Homme du mois: Olivier Poivre d’Arvor

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Parce qu’on n’oublie pas ses premières amours, les odeurs, les sons et les images capturées, on n’oublie pas une Tunisie qui a bercé une idylle, il y a plus de 30 ans. C’est une relation qui n’était ni touristique, ni archéologique, ni politique que l’actuel ambassadeur de France en Tunisie avait avec la Tunisie à l’âge de 25 ans. L’homme de culture passionné est impressionné par ce pays en quête de liberté, où les femmes dealent de manière touchante avec la société arabo-musulmane. Il ne cessera de rechercher ailleurs un peu de cette tunisianité exceptionnelle.

Olivier Poivre d’Arvor n’est pas là par hasard. « Le matin, j’ai de l’énergie au réveil que je n’ai pas ressentie ailleurs », nous confie notre homme du mois. Car une fois n’est pas coutume, notre choix s’est porté sur cet écrivain diplomate français mais qui a su imposer sa tunisianité de cœur depuis son affectation en septembre dernier au poste d’ambassadeur.

Olivier Poivre d’Arvor nous accueille pour un petit déjeuner à la Résidence de France à la Marsa. Son Excellence nous offre même de la confiture d’orange qu’il prépare lui-même pour ses amis proches. Et autour d’un café, nous faisons le tour de son parcours atypique.

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De l’enfant solitaire à l’homme des médias

Enfant solitaire, amoureux de la mer, passionné par les planches, Olivier Poivre d’Arvor se meut à travers les expériences et les rencontres, en puisant de ses origines et de sa famille le plus important. « J’étais un enfant très solitaire et extrême. La littérature m’a beaucoup accompagné », nous raconte OPDA. De son enfance, il garde le souvenir de ce grand-père orphelin impressionnant par son parcours. Le mythe de l’ouvrier analphabète qui se construit tout seul et se fait poète. Le jeune garçon évolue alors entre les rêves et les figures familiales influentes, celle de son frère aîné notamment. Petit, Olivier rêve de Bretagne et d’une vie en bord de mer. « Mes vacances, c’était ça : la mer, le granite, la solitude, la poésie, la littérature… d’où mon rapport particulier au livre.» Le premier métier qu’il fait est alors dans l’édition, en tant que conseiller littéraire aux éditions Albin Michel puis Balland.

Cependant, aussi solitaire et poétique que l’enfance d’Olivier Poivre d’Arvor puisse être, l’appel du collectif se fait par le biais du théâtre. Si bien, qu’à un moment, le jeune homme pense en faire son métier. « J’adorais la notion de compagnie et le travail artistique qui en découlait. Je me cherchais quand même beaucoup. Il fallait que je me construise aux côtés de ce frère connu. Tout cela donnait quelque chose d’assez complexe et en équilibre précaire. » 

« Il n’y a pas de diplomatie économique ou culturelle. Pour moi, la bonne diplomatie est forcément culturelle. 

Lorsque le jeune homme part un an aux Etats-Unis écrire un livre, l’idée de sillonner le monde et d’occuper des postes loin du pays où il n’est encore que « le frère de »,lui traverse l’esprit. Il est alors tour à tour nommé Directeur du Centre culturel français àAlexandrie,  Directeur de l’Institut français de Pragueà sa réouverture, Directeur de l’Institut français du Royaume-Uni et Conseiller culturel auprès de l’Ambassade de France à Londres. Olivier Poivre d’Arvor tient enfin son vrai métier : la diplomatie culturelle. Il s’explique : « Il n’y a pas de diplomatie économique ou culturelle. Pour moi, la bonne diplomatie est forcément culturelle. Si on veut arriver à ce que deux politiques ou deux Etats s’entendent, il faut impérativement avoir une approche culturelle, civilisationnelle et une connaissance de l’Histoire des deux pays. »

Lorsque le futur ambassadeur accepte d’être à la tête de France Culture en 2010, ses enjeux ne sont pas personnels. Pour lui, le défi à relever était d’ouvrir la chaîne publique à un champ plus large et de rendre la radio culturelle accessible au plus grand nombre d’auditeurs. La chaîne marquera d’ailleurs un pic d’audience sous sa direction.

Ambassadeur de France en Tunisie

Lorsqu’OPDA quitte son poste de Directeur de France Culture en 2015, il renoue avec ses anciennes amours et est nommé ambassadeur chargé de l’attractivité culturelle de la France, puis ambassadeur de France en Tunisie à partir de septembre 2016. Quelques jours avant son départ, interrogé sur RTL sur la sécurité de ses compatriotes en Tunisie, l’ambassadeur la présente comme une de ses missions principales. Cette réponse, directe, fait réagir les internautes avant même l’arrivée d’Olivier Poivre d’Arvor sur le sol tunisien.

Son Excellence commente : « Aujourd’hui, nous sommes dans un monde de communication où l’on peut parler pendant une heure de la Tunisie, on ne retiendra qu’une ou deux phrases. Il n’y a pas de calcul dans mes réponses. Je réponds à une situation et lorsqu’on me pose une question sur la sécurité de mes compatriotes, j’y réponds. Ce qui me frappe, c’est que le paysage médiatique est en recomposition. Le métier n’est pas facile à faire. Les réseaux prennent le dessus, la médiation est supprimée

Et si les choses se sont bien arrangées depuis et que la côte de popularité d’OPDA ne cesse de croître, c’est parce que la com’, il connaît. « Mon compte Facebook est une sorte de carnet de voyage, un journal intime. J’y parle peu de politique mais plutôt, je présente ma perception du temps et des choses. »

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Et la Tunisie dans tout ça ?

S’il est làentre autres choses, pour assurer la sécurité des Français en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor a aussi pour mission d’assurer un certain nombre de partenariats entre les deux pays.  « Le plus grand rendez-vous diplomatique que la Tunisie aura à réaliser est le « Sommet de la francophonie 2020 ». Imaginez la photo de famille que la Tunisie va produire avec 50 chefs d’Etat. Au lieu d’être braqués sur le rétroviseur, à voir comment c’était avant, nous allons mettre en place des stratégies pour avancer. » Et s’il est très à cheval sur l’importance de la maîtrise de la langue française en Tunisie, c’est parce qu’OPDA croit dur comme fer qu’il y a tant à y gagner : « D’abord, l’employabilité ! Vous avez clairement plus de chances d’avoir un boulot en maîtrisant deux langues plutôt qu’une. Et on ne va pas se mentir, il est difficile de switcher en peu de temps pour transformer le pays en bilingue arabe/anglais. Par contre, il est possible de faire de la Tunisie un pays bilingue avec une troisième langue qu’est l’anglais. La Tunisie se targuera de maîtriser 3 des langues les plus parlées au monde. »

Pour autant, la langue n’est pas son unique cheval de bataille. Les deux ministères de la Culture français et tunisien viennent de signer un jumelage. Les deux institutions travailleront pendant deux ans sur des sujets techniques et juridiques tels que les droits d’auteur, la création d’un centre national du livre et la restructuration du milieu culturel en Tunisie.

OPDA cible la culture et fait passer les avancées économiques par des réformes culturelles. Il s’agira entre autres de travailler sur les médias afin de permettre à des journaux de trouver un certain équilibre. « Une émission télé et une autre radio sont prévues. La décentralisation est aussi au cœur de nos activités avec un projet pour des relais français, des alliances franco-tunisiennes et des accords entre les associations locales et françaises. »

La Tunisie, la femme tunisienne et OPDA

Sila femme de sa vie est actuellement sa fille adoptive Faiza, une jeune Togolaise dont il parle dans son livre « Le jour où j’ai rencontré ma fille »,une bio sur son chemin de la stérilité à l’adoption, Olivier Poivre d’Arvor n’en reste pas moins impressionné par les femmes de manière générale et par les Tunisiennes de manière particulière. « Les femmes sont le baromètre de la société. Le 20ème siècle a laissé son empreinte à travers des penseurs et des féministes. Des personnes qui ont réussi à mettre en place des droits : celui du vote, de l’avortement, de disposer de son corps etc. Aujourd’hui, les Tunisiennes ont su s’imposer grâce à elles et à des hommes avec des visions politiques impressionnantes. Certains pays sont en retard. La Tunisie est à l’heure, voire en avance. »

Petites indiscrétions en livre ou en chanson :

Relation avec Patrick Poivre d’Arvor : « Mon frère, ce héros »de Marie Bataille

Chanson tunisienne : celles de Amal Mathlouthi

La télé : « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust

Faiza : « Je ne regrette rien »d’Edith Piaf ou « Mon fils, ma bataille » de Daniel Balavoine

La mer : « La mer » de Charles Trenet