Ils sont jeunes et ils font bouger le paysage associatifs. Ils nous font croire en un avenir meilleur, chacun animé par une cause. Femmes de Tunisie brosse quelques portraits parmi tant de militants qui se lèvent chaque jour pour mener un même combat: rendre la Tunisie meilleure. 

Ghofrane Hragui (« Association Femmes et Citoyenneté El Kef » ;  « Sicca Mag »)

L’amour de sa ville natale-le Kef- pour catalyseur, Ghofrane Hraghi sillonne la Tunisie et peut faire le Kef-Tunis plusieurs fois par semaine et plus lorsqu’elle travaille sur un projet in situ. Celle qui n’avait aucun intérêt pour l’affaire publique avant la révolution, n’a pas manqué l’opportunité qu’offrait la révolution à la jeunesse tunisienne de faire bouger les choses. « Après la révolution, c’était le sentiment de redevabilité ; je suis là, je fais quoi ? Je voulais m’engager pour mon pays, ma ville et me sentir utile. »

La jeunesse pour axe transversal, Ghofrane enchaîne les actions et les collaborations associatives : Association Femmes et Citoyenneté El Kef, Wallah We Can, Sicca Mag, Sicca Jazz etc. La jolie blonde carbure à l’énergie que lui prodigue la centaine de jeunes qui contribue à cette vie associative riche et intense. En quelques années, Ghofrane Hraghi peut se targuer d’avoir réussi la mise en place du premier magazine régional en dialecte keffois : le Sicca Mag. Son plus beau souvenir associatif ? « C’est chaque ouverture de notre festival Siccajazz, surtout celle de cette année. Des artistes de grande renommée, une organisation parfaite grâce aux efforts de toutes et tous, une salle toute remplie dans le plus beau monument historique du Kef…je me dis oui, on a réussi. Oui on l’a fait ! Oui un festival est né en dépit de toutes les difficultés. Il est là et il y aura nos jeunes pour garantir sa pérennité. »

Elyes Boussaa (« Un enfant, un espoir » ; « Darna »)

Bien avant la révolution, Elyes Boussaa avait en tête de créer sa propre association caritative, une association qui prendrait en charge des enfants démunis ou ayant besoin d’une certaine prise en charge médicale ou éducative. Encore une fois, c’est la promesse d’un avenir meilleur et différent au lendemain de la révolution qui a encouragé ce jeune tunisien à lancer sa première association « Un enfant, un espoir ». Basée sur un système de parrainage, l’association s’occupe des enfants ayant des maladies métaboliques rares et qui ont besoin d’une prise en charge. « Le décès de mon papa et la naissance de mon premier enfant ont été pour moi des événements qui ont changé ma vie et m’ont donné la force de tout donner pour les enfants. Ce sont eux le futur de notre Tunisie. »

Il ne faudra pas plus de 3 ans après la création de la première association, pour que la deuxième voie le jour. « Darna » est née en 2014 et présente un concept unique en Tunisie : une maison pour les enfants à mobilité réduite ou déficients intellectuels et sans soutien familial. Son plus beau souvenir associatif ?  « Voir nos enfants grandir en famille, comme tous les enfants, est une de mes plus grandes satisfactions. Le sourire d’un enfant, ça n’a pas de prix. »

Lotfi Hammadi (« Wallah We Can »)

Visage incontournable du paysage associatif tunisien, Lotfi Hammadi jouit d’une réputation à l’international. Le jeune homme en profite même pour plaider sa cause auprès des médias internationaux tels que Konbini, TV5 Monde, 2M Maroc, France 3, etc. Pourtant, au début son engagement n’a rien d’héroïque : « Quand j’ai commencé à travailler à Paris dans les bars et les boites de nuit, j’ai très vite évolué au point de devenir le plus jeune manager de boîte de nuit de France en 6 mois. Tout était trop rapide, j’étais plongé dans le milieu de la nuit, de l’argent. J’ai pensé que m’engager dans une association me permettait de garder les pieds sur terre. »

Des prisonniers, aux femmes victimes de violence, en passant par les SDF,  Lotfi choisit de se focaliser sur les enfants. Lotfi s’explique « L’engagement pour l’Enfance s’est imposé à moi après quelques années en Tunisie post révolutionnaire en constatant que notre problème était une jeunesse formatée, frustrée, désabusée et que donc la solution était l’Enfance. » Ainsi, il lance Wallah We Can, une action relevant de l’association Génération Liberté, qui prend son envol et obtient son statut d’association en 2016.  Récemment, Lotfi Hammadi tenait une conférence à Polytechnique en France : « Voir des étudiants faisant partie de cette élite universitaire qui veulent s’engager dans notre approche, m’a rendu encore plus fier de notre pays, cette plus jeune démocratie au monde qui peut devenir un laboratoire social pour les autres peuples. »

Olfa Rambourg (Fondation Olfa Rambourg pour l’art et la culture)

Les Tunisiens l’ont connu à travers l’une des plus grandes expositions de ces dernières années. « L’éveil d’une nation » a réussi à raconter l’époque d’Ahmed Bey et ses réformes à travers une collection culte d’objets et d’œuvres recueillis et remis en état. Cette exposition dont ont parlé les médias du monde entier a été mise en place par Olfa Rambourg, à travers sa fondation éponyme. Cette fondation a aussi lancé le prix Olfa Rambourg, pour accompagner des projets culturels techniquement et financièrement. A la clé, la somme de 20 000 dinars pour chacun des 5 projets lauréats.

Olfa Rambourg, c’est aussi un long travail sur les montagnes, celles minées par les mines, pour qu’elles redeviennent signe de vie et de culture. A Jbel Sammama par exemple, la fondation a mis en place un centre culturel. Olfa n’oublie pas d’investir dans la jeunesse d’aujourdhui, surtout celle des zones reculées et n’hésite pas à réhabiliter les écoles délabrées des villages ruraux à travers sa Fondation.

Achref Aouadi (I Watch)

Depuis 2011, la Tunisie compte le lancement de plusieurs associations qui veillent à la réalisation des objectifs de la révolution. Achraf Aouadi, Président de l’organisation non gouvernementale I Watch, antenne de l’organisation mondiale Transparency International, fait partie de ces jeunes qui ont osé s’attaquer à la lourde tâche consistant à lutter contre la corruption et à travailler sur la transparence gouvernementale. Mais rien d’étonnant dans ce choix puisque le jeune homme est tombé dans la marmite de la lutte pour la démocratie dès son jeune âge. Achref Aouadi est né  dans une famille de militants et de membres de l’opposition aux régimes Bourguiba et Ben Ali. Son engagement, il le commence tôt à l’université en fondant un club universitaire en 2009, puis en lançant la compagne Go Vote en 2011.  Les idées bien claires, Achref s’est inscrit à l’Académie internationale anti-corruption en 2011, avant de s’engager dans la lutte contre la corruption à travers le lancement de I Watch. Une des affaires les plus populaires de l’organisation reste le procès contre la chaîne Nessma qu’I Watch accuse de fraudes et d’évasion fiscale. En attendant l’issue de cette affaire, le jeune homme remporte le prix TI Amalia en septembre 2017 et est également nommé pour le prix Buffett pour les leaders mondiaux émergents.

Mais aussi :

Bochra Triki de Chouf

Sofiene Ouissi de L’art Rue

Ons Ben Abdelkarim d’Al Bawsla

Yousra Fraoues  de l’ATFD

Shiran Ben Abderrazek de Dar Eyquem

Rafik Halouani de Mourakiboun

Sana Achour de Beity

Et bien d’autres…