Femmes du mois: Hend Sabri  

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Dans sa manière d’être, de paraître, de jouer, de rester connectée, de sourire, de toujours répondre présente, Hend Sabri fait partie de ces artistes qui nous donnent l’impression de les avoir toujours côtoyés, de les avoir longtemps accompagnés. Hend Sabri, on part à sa rencontre comme pour aller à un rendez-vous avec une amie proche. Elle sait sourire et mettre à l’aise. Elle sait s’abandonner. Elle sait donner le ton et le temps.

Hend Sabri et ses nombreux engagements, et sa famille, et ses filles, et son festival de cinéma, et ses événements. Et puis Hend Sabri et nous, Femmes de Tunisie, à qui elle offre son image pour incarner la beauté tunisienne, ainsi que son histoire pour raconter à des milliers de lecteurs comment le talent, mais surtout les bons choix doublés d’une vraie intelligence, peuvent parfois suffire à construire une carrière internationale sans erreur de parcours aucune. Portrait.

Au début…

Comment est-ce qu’on tombe dans la marmite du septième art à 15 ans à peine ? C’est la question que l’on se pose lorsqu’on voit le naturel avec lequel joue Hend Sabri dans le long métrage qui la propulse « Les silences du palais » de Moufida Tlatli. C’est d’emblée que je pose la question à l’actrice.

« Dans la famille, il y avait toujours des artistes et des troupes théâtrales qui venaient chez nous au Kef, là où j’ai passé mon enfance. J’ai baigné dans une ambiance artistique et intellectuelle ; j’allais voir des films avec mes parents pendant les JCC. Cependant, je n’ai jamais pensé travailler dans le cinéma. Cela n’a jamais été ma volonté, ni ma vocation d’ailleurs. » m’explique Hend. Les choses se sont faites de manière presque hasardeuse lorsque Nouri Bouzid remarque la jeune fille, d’alors 15 ans, dans une fête d’anniversaire. Pour son film « Les Silences du palais », Moufida Tlatli cherchait une jeune adolescente au visage expressif. Hend Sabri répondait parfaitement aux critères.

Les silences du palais

Même si elle ne comprenait pas grand chose à son rôle, ni au film et toute la profondeur qui s’en dégageait, Hend a plongé corps et âme dans cette expérience qu’elle qualifie d’étrangère et nouvelle à ce qu’elle était à l’époque. « A 14 ans, je ne pouvais pas assimiler toute la profondeur du film. Mais j’ai fait entièrement confiance à Moufida Tlatli et ses collaborateurs, notamment Nouri Bouzid, en co-scénariste, Mounir Baaziz, en assistant réalisateur, ou encore Youssef Ben Youssef en chef opérateur, et jusqu’à Anour Brahem en musicien du film. Durant tout le tournage, c’était eux ma famille. C’était un tournage très tendre dont je garde de très bons souvenirs. » se remémore l’actrice. Le film, sorti en 1994, obtient pas moins de 5 récompenses, dont la mention spéciale du jury de la Caméra d’or au Festival de Cannes. « Nous avons fait le tour du monde avec ce film. Cela m’a permis de voir les choses en grand, de comprendre l’impact d’une telle œuvre. Un grand film ça chamboule tout, ça unifie des gens différents issus des quatre coins du monde. Ils étaient tous en larmes à la fin du film. Cela m’a permis de comprendre l’utilité du cinéma et son pouvoir d’unification au-delà des frontières. »

Mes études m’ont donnée une assise intellectuelle qui me permet aujourd’hui de voler d’une image à une autre

 

