A 26 ans, Khalil Hentati AKA Epi révolutionne déjà à sa manière le regard des Tunisiens envers les DJs, musiciens et compositeurs. S’il est installé en France depuis plus de six ans, le jeune Tunisien n’hésite pas à explorer tous les univers musicaux, notamment en mélangeant les genres et surtout les classiques et basiques dont il puise toute la singularité de sa musique avec des sons nouveaux et modernes. Lui, ce n’est pas forcément les nuits blanches et les nocturnes…ou du moins pas que. Ce n’est pas non plus que des sons électro ou techno superposés, mais un mélange de hiphop, de techno, de jazz, d’oriental et de world music. « Pour moi, la musique électronique est un genre qui puise son essence de toutes les musiques du monde. Du classique au jazz en passant par le rock ou les musiques traditionnelle et pop. Tout peut être réfléchi électroniquement. » m’explique-t-il.

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La musique dans les veines

Et s’il a cette maturité musicale qui lui permet de réussir ces différents défis, c’est parce que le jeune homme est tombé dans la marmite des notes étant petit. Issu d’un père qui était conservateur au palais Ennajma Ezzahra (Le centre des musiques arabes et méditerranéennes à Sidi Bou Said) et d’une mère enseignante qui animait plusieurs clubs culturels, Khalil a été fortement influencé par leur fibre artistique. Adolescent, il s’essaie au théâtre, à la musique et même à la danse.

Très jeune, Khalil fréquente les conservatoires dès l’âge de 8 ans et apprend plus tard la guitare auprès de Fawzi Chkili. « Je suis formé en guitare mais j’ai toujours été curieux de mettre la main sur tous les instruments. Mon père collectionne les instruments de musique, ce qui m’a toujours donné envie de toucher à des choses différentes. Ce qui fait qu’aujourd’hui, je joue pas mal de synthé (Clavier), de percussions, de flute… je chante parfois aussi. Les live comme « Binkbeats » m’ont toujours attiré… le concept de l’homme-orchestre du 21ème siècle. »

Après avoir suivi des études de cinéma en Tunisie, Khalil Hentati part en France pour apprendre  La communication culturelle. « Mais durant mes années à Tunis, j’ai travaillé sur le projet du magazine Zoopolis. Ensuite, j’ai continué à essayer chaque été de contribuer à des projets culturels et des évènements comme le Festival Ephémère, pas seulement en tant qu’artiste mais aussi dans l’organisation. »

Petit à petit, Khalil Hentati se construit un univers musical propre à lui. La composition, il la commence à 14 ans. A l’époque, le jeune garçon est fortement inspiré par la musique folk et la culture Hippie. C’est d’ailleurs de cette dernière que le nom artistique de Khalil, Epi,  est tiré.

« Et puis un jour, je regardais l’interview de Jim Morrison dans laquelle il disait qu’un jour, la musique sera faite par une seul personne sur scène avec plein de machines. Cela m’a tout de suite donné envie de m’essayer à ça.» Epi enchaîne alors les essais, les styles, les morceaux. Sans barrière aucune, le jeune homme explore tous les univers, superpose les styles, change de rythme, pousse les limites et casse les barrières.

Pour cela, il travaille beaucoup. « Je fais 8 heures de studio par jour, tous les jours, depuis très longtemps. » Un vrai workaholic qui puise son énergie en se ressourçant dans sa cuisine. « C’est comme la musique pour moi. Composer avec des choses pour en faire quelque chose d’autre qu’on peut savourer et apprécier. Je cuisine presque tous les jours, c’est ma pause quand je fais de la musique. »

Quand Lotfi Bouchnak est remixé par Epi

Un des plus gros succès de Khalil Hentati reste son remix du Mawal de Lotfi Bouchnak qui a été repris dans plusieurs lieux de clubbing. « Je n’ai pas fait ça d’une manière réfléchie et préméditée. A vrai dire, entre le Centre des musiques arabes et méditerranéennes qui abritait la phonothèque nationale à Tunis et les mille et un CD et Vinyles de musique traditionnelle internationale et Tunisienne que nous possédons à la maison, j’ai toujours baigné dans ces sonorités. »  Pour autant, Khalil ne vit pas bien le succès de ce morceau. Il n’aime pas qu’on lui colle un style particulier, lui qui préfère être un électron musical libre de quelconque étiquette. « De plus, je n’aime pas la récupération culturelle. Aujourd’hui, les gens se tournent vers ces musiques là par ce que c’est devenu sexy. Tant mieux !  Il vaut mieux tard que jamais mais il faut faire attention aussi à ne pas tomber dans le cliché et le surfait… »

La rencontre avec Sacha Bonnefond et la création de «Dhamma »

Si le rêve artistique se poursuit pour Epi, c’est notamment grâce à sa rencontre avec Sacha Bonnefond, avec qui il crée le groupe « Dhamma ». L’artiste change de style et de registre, un peu comme toujours, et s’essaie au Trip Hop, à l’Indie, à une musique plus universelle. Le feeling avec Sacha passe. La parisienne vient d’un univers totalement différent de celui de Khalil. Pour l’étudiante de philo politique, c’est plutôt la Soul Folk et le Jazz qui l’inspirent. Ainsi naît le projet « Dhamma ». « Mais il ne s’agit pas uniquement de ça. C’est aussi un projet engagé. Nous méprisons tous les deux le désengagement de l’artiste d’aujourd’hui envers l’écologie, les guerres, la monarchie financière et bancaire… Nous tenons vraiment à ce que Dhamma nous donne la possibilité petit à petit de faire des choses concrètes, humaines. »

Les nouvelles expériences…

Loin des platines, des machines, Epi explore divers horizons artistiques. Pour lui, la musique reste un art égocentrique auquel le cinéma et la danse donnent une certaine sagesse. Pour cela, il n’hésite pas à se lancer dans des collaborations atypiques comme celle faite avec le chorégraphe Selim Ben Safia, en acceptant de jouer le live de sa pièce « Ala Beb Darek ».

« C’est comme ça que tu apprends à laisser la place à l’autre, de t’exprimer, d’exister… Tu es là juste pour créer un univers autour, accompagner… C’est une manière de travailler  l’imagination et l’imaginaire. Mettre des sons sur un geste, une image, un objet…c’est tellement intéressant. »   

Tellement intéressant que l’artiste a des projets de ce genre plein la tête : composer pour un orchestre, produire et composer pour d’autres artistes, etc.

Et les nouveaux projets

Entre temps, Epi continue de se produire un peu partout notamment en Tunisie où il est fortement apprécié. « Tunis sera toujours mon chez moi, et les gens me soutiennent beaucoup. Je reçois tous les jours des messages tellement beaux…j’ai l’impression parfois d’être un sportif qui est parti aux jeux olympiques [rires…] »

Et pour Dhamma, l’aventure continue également avec un rendez-vous au Sziget cette année. « Une date importante étant donné que c’est le plus gros festival d’Europe qui se tient à Budapest. » Le prochain Epi est à paraître en octobre avec 5 nouveau morceaux, un clip et beaucoup de surprises.

De la musique donc et de nombreuses collaborations pour la période à venir : « Je tourne avec un groupe qui s’appelle N3rdistan cette été. Un groupe marocain de Trip Hop, drum&bass avec de la poésie arabe. Ils se sont produits au JMC cette année à Tunis. Je tourne également  avec des spectacles de danse contemporaine. Et nous commençons les résidences de création avec le percussionniste Imed Alibi pour son album. Disons que ça ne chôme pas. Et c’est tant mieux ! » conclut l’artiste !

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