Hommage à Sophia Baraket partie à l’âge de 35 ans

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Ceux qui partent tôt, très jeunes, sont souvent ceux qui auront su remplir leurs quelques années d’un joli et riche vécu. Toucher à l’essentiel, à la profondeur de l’humain, accéder à la beauté de la vie au quotidien, être le témoin de son époque, est en quelque sorte une bien jolie mais maigre consolation lorsque ces êtres sensibles nous quittent. Sophia Baraket nous a quittés dans la nuit du 18 juillet 2018 à l’âge de 35 ans. L’artiste, qui n’aimait pas se définir en tant que tel, a dédié une partie de sa vie au reportage photo. Ses moments fétiches ? Ceux qu’elle prend en image dans un lieu qui respire la vie pour raconter des histoires.

Et elle en a raconté des histoires durant la dernière décennie. Sophia Baraket, citoyenne du monde, nous a parlé de la révolution tunisienne, de ses blessés, des familles de ses martyrs, des réfugiés du camp Choucha, a immortalisé les premières élections libres, nous a plongés dans l’antre des militants politiques, nous a raconté le quotidien à Bamako, à Beyrouth, à Rome, à Paris, etc. nous a transmis le malheur des mères-enfants en Ouganda, ou encore le combat de la communauté LGBT dans ce même pays. Sophia Baraket, c’est cet être sensible qui a su convaincre les imams de les photographier dans les mosquées, qui a su parler aux gens et immortaliser leur quotidien dans un bar malfamé ou dans un hammam ouvert aux hommes.

Jeune mère célibataire à Kassesse. Ouganda – Frontières Congolaises. .
Dans un hammem ouvert aux hommes à Tunis
Un imam tunisien
Enterrement de Chokri Belaid

Témoin de son époque, témoin de notre Tunisie, Sophia Baraket a débattu et parlé des sujets les plus tabous uniquement à travers la photo. Religion, assassinats politiques, abus sexuels, minorités, pauvreté, vie nocturne, migration, clandestinité, etc. tout est bon à prendre, tout est racontable pour la photographe. Depuis son passage par la SPEOS, une école internationale de photographie basée à Paris, et son stage chez Magnum, Sophia Baraket n’a cessé d’immortaliser la vie. Celle-là même qu’elle quitte après 35 ans, laissant derrière elle un véritable trésor, car ses œuvres ont tous l’empreinte non pas de l’artiste, mais de l’humanité qu’elle a toujours prônée.

Triste nouvelle pour notre Tunisie qui, entre ceux que la mort prend et ceux que la société et l’Etat détruisent ou poussent à partir, peine à garder sur son sol ceux par qui son salut pourrait arriver. Paix à son âme!

Crédit Photo image à la Une: Aymen Omrani