes de Tunisie

 

Avoir les cheveux blancs vous a-t-il changée ?

Oui complètement. Je m’amuse plus et j’ai moins peur de la pluie [rires]. Les femmes tunisiennes, celles qui adoptent le brushing deux fois par semaine, font une couleur chaque mois et la kératine, etc. se compliquent quand même beaucoup la vie. C’est tellement contraignant de devoir se préoccuper de ses cheveux quand on va à la plage ou au sport ! Moi, j’aime être libre. Je ne suis pas une image, je vis à l’intérieur. C’est pareil pour les vêtements ; j’adore m’habiller, porter des couleurs, tester des styles différents et j’essaye toujours de le faire en étant à l’aise et bien dans mes baskets.

Comment a été la réaction de vos proches ?

Mon père m’a dit « ça va te porter chance, garde tes cheveux blancs », et ma mère, elle commence doucement à l’accepter. Quant à ma fille et ma petite sœur, elles me soutiennent totalement ; elles partagent la même philosophie de la vie que moi. Mes amis, eux, ils me connaissent et ne s’arrêtent pas à mon image.

Quelle a été la réaction de la société ?

Juste après m’être rasée, je suis partie à Berlin et là-bas la réaction des gens était juste incroyable. Ils ont adoré. Ça m’a boosté le moral à fond. En Allemagne, les gens aiment l’originalité et l’individualité. En revanche, en Tunisie, on est dans des canons assez classiques. La femme doit avoir des cheveux longs, etc. Et même si aujourd’hui, plusieurs jeunes femmes osent les cheveux courts, on reste dans le classique. On a peur du changement, de choquer et d’être tout simplement différent.

le rapport avec les gens a changé, on ne t’approche plus de la même manière

Votre relation avec les autres a-t-elle changé ?

Il m’est arrivé, à deux reprises, que des hommes m’accostent dans la rue pour me parler de mes cheveux. L’un m’a demandé si c’était ma couleur naturelle et l’autre m’a confié que sa femme hésitait à garder ses cheveux blancs. Sinon, oui, le rapport avec les gens a changé, dans le sens où on ne t’approche plus de la même manière. On est plus à l’aise avec moi. Je donne peut-être une image plus sage ou plus simple. J’ai l’impression que cela rassure.

Et votre métier, a-t-il été affecté ?

Cela m’a pénalisée, surtout quand j’avais les cheveux très courts. C’est-à-dire que je ne passais même pas de castings parce qu’on ne prenait même pas le risque de me voir dans un rôle. Cependant, j’ai remarqué que ceux qui veulent travailler avec moi, ils me veulent moi en particulier. Mais je comprends qu’avec mes cheveux, les gens ne savent plus quel rôle me donner. Je me dis que ça va peut-être changer avec le temps.

Je n’aurai jamais envie de paraître plus jeune

Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes femmes qui ont du mal à assumer leurs cheveux blancs ?

Je leur dis que ce n’est pas une fatalité, que ça pourrait être hyper tendance, et que quelques petites choses (une belle coupe, une belle façon de se coiffer,…) peuvent tout changer.

Je conseille, d’une manière générale, de suivre sa nature de cheveux. Mais cela ne veut pas dire que se teindre les cheveux est une mauvaise chose. Si on trouve un moyen de ne pas les esquinter et de s’amuser avec les couleurs, c’est top. Il faut juste essayer de les sublimer sans les abîmer.

Pensez-vous que dans dix ans par exemple, vous pourriez avoir envie de vous teindre les cheveux, juste pour paraître plus jeune ?

Je n’aurai jamais envie de paraître plus jeune. Je voudrais paraître plus fraîche, plus communicative, bien dans ma peau, belle à mon âge,… Paraître plus jeune est absurde pour moi. On ne peut pas arrêter le temps. Et je continue à dire que quand les cheveux sont bien coiffés et en bonne santé, ça change tout.