Pour autant, la jeune femme ne se convertit pas directement. L’envie de reprendre une vie normale après une telle expérience bouleversante prend le dessus. Ce One Shot n’était pour elle qu’une expression de spontanéité, une parenthèse durant laquelle elle n’a fait qu’exécuter ce qu’on lui demandait. Le diplôme du baccalauréat en poche, elle poursuit ses études supérieures à la faculté des sciences juridiques de Tunis. C’est d’ailleurs durant cette période que les premières propositions lui sont faites. Hend Sabri essaie de jongler entre les deux univers, celui du cinéma et celui des études. Ses parents ne s’opposant pas à ce qu’elle fasse une carrière dans le septième art, lui imposent cependant la condition d’un cursus académique différent. « Comme j’ai toujours voulu faire du droit ou des sciences politiques, mon choix a été vite fait. Je ne regrette pas du tout mon parcours universitaire, d’autant plus que j’étais une brillante étudiante. Mes études m’ont donnée une assise intellectuelle qui me permet aujourd’hui de voler d’une image à une autre, de faire beaucoup de choses en dehors du cinéma, notamment de l’humanitaire. »

@Samy Snoussi pour Femmes de Tunisie
@Samy Snoussi pour Femmes de Tunisie

« Moudhakarat mourahika » d’Ines Deghidi

Alors qu’encore étudiante à la faculté des sciences sociales et juridiques de Tunis, Hend Sabri joue à nouveau pour Moufida Tlatli dans son long-métrage « La saison des hommes » sorti en 2000. Lorsque ce dernier est présenté dans le cadre de la compétition officielle des Journées Cinématographiques de Carthage, Hend Sabri fait la connaissance furtive de la réalisatrice égyptienne Ines Deghidi, alors membre du jury. Quelques mois plus tard, la jeune femme est contactée et la cinéaste lui propose le rôle principal de son prochain film « Souvenirs d’une adolescente » aux côtés d’Ahmed Ezz. « Nous avons discuté, puis elle m’a envoyé le scénario et j’ai dit oui. C’était aussi simple que cela. Cependant, j’ai eu beaucoup de mal au début à m’adapter au pays, sa culture, sa langue. Puis cela s’est mis en place doucement. J’étais accompagnée et soutenue par ma mère. J’ai ainsi découvert le Hollywood de l’Orient, l’industrie cinématographique de ce pays. J’ai compris que je pouvais faire de l’argent. Et puis petit à petit, je me suis dit que ce n’était pas une mauvaise idée d’en faire un métier. »

La jeune femme est alors soutenue par sa famille et ses amis, d’abord surpris par le courage d’une jeune francophone issue du lycée français à aller s’implanter et tenter l’expérience de mettre en place une carrière en Egypte, puis fiers de sa réussite à le faire. Le film est un immense succès. Le monde arabe découvre deux nouveaux talents : Ahmed Ezz et Hend Sabri. « Pour cette expérience, je n’ai pas été intimidée. Je pense que le fait d’être loin de cette industrie m’a donnée de la fraîcheur et de la naïveté qui m’ont beaucoup servis dans mes premières expériences. J’ai toujours eu cette envie de réussir et de me lancer des défis. Je voulais faire des rôles que les Egyptiennes ne font pas. Et j’ai réussi. »

C’est entre autres pour cela que certaines critiques ont été virulentes envers Hend Sabri au lendemain de la sortie du film. Pour certains journalistes, cette actrice tunisienne a été recrutée pour jouer un rôle osé que les Egyptiennes ne feraient pas. « C’était certes un film assez audacieux en Egypte, mais il ne l’était pas par rapport à nos productions tunisiennes. Et moi venant de cette culture, j’étais habituée aux films qui discutent de sujets graves tels que les relations humaines, et de couples. J’ai été étonnée de la réaction de ces journalistes. Mais je l’ai pris comme une force. D’abord, je venais de la Tunisie avec déjà deux prix d’interprétation à mon actif, et puis j’ai réussi à démontrer l’inverse de ce qui se disait en jouant dans d’autres films comme « Ahla al awkat », « Ayza atgawez »…et des œuvres mainstream qui m’ont valu l’amour et la protection du public égyptien. »

