Vous vous rappelez sûrement de Hanen, cette jeune femme qui a tenu à témoigner à visage découvert dans l’émission de Sami Fehri « Hkeyet tounsiya » et à raconter son calvaire avec son ex mari. Lors de son passage à l’émission, cette jeune maman de deux enfants avait raconté le cauchemar qu’elle vit quasiment au quotidien depuis son divorce. Un mois plus tard, la situation de Hanen n’a pas changé et elle dit être toujours harcelée par cet homme. Nous avons publié le témoignage qu’elle avait posté sur Facebook il y a quelques mois et nous avons tenu à la rencontrer pour qu’elle nous parle du parcours du combattant qu’elle doit encore mener pour faire valoir ses droits. Voici son récit : 

« J’ai vécu une enfance assez tumultueuse, j’ai connu la violence très jeune au sein de ma famille. Quand j’ai rencontré mon ex mari, je voulais fuir l’environnement dans lequel je vivais et j’ai accepté rapidement sa demande en mariage. Il était jaloux mais ça ne m’a jamais dérangée outre mesure. Toutefois, il n’arrêtait pas de me rabaisser, même en public. La situation s’est dégradée quand j’ai commencé à travailler et que j’ai vite grimpé les échelons. A la maison, c’est moi qui assumais toutes les responsabilités. Même la naissance des enfants ne l’a pas responsabilisé. Au contraire, ça l’a détaché encore plus de