Homosexualité : Témoignages de Houda et Ali // Dossier spécial FDT

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Pour mieux comprendre l'homosexualité, notre psychologue a mené son investigation auprès de deux jeunes adultes, Houda et Ali, tous deux amoureux d'une personne du même sexe. Ces deux récits de vie permettent d'être au plus près de la réalité et de faire entendre la voix de personnes trop souvent laissées de côté.
 

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Ali

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29 ans. Fils unique. Vit avec ses parents. Employé dans une société privée. 

Quand as-tu découvert ton homosexualité?
J'ai commencé à coucher avec des hommes à l'âge de 12 ans, mais je me doutais de mon homosexualité depuis l'âge de 5 ans. J'aimais bien quand un homme me prenait dans ses bras pour que je puisse sentir le contact de son pénis sur mon dos. Quand j'avais 6 ou 7 ans, je jouais souvent aux jeux du « mariage », j’étais toujours la mariée et j'embrassais les garçons. Après, au collège, tout le monde me traitait de « Miboun ».

Tu n'as jamais pensé à sortir avec une fille?
Non, mais j'ai eu une aventure avec une dame. J'ai senti un plaisir momentané mais juste après je l'ai regretté. C’était très désagréable.

Et dans le milieu professionnel, comment ça se passe?
Personne ne me dérange. Tous mes collègues sont compréhensifs et respectueux.

Et ta relation avec tes parents?
Mes parents ont très vite compris mais ils n'en parlent jamais. Ma mère est plutôt dans le déni et mon père me blesse parfois avec des mots. Malgré tout, je suis très proche des deux.

Est-ce que tu as pensé un jour à changer d'orientation sexuelle?
Non, j’assume mon homosexualité. Mais j'aimerais bien un jour avoir un bébé, peut-être un bébé-éprouvette. Ça ne me dérange pas de vivre avec une fille pour élever le bébé pourvu qu'on ne soit pas ensemble, la fille pourrait aussi être lesbienne, pourquoi pas?

Parle-moi de ta vie sexuelle?
Bon, maintenant je suis moins sexuellement actif qu'avant. Dans mon choix de partenaires j'ai deux critères: le côté physique puis la personnalité. Pour moi le physique est plus important et cela peut être un détail comme les yeux, les mains, etc. Par ailleurs, je ne fais jamais le premier pas parce que j’ai un côté féminin très développé.

Dans l’acte sexuel, tu es passif ou actif?
Avant, j’étais toujours passif. Maintenant, ça me plaît d’être les deux à la fois, je m'adapte.

Est-ce que tu souffres dans ta vie quotidienne?
Oui, je subis beaucoup de harcèlement verbal et sexuel à cause de mon physique. Puisque je suis croyant, je me dis que celui qui me fait du mal me donne plus d’accès à la grâce de Dieu. Avant, j’étais plutôt agressif avec les gens qui chuchotaient dans mon dos ou qui me regardaient bizarrement.

Est-ce que ton entourage était dominé par les femmes quand tu étais petit?
Non. D'ailleurs quand je regarde l'album-photo de notre famille, je remarque que j'étais toujours à côté de mon père. Je dormais aussi à côté de lui parce que j'avais peur du noir. Un soir, je n'étais pas si jeune que cela, je me suis surpris en train de toucher mon père…

Ta relation avec la religion?
Je suis croyant mais non pratiquant. J'ai un grand sentiment de culpabilité parce que je sais que l’homosexualité est haram dans l'Islam.

Tu penses que l’homosexualité est innée chez toi ou que c’est plutôt un choix?
Maintenant, je pense que je suis né comme cela et que c'est mon destin. Mais quand j’étais petit, ça me faisait toujours mal qu'on m'appelle « fillette ». A l’école, je disais souvent que j’étais maniéré parce que ma mère a eu une fille avant moi qui est morte. Et puis à ma naissance, elle voulait que je sois une fille et elle m'a élevé comme ça. Mais au collège, j'ai commencé à m'assumer, et à m'habiller en jeans serrés. J'avais des mèches blondes, d'ailleurs. Et surtout, j'ai appris à me défendre quand on me blessait.

L'avis de la psychothérapeute
Ali assume entièrement son homosexualité. Il envisage la possibilité de devenir père à condition de ne pas avoir de relations sexuelles avec une femme. Pour lui, l’homosexualité est innée mais c’est aussi un destin.

 

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Houda

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26 ans. A une maîtrise en gestion et enseigne dans un lycée privé.

Ton enfance?
J'ai eu une enfance normale, j'étais une enfant un peu gâtée. Mais j'étais toujours seule et j'avais le sentiment d'être isolée. Mes parents travaillaient et dans ma rue, il n'y avait pas d'enfants de mon âge avec qui je pouvais jouer. Je n'ai pas été au jardin d'enfants.

Ton adolescence?
J'ai eu une adolescence sans problèmes. Plutôt calme.

Lors de cette période as-tu eu des relations sexuelles?
Non, aucune. A 13 ans, je suis tombée amoureuse d'une fille de mon quartier et c'est là que je me suis aperçue que j'avais une attirance pour les femmes.

As-tu pensé à devenir hétérosexuelle?
Non, je n'y ai jamais pensé et j'aurais souhaité au moins en avoir l'envie pour que je puisse me marier et avoir des enfants. Ce n'est ni à cause de ma famille ou de la société, c'est juste par rapport au bon dieu. Certains disent que c'est péché, d'autres non, que c'est un péché uniquement pour les hommes mais moi je pense que si Dieu a interdit l'homosexualité pour les hommes, il l'a aussi interdite pour les femmes.
Mais aujourd'hui, je suis convaincue de mon orientation sexuelle et cela ne me pose aucun problème.

Et la religion?
Je suis née musulmane et ma relation avec Dieu a évolué car je suis croyante et convaincue que Dieu existe. Je ne jeûne pas parce que je suis anémique. Quand j’avais 13 ans, je jeûnais de temps en temps vu que toute ma famille n'est pas pratiquante à part mon père, parfois. Je ne fais pas la prière par ce que je sens que ce serait hypocrite de ma part, mais je lis des passages du Coran quotidiennement et je sens que ça me calme.

Penses-tu que l’homosexualité est un choix ou que ça relève de la biologie et de l’inné?
Pour moi, l’homosexualité n'est pas un choix. Dès que j'ai fait la découverte de ma sexualité, j’ai su que j’étais homosexuelle. Je suis sûre que c'est plutôt biologique.

Peut-on parler de destin dans ce cas?
Je ne sais pas… Je ne sais pas si c'est le destin que Dieu a choisi pour moi. En tout cas, tout ce que je sais c'est que ce n’est pas mon choix. C'est plus fort que moi.

Est-ce que tu assumes ton homosexualité?
Oui je l'assume, je suis en paix avec ça et je suis fière de l’être. Mais la possibilité de rester seule et de ne pas trouver la bonne personne avec qui je peux passer ma vie m’inquiète réellement.

As-tu eu des expériences sexuelles?
Oui mais je suis contre la perte de la virginité. Une fille m'a quittée à cause de cela. Je n'aime ni pénétrer ni être pénétrée.

Ta relation avec les hommes?
Je ne les déteste pas. J'ai des amis hommes mais je n'ai jamais eu de relation sexuelle avec un homme.

Parle-moi de ta relation avec tes parents
Il y a une distance entre nous. Je sais qu’ils m’aiment mais j’ai une avidité affective pour ma mère. Je sais qu’elle m’aime, mais elle le montre rarement. Elle n’est pas tendre. Tout cela a créé en moi un manque affectif. Par contre ma sœur et moi sommes très proches, elle est pour moi ma vraie famille.

Aujourd'hui, penses-tu à devenir hétérosexuelle?
Oui, pourquoi pas. Mais je devrai essayer le plaisir sexuel avec un homme. Et même si je ne suis pas satisfaite, je vais me forcer, parce que je veux être en paix avec Dieu avant tout.

Dans l’acte tu es passive ou active?
Avant j’étais active mais maintenant je suis passive.

Tu te sens différente des autres?
Non, je ne crois pas…

L'avis de la psychothérapeute
Les propos de Houda révèlent une grande culpabilité par rapport à son homosexualité, à l’absence d’envie de devenir hétérosexuelle et de fonder une famille et surtout par rapport à la religion. Elle essaie d’interpréter les choses à sa manière et sa pensée oscille entre le fait que l’homosexualité est interdite par la religion et le fait que ce qui lui arrive n’est pas son choix et ne peut pas non plus être un destin. S’il y a possibilité de devenir hétérosexuelle, elle ne sera pas contre du moment où ça relève de l’obéissance à Dieu et que c’est dans l’ordre naturel des choses.


 

Témoignages recueillis par Rania Klibi

 

 

 
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