Une succession de succès

Depuis « Souvenirs d’une adolescente », Hend Sabri enchaîne les succès dont certains ont une place particulière dans le cœur de la comédienne. « Les meilleurs moments » de Hela Al Khalil a été le film qui m’a valu l’amour du public. C’est avec le rôle de Yousria, femme voilée issue de la classe moyenne, que j’ai conquis ce public. C’était là mon défi, de prouver que je n’étais pas là que pour faire des rôles osés, mais que je pouvais représenter la fille égyptienne par excellence. Je pense que j’ai gagné le pari avec ce rôle, notamment à travers des phrases devenues cultes comme « Ayza Ward ya Brahim ». » Et puis, il y a eu bien sûr « L’immeuble Yaacoubien », « L’île », « Ibrahim Labyad »…des films cultes en Egypte, dont la Tunisienne est fière.

@Samy Snoussi pour Femmes de Tunisie
@Samy Snoussi pour Femmes de Tunisie

Tout cela, l’artiste le doit à son talent, mais aussi à sa manière de savoir s’entourer des meilleurs, qu’ils soient amis ou collaborateurs. Ainsi Marwen Hamed est l’un de ses principaux amis lorsqu’elle débarque au Caire. Les deux évoluent de manière intéressante. Et lorsque le cinéaste pense à porter à l’écran le best seller d’Al Aswani, « L’immeuble Yaacoubien », il pense automatiquement à son amie Hend Sabri, qui accepte de jouer le rôle de Boutheina auprès du grand Adel Imam. « J’ai aussi joué pour l’immense Daoud Abdel Sayed. Il est vrai que beaucoup de réalisateurs égyptiens ont vite eu envie de collaborer avec moi. J’étais vue comme une artiste intellectuelle par rapport aux autres, je comprenais leurs visions. J’ai pu ainsi travailler avec Yousir Nasrallah dans « L’Aquarium », Cherif Arafa dans « L’île », et encore avec Marwen Hamed dans « Brahim Labyad ».

A la télévision, Hend réussit aussi à marquer les esprits, notamment à travers des feuilletons tels que « Ayza atgawez ». « C’est tellement commun à toutes les sociétés arabes. J’adhère aux personnages et rôles qui unifient les arabes. C’était la même chose pour « Halawet Eddonia » qui parle du cancer. Je pense que le succès vient de là. Ce genre de feuilleton réunit autour d’une émotion commune dont les gens ne parlent pas forcément entre eux. Et puis le fait que je joue aux côtés de Dhafer El Abdine  a été une première dans le monde arabe, et une preuve que quand on veut on peut et que finalement, il n’y a pas autant de chauvinisme dans le monde arabe et dans le milieu culturel. »

Une pensée pour la Tunisie ?

Durant presque dix ans, la jeune femme ne sort pas des studios d’enregistrement. Elle n’a qu’un seul objectif en tête, celui de réussir en Egypte et de devenir une star. Et elle finit par y arriver. Son rapport avec la Tunisie  pendant toute cette période, n’est pas remarquable. Ses dernières collaborations remontent à « El Koutbia » de Naoufel Saheb Ettabaa en 2001 et à « Poupées d’Argile » de Nouri Bouzid en 2002. La coupure est quasi totale jusqu’en 2009, où elle est contactée audacieusement par Sami El Fehri pour un retour officiel à travers le petit écran. « Maktoub » est un feuilleton à succès, regardé par des millions de Tunisiens. Hend Sabry accepte d’y jouer dans sa deuxième saison. « J’avais vraiment envie de renouer avec le paysage médiatique tunisien et de démentir l’image que certains avaient de moi comme étant une actrice hautaine et qui demande des sommes faramineuses. Je n’ai aucun regret à l’avoir fait. Je voulais être vue par une majorité des Tunisiens et dissiper cette image de star en Egypte, en travaillant régulièrement en Tunisie. C’est ce qui est arrivé. »

