Selim Ben Safia, jeune chorégraphe et danseur tunisien, n’a pas choisi le chemin le plus classique pour réussir dans sa vie professionnelle. Plus jeune, il a du faire le choix de laisser de côté son statut de manager pour se consacrer à sa carrière de chorégraphe en plein essor. Aujourd’hui, sa route semble tracée, mais le chemin est encore long. Focus sur le parcours du jeune derrière le phénomène Hors-Lits, actuellement en tournée dans 5 gouvernorats en Tunisie.

Enfant et adolescent, Selim Ben Safia se consacre pleinement aux arts martiaux. S’entraînant dans l’équipe nationale, le jeune garçon était voué à une belle carrière sportive lorsqu’il est contraint d’arrêter le Judo à cause d’un souffle au cœur détecté par les médecins. Avec ce nouveau temps libre, Selim Ben Safia choisit de s’entraîner au Hip Hop et à la Break Dance au centre ville près de la gare « Dans les années 2000, c’était The Place To Be. On apprenait à danser pour impressionner les filles dans les soirées. Et moi j’avais l’avantage de la souplesse du corps acquise avec le Judo. » Raconte Selim.

Son premier vrai spectacle de Hip Hop, il le regarde à l’Avenue Habib Bourguiba avec sur scène les jeunes danseurs de Syhem Belkhodja. Le jeune homme tente sa chance et s’inscrit en stage chez la chorégraphe durant les vacances scolaires. A la fin du stage, le danseur est recruté dans la Compagnie Sybel Ballet Théâtre. « C’est là que j’ai commencé à m’entraîner à un niveau plus important. Avec la troupe de Syhem Belkhodja, j’ai fait plusieurs tournées. Et j’ai mis un premier pied dans le monde de la danse contemporaine et classique. »

Bien que pas très emballé par ces danses, Selim Ben Safia se prend doucement au jeu du contemporain, surtout après avoir eu un coup de coeur pour les spectacles de la Cie de Käfig venue se présenter au Théâtre Municipal. Le mix entre danse contemporaine et hip hop intéresse de plus en plus Selim, qui intègre la compagnie de Imed Jemaa et apprend avec lui l’écriture chorégraphique.

Aux côtés du grand chorégraphe, Selim Ben Safia fait l’ouverture du Festival « Danse Afrique Danse » au Théâtre Municipal. « C’était la première grande création à laquelle je participais. » se souvient le danseur.

Premier Solo

Mais la première grande occasion que se voit offrir Selim pour montrer son écriture chorégraphique se fait lorsque Raja Ben Ammar lui commande un premier solo dans le cadre du Festival Tunis Danse en 2009. « Smurfeddine » est né. Un solo de 20 minutes dans lequel le jeune homme présente une introspection de ses univers. Le spectacle se passe dans un espace très étroit, une chambre depuis laquelle le jeune homme pose ses questions identitaires sur la danse contemporaine et le hip hop.

Les retours sont positifs et le spectacle est joué dans le Festival Danse Afrique Danse, puis au Printemps de la danse quelques mois plus tard. La carrière de Selim se dessine petit à petit. Repéré par les programmateurs du Festival de Montpellier, ces derniers l’invitent au Centre Chorégraphique de la ville. Selim Ben Safia s’avance à pas surs vers une carrière de chorégraphe mais se protège encore un peu en s’inscrivant dans un master en management qu’il choisit de faire à Montpellier. L’occasion pour lui de décrocher une résidence artistique en parallèle avec le centre chorégraphique de Montpellier. A l’issue de la résidence, Selim présente son deuxième solo : « Je ne me reconnais plus ».

