Homosexualité : témoignages de Sarra et Skander // Dossier spécial FDT

0
1030

Dans la continuité de votre dossier spécial sur l'homosexualité et pour faire suite aux deux témoignages publiés hier, la rédaction de Femmes de Tunisie vous propose deux nouveaux témoignages, ceux de Skander et Sarra. Eux aussi ont beaucoup de choses à nous dire !
 

*** Skander ***

22 ans. Vit seul. A fait des études de commerce et est actuellement en 1ère année  informatique (BTS).

Parle-nous de ton enfance.
Rien de perturbant, ni de traumatisant. Ni viol, ni attouchement. Une enfance normale avec un père présent et une mère peu possessive. Mon père est professeur dans un lycée et ma mère professeure d’université. Je suis l'aîné de ma fratrie et j'ai été choyé par mes parents. C'est ma mère qui décide de tout à la maison. Mon père est très affectueux.

Qu'entends-tu par père présent?
On dit souvent que l'homosexualité est due à l'absence du père. Je voulais juste dire que ce n’est pas vrai, tout est parfaitement normal en ce qui me concerne et de surcroît, je m'entends très bien avec mon père.

Et ton adolescence?
Ce qui a marqué mon enfance, c'est qu'à l'âge de 12 ans, j'ai découvert que j'étais attiré par les garçons et j'ai eu un flirt avec mon cousin de 2 ans mon aîné. Je n'y avais jamais pensé avant mais il m'a pris par surprise, ça m'a plu et je me suis tout simplement laissé faire. Ce n'était pas un viol.

Cela a duré tout l'été et après, j'ai commencé à chercher à avoir d'autres aventures avec des garçons. Et à chaque fois, ça renforçait l'idée que j'aimais les garçons.

As-tu fréquenté une fille avant cela?
Oui et même après. Mais je n'apprécie pas l'acte sexuel avec les filles. Je ne suis pas bisexuel, je préfère les garçons. Je sais que je suis gay à 100%.

Penses-tu qu'il y ait un profil ou un physique spécifiquement gay?
Non, je ne pense pas. Par exemple, moi, je ne suis pas efféminé. D'ailleurs, c'est pour cela que j'attire les filles. Il n'y a pas de stéréotypes pour les gays. En Tunisie, la plupart sont très discrets.

Tes parents sont-ils au courant et d'après toi, quelle serait leur réaction, s'ils l'apprenaient?
Non, mes parents ne le savent pas et le scénario le plus probable est que je me ferais engueuler par eux et qu'ils cesseraient tout contact avec moi quelques mois, un an à tout casser. En fait, ils sont assez ouverts, cultivés et un jour, ils seront obligés de l'accepter. De toutes les manières, comme je ne compte pas me marier, ils finiront bien par comprendre.

Assumes-tu ton homosexualité?
Oui, mais je ne le crie pas sur les toits. Je reste dans la discrétion.

As-tu choisi d'être homosexuel?
Non ce n'est pas un choix. C'est venu comme ça.

Quelle est ta relation avec la religion?
Je suis croyant mais pas pratiquant. Si je devais respecter la religion à la lettre, je ne pourrais pas vivre épanoui même si je crois fermement qu'aucun texte coranique n'interdit l'homosexualité.

Tous les chapitres qui concernent la question figurent dans les  "hadiths" qui, eux, ont été transmis de façon orale, donc susceptibles d'avoir été modifiés ou déformés lors de leur retranscription. Quand à Loth, c'est une autre histoire car s'y mêlent l'inceste, le vol, le crime, le viol, etc. Et pas à cause des homosexuels.

Penses-tu qu’il suffit qu’un homme goûte au plaisir de l’acte homosexuel pour qu’il devienne homosexuel?
Cela dépend du partenaire et de l’âge. Par exemple, ce n’est pas pareil à l’âge de 12 ans et à l’âge de 30 ans, mais s’il est un homosexuel refoulé, il va devenir bisexuel.

Dans l’acte sexuel, tu es passif ou actif ou les deux?
En général,  je préfère le « soft » (sans pénétration).  J’ai déjà été passif, mais seulement très rarement car pour moi, c'est synonyme de soumission.

L'avis du psychothérapeute
L'homosexualité de Skander s'est affirmée au fur et à mesure de ses expériences sexuelles. S'il s'assume, il n’affiche pas son homosexualité et reste plutôt discret. Son discours révèle qu'il pense que celle-ci a pour origine l’éducation et les circonstances de la vie.


*** Sarra ***

24 ans. Habite à Tunis avec sa famille et a quitté l'école après le collège. A fait plein de petits boulots et une formation en cuisine. A 2 sœurs et 1 frère.

Parle-nous de ton enfance
Une enfance normale. Je ne m'en souviens pas très bien. Je me rappelle que je n'aimais pas beaucoup jouer avec les garçons sauf au football. Leurs vêtements me plaisaient et je voulais toujours avoir les cheveux courts, comme eux. J'étais bien comme ça mais je ne savais pas pourquoi.

Et ton adolescence?
C'était une période un peu dure parce que j'avais du mal à me situer. Étais-je un garçon ou une fille? Mon corps était celui d'une fille mais au fond de moi, j'étais un garçon. Psychologiquement, j'étais très affectée. Par la suite, à 14 ans, un événement m'a fait comprendre que j'aimais les filles et que j'étais lesbienne. Je me suis alors épanouie parce que tout est devenu clair pour moi.

As-tu fréquenté des garçons avant cela?
Du tout. Je n'y pensais jamais puisque je me considérais comme un garçon.

Et maintenant, vis-tu ton homosexualité au grand jour?
Je pense, oui, car je suis très masculine dans ma façon de m'habiller, de parler et les gens me le reprochent, mais je m'en fiche.

As-tu pensé un jour que tu deviendrais homosexuelle?
Non, jamais. Actuellement, je suis parfaitement à l'aise, on se comprend entre filles et on sait ce qui nous convient ou pas. A force d'entendre des histoires sur les hommes, ils me dégoûtent.

A ton avis, tu es né homosexuelle ou est-ce une orientation sexuelle que tu as choisie?
Je ne sais pas. Parfois, je me dis que je suis née comme cela et que c'est Dieu qui l'a voulu et parfois, je me dis que c'est un choix que j'ai fait. De toutes les façons, c'est très compliqué à comprendre.

Et la religion dans tout cela?
Chacune à sa place (rires). Je crois en Dieu et c'est tout. Je n'aime pas aborder ce sujet. C'est pareil, c'est aussi compliqué. Je suis croyante et ça s'arrête là. Halal ou haram, ce n'est pas mon problème.

Dans ton entourage, y a t-il des gens qui sont au courant de ton homosexualité?
Oui, mes amis proches. Ma famille  n'est pas au courant car elle ne l'admettrait pas et donc je préfère ne rien dire, ça me pose moins de problèmes.

Dans l'acte, tu es passive ou active?
Active, bien sûr. C'est moi l'homme!

Quelle est ta relation avec ton père, ta mère, ton frère et tes sœurs?
Mes parents sont divorcés depuis très longtemps et je vis avec ma mère, mes sœurs et mon frère. Je ne vois mon père qu'une fois par mois parce qu'il s'est remarié, qu'il a des enfants et d'autres responsabilités. Ma mère me fait de la peine car je sais qu'elle a beaucoup souffert avec mon père. Il la battait et pourtant, elle l'a soutenu jusqu'à ce qu'il démarre son projet. Après, il a demandé le divorce. Les hommes sont tous pareils! Même si je ne me sens pas proche de lui, il reste, malgré tout, mon père. Avec mes sœurs et mon frère, la relation est normale, il y a de petits accrochages comme dans toutes les fratries.

L'avis du psychothérapeute
Sarra affiche actuellement son homosexualité malgré des doutes concernant son identité sexuelle et la problématique du schéma corporel qu’elle a rencontré lors de son adolescence. Au niveau de la dialectique de l’inné et de l’acquis, Sarra hésite entre le fait que son homosexualité soit innée ou acquise, parfois elle pense que c’est un destin mais qui est contradictoire avec la volonté de Dieu, parfois, elle pense que c’est son choix et parfois, que c'est un mélange des deux. De toutes les manières, cela reste compliqué pour elle…

 

Témoignages recueillis par Rania Klibi

 

 

 

 
]]>