D’ailleurs, le retour de Hend Sabri en Tunisie se fait au complet. Présente au cinéma, à la télé, mais aussi à travers des actions sociales et culturelles. L’artiste s’investit dans la région de Gabès pour y implanter une dynamique culturelle et cinématographique. Ainsi, un festival du cinéma y est créé, une salle de cinéma –L’agora- y est construite. « Je suis fière de ce festival. Gabès est une ville qui vibre et vit aujourd’hui beaucoup plus qu’il y a 5 ans lorsque j’ai commencé à la visiter. Les gens des régions, qui sont plus influençables, plus vulnérables lorsqu’il s’agit de propos extrémistes, de chômage…sont victimes d’une centralisation culturelle que j’ai toujours voulu combattre. »

 Hend Sabri s’engage dans de nombreuses actions humanitaires et sociales, s’investit au lendemain de la révolution tunisienne pour relancer l’activité touristique à coup de campagne de sensibilisation. Une période qu’elle avoue avoir vécu intensément, d’autant plus que l’Egypte suit le même parcours tout de suite après la Tunisie. « Pour les deux révolutions, j’étais enceinte de ma première fille. Il y a eu beaucoup de stress, de peur, d’euphorie, de joie…J’étais impliquée sur les réseaux sociaux, je n’avais pas le choix vu que j’étais alitée durant ma grossesse. C’est une période qui a rapproché mes deux pays, de naissance et d’adoption. Je me rappelle avoir écrit : « Ma fille est née en étant une Tunisienne et une Egyptienne libre. » Je sais que rien n’est encore fini et que l’on se bat encore. On y est encore, on se bat comme on peut, mais ce qui est sûr, tout est encore à faire. »

Ma fille est née en étant une Tunisienne et une Egyptienne libre. 

Depuis la révolution, Hend Sabri n’a fait qu’un seul retour cinématographique en Tunisie, celui de « Fleurs d’Alep » de Ridha Behi en 2016. Un retour très attendu, d’autant plus que le sujet était et est toujours d’actualité. Elle y incarne le rôle d’une mère qui part à la recherche de son fils -que rien ne prédestinait à une reconversion en djihadiste- en Syrie. Le film est un record d’audience dans les salles tunisiennes. L’artiste avoue avoir accepté ce rôle justement pour son côté commercial. « Je voulais que les gens le voient nombreux, qu’ils se posent la question : que faire de ces jeunes qui partent en Syrie lorsqu’ils reviennent ? Quelle est notre part de responsabilité ? Pourquoi plus de 5000 jeunes tunisiens partent-ils ? »

Actualités tunisienne et égyptienne

Il y a quelques mois, Hend Sabri est venue passer quelques semaines en Tunisie pour jouer dans le nouveau film de Hend Boujemaa « Noura rêve ». Un rôle qu’elle qualifie de surprenant et nouveau. « J’aime la sensibilité de Hend, qui travaille beaucoup sur la psychologie, les petites nuances des personnages. Le personnage de Noura est loin de moi et de mon univers. C’est ce qui m’intéresse, surtout lorsque cela est mis en place avec des acteurs que j’affectionne comme Lotfi Abdelli ou Hakim Ben Massoud et Imen Cherif. »

Mais en attendant la sortie du film tunisien, ses fans pourront la suivre dans le film égyptien qui sort à l’occasion de Aid El Fetr, « El Mamar ». « C’est un film de guerre, le premier dans le genre avec un gros budget. Ça parle de l’après déception de 1967, la première guerre d’Israël. Un film fédérateur comme je les aime. Et puis, il y a « Al Kenz 2 » qui sort aussi après l’Aid et dans lequel je joue le rôle de la reine pharaonique Hatchepsout. Un film d’horreur est aussi dans mon actualité. Ça s’appelle « Al Fil Al Azrak », un vrai thriller oriental. » De quoi consolider sa réputation d’actrice talentueuse et douée.

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Gepostet von ‎فيلم الفيل الأزرق – The Blue Elephant‎ am Donnerstag, 25. Juli 2019