Hajer Azzouz et l’âme des lieux

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La pièce est n’est pas très grande, mais savamment agencée. Un rai de lumière perce le lin grège des rideaux et semble répondre à l’appel impérieux d’un objet rare qui se trouve là et ne demande qu’à être observé. Un objet de la création de Hajer Azzouz, comme celui qui a rejoint récemment la collection tunisienne de la Fondation Luciano Benneton, Imago Mundi. Après Rome en novembre et décembre, cette collection est présentée à la Biennale de Venise de 2015 et continuera à voyager de par le monde.

En face de moi, dans une réédition du fauteuil «Cité» de Jean Prouvé, Hajer Azzouz affiche un sourire tranquille, une dégaine de Parisienne, une décontraction sophistiquée.
Discrète, elle n’aime pas parler d’elle, pourtant sur son travail elle a la sincère éloquence des passionnés. Fille d’un commandant d’armée féru de littérature et amoureux de sa famille, Hajer a grandi dans le goût des choses simples et belles, et son parcours l’a portée tout naturellement vers des études aux Beaux-Arts.

De là, un fil continu la mène au travers de différents projets: conception d’espaces commerciaux, décoration de maisons particulières, stylisme pour des magazines et plateaux télés, consulting pour de grands groupes (Benetton.. ), etc. Avec un style de vie et un caractère intimement liés à sa façon de travailler, Hajer est une touche-à-tout, collectionneuse, chineuse aussi à l’aise aux marchés aux puces parisiens qu’aux conférences de la Design week, auxquelles elle est conviée par les grands noms de l’édition.

Spécialisée dans le design d’intérieur, elle a acquis au fil de son parcours une clientèle de voyageurs, de collectionneurs avertis qui trouvent en son travail l’interprétation sublimée de leurs besoins, de leurs attentes. En effet, ceux qui la côtoient au travail la décrivent comme une «éponge», à qui il suffit d’entrer dans un lieu pour en saisir immédiatement l’énergie et le potentiel.

Cependant, Hajer Azzouz prend par la suite le temps de maîtriser ses projets sur le bout des doigts. En comprendre les futurs occupants, en soigner les moindres détails, parfaire l’âme du lieu… Elle affirme que la réflexion et la recherche constituent la partie la plus énergivore d’un chantier. Un néophyte serait bien en peine de reconnaître un projet éclos de l’agence, tant les ambiances, les matériaux et les techniques utilisées varient selon le client. Chez Hajer Azzouz, c’est ce caractère personnalisé que l’on vient chercher, une certaine interprétation de son propre style.

En investissant récemment un nouveau lieu de travail au cœur de Marsa Cube, la petite agence Hajer Azzouz a subi une mutation que celle-ci mûrissait depuis longtemps: elle a su fédérer quelques jeunes talents, marchant dans un même sens de création. Designers, architectes, photographes, stylistes, tous se trouvent dans le laboratoire d’idées qu’est «La Maison de la plage».

Aujourd’hui, l’agence est plus que jamais sur tous les fronts. Un projet commercial d’envergure met au défi les compétences du petit groupe en termes d’approche stratégique et didactique des espaces. En effet, dans ce type de projet, c’est avant tout l’ergonomie, la circulation qui guident les choix esthétiques… D’autre part, Hajer Azzouz s’est vu confier récemment la réhabilitation d’une villa d’exception en maison d’artiste, en bord de mer. Ce projet ambitieux, dont le budget est aussi important que la confiance de ses commanditaires, sera réalisé à quatre mains avec l’architecte Adel Hidar.

Quant à la Maison de la plage, une nouvelle expo photo s’y prépare pour l’automne, comme à l’habitude du lieu, de façon confidentielle et sur invitation, afin de conserver l’âme «informelle» et intimiste des dîners et pots qui s’y organisent autour des œuvres. Hajer nous souffle que les amis de la Maison auront l’occasion de découvrir au printemps prochain une collection inédite de petit mobilier et plus… Elle ne nous en dira pas plus, et je quitte l’hospitalière Maison de la plage et sa mystérieuse occupante avec l’envie d’y revenir, en sachant qu’elle sera chaque fois différente.

 

 

 

 


 


Par Joanna Ben Souissi

Crédit Photos : Sabri Ben Mlouka

 
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