« Avec toujours un côté schizophrène qui ressort. Ai-je fait le bon choix ? Que va penser mon entourage si je me consacre pleinement à la danse ? C’est comme ça que j’ai filmé mes deux facettes dans ce solo, qui a eu beaucoup du succès.» Explique Selim

La suite se fait en succession d’événements et de propositions qui font que la carrière de chorégraphe de Selim Ben Safia se fixe de manière définitive. Le jeune homme est soutenu par le centre chorégraphique pour créer sa propre compagnie. Il suit un master d’écriture chorégraphique puis part au Brésil pour une tournée de 3 mois financée par l’Institut Français de Paris. «  C’est au Brésil que j’ai assumé pleinement mon nouveau travail de chorégraphe. J’ai d’ailleurs du démissionner de mon travail à Paris pour pouvoir partir faire cette tournée. Inutile de vous raconter la claque reçue à mon retour 3 mois plus tard. »

Le retour au bercail

Après une petite période passée au chômage, le jeune homme décide de se consacrer à son nouveau travail et d’essayer de chorégraphier pour les autres. Il écrit des spectacles sur commande et explore les thèmes de l’identité mais aussi des femmes. C’est avec deux danseuses française qu’il explore l’émancipation de la femme tunisienne. Le spectacle intitulé « Femmes » sera d’ailleurs présentée en Tunisie à l’espace L’artisto. De bouche à oreille, le nom de Selim Ben Safia commence à se faire connaître en Tunisie. Il est soutenu pat l’IFT et le centre de chorégraphie de Montpellier.

Lorsqu’il effectue son retour définitif en Tunisie en 2013, le danseur choisit de travailler sur la réalité du terrain, la révolution, les jeunes, les infrastructures…avec deux jeunes hommes non-danseurs, il monte un spectacle intitulé « A jour ». Avec eux, il explore les attentes des jeunes tunisiens au chômage. « Je voulais travailler avec des jeunes qui n’avaient rien à voir avec la danse et prouver qu’on avait des choses à dire avec son corps. Khalil et Ramzi avaient cette manière très tunisienne de bouger. J’ai donc joué avec la gestuelle tunisienne, la manière de danser dans les mariages, les beuveries, les gueules de bois etc. pour raconter le lendemain de la révoltions des jeunes sur fond de poème de Abderrahmen Lakhal « zaboubia » en version clean. »

Le spectacle a si bien marché, qu’il a été présenté dans plusieurs événements et festivals: au Mad’art Carthage, au Festival des découvertes théâtrales, dans le Off du Festival de Montpellier, à la Maison de Tunisie à Paris. La carrière de Selim Ben Safia semble être bien lancée. Il enchaîne les performances, donne des cours, participe à des workshop, et travaille sur ses créations.

Hors-Lits

Ce n’est qu’en 2014 qu’il fait la connaissance de celui qui est à l’origine de Hors Lits. Le concept parle beaucoup à Selim qui espère faire parvenir la danse à un public non initié. Avec Leonard de Montechia, ils programment un premier Hors-Lits à Tunis. L’idée étant de danser dans des lieux atypiques et d’inviter des gens à regarder gratuitement ces performances. « Pour cette première édition, nous avons fait du porte à porte pour trouver des propriétaires partants pour nous ouvrir les portes de leurs espaces de vie. Le premier Hors Lits s’est passé à la Médina de Tunis et l’expérience était un tel succès que nous avons décidé de réitérer l’expérience 2 fois par an et de lancer le Hors-Lits de manière officielle en Tunisie. »

Depuis 2014, Hors-Lits a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, les performances se passent dans plusieurs villes : Tunis, Sousse, Nabeul, Kef, Jendouba, Béja, Bizerte et compte au bout de quelques années combler tous les gouvernorats. « Aujourd’hui, nous avons lancé l’association Al Badil, et c’est sous son couvert que sont formés des formateurs locaux dans toutes les villes afin d’organiser leur Hors-Lits. Chaque année, 5 régions seront prêtes pour présenter leur travail avec des artistes de notre choix et des artistes locaux. » explique Selim Ben Safia

Après Jendouba, Beja et Bizerte pour cette 8ème édition démarrée le 13 avril dernier, la suite se fait le 20 avril à Nabeul et le 21 et 22 à l’Ariana. Une édition inoubliable avec des artistes comme Zied Zouari, Hayder Hamdi, Omar Turki, Falega Art, Dawan , Fendose, et Marjorie Duprès.