Hommage à Slaheddine Essid

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Le grand réalisateur tunisien Slaheddine Essid a tiré sa révérence le 29 juin dernier. Triste journée pour les Tunisiens qui étaient pour la plupart en deuil. Et pour cause, Slaheddine Essid a marqué plusieurs générations et réuni plus d’une famille autour d’une même œuvre. Il était l’un des plus grands hommes de la télévision tunisienne des années 1990, 2000 et 2010. De Layam Kif Errih, jusqu’à Nsibti Laaziza, en passant par Choufli Hal et Khottab Al Beb, SleheddineEssid a été derrière les plus gros succès des séries et feuilletons ramadanesques. Travaillant consciencieusement et discrètement, l’artiste n’était pas un habitué des plateaux télés et radios.

De ce fait, peu de personnes ont véritablement côtoyé l’homme. Quelques noms sont prononcés et lui sont souvent associés : Ali Louati, Hatem Belhaj les deux scénaristes des feuilletons cultes « Khattab al beb » et « Choufli Hal », ou encore Mohsen Friji, ingénieur son qui a tracé un joli bout de chemin avec le réalisateur.

« Je connais Slah depuis 1986. Nous avons réalisé ensemble tous les feuilletons de « Habbouni w tdallalt » à « Gamret Sidi Mahrous » et 3 saisons de Choufli hall.
C’était un Monsieur exceptionnel à tous les niveaux: très cultivé, méticuleux, très à l’écoute, doté d’une sensibilité très développée, respectueux et surtout discret. En tournage, un vrai meneur d’hommes par sa gentillesse et son savoir-faire que soit avec ses comédiens ou son équipe technique. » témoigne Mohsen Frij.

Hatem Belhaj, quant à lui, clamera fort que le secret de la réussitedes sitcoms qu’il a scénarisé revient à la belle collaboration avec Essid. « J’ai surtout été bien entouré. Le succès de Choufli Hal est dû en grande partie à ma collaboration avec SlaheddineEssid. Il y avait un vrai échange. Chacun écoutait l’avis de l’autre et on prenait le meilleur. C’est d’ailleurs lui qui m’a convaincu de donner le rôle de Sadok à Sofiene Chaâri dans Superette Azaiez. J’ai crée son personnage; son bégaiement, ses mimiques, ce côté “babyface”, etc. Et ça a marché dans les sitcoms qui ont suivi et particulièrement à travers le personnage de Sboui dans Choufli Hal. »

Slaheddine Essid est né le 24 mars 1948 à Sousse. Bien que féru de sports, tel que la natation qu’il pratique dès son jeune âge en intégrant le club nautique de Sousse, obtenant au passage quelques médailles bien méritées, sa véritable passion sera pour la musique et l’image. Si bien qu’à 16 ans à peine, il fait partie d’un groupe de musique et qu’un année avant l’obtention de son baccalauréat philosophie et lettres modernes en 1969, il fait déjà son entrée à la RTT par voie de concours en tant qu’assistant réalisateur. Musique et image accompagneront toute sa carrière conjointement. A ce propos, MohsenFriji nous dit : « Sa culture musicale lui a permis de faire de la bande sonore de ses œuvres un atout majeur qui se distingue de toutes les œuvres de la télé tunisienne. » Et l’on se souviendra longtemps des génériques de nombreux feuilletons comme Layam kif errih, Habbouniweddallalet, El Khottab al beb, Gamret Sidi mahrous, Mnemet Aroussia, Ichka w hkeyet…

Au-delà des feuilletons cultes, et durant sa longue carrière, SlaheddineEssid aura touché à tout. Variétés, spectacles, émissions télévisuelles, concerts, feuilletons, courts-métrages etc. n’avaient pas de secrets pour lui. Les nuits des télévisions méditerranéennes, les émissions de variétés musicales avec Salah Jegham, Ardhiouafaon w wou3oud de HelaRokbi, le concert de Sting à la coupole, pour ne citer que ces rendez-vous, sont tous signés SlaheddineEssid. Quant au théâtre, il sera celui qui mettra en image des pièces à succès telles que Don Juan de Mohamed Driss, GhasseletNwader de FadhelJaibi, ou encore KlemEllil de TaoufikJebali.

D’aucuns diront que les hommages pour les grands ne sont rendus que lorsque ces derniers partent, il est important de dire que durant sa carrière, SlaheddineEssid a reçu de nombreuses distinctions dont l’insigne du mérite culturel (1991), l’insigne de l’ordre de la république (1996), ou encore le chevalier d’or du mérite culturel (2000) et bien d’autres. De nombreux travaux ont été également couronnés de prix dans des concours et festivals nationaux et internationaux.

Nous aurions tant aimé avoir eu l’occasion de lui consacrer un portrait dans notre rubrique « Homme du mois ». A défaut, nous nous contenterons de cet hommage posthume. C’est le moins que l’on puisse faire pour témoigner à SlaheddineEssid et à toute sa famille tout le respect que nous devons à l’homme autant qu’à l’artiste. Puisse-il reposer en paix.

Raouia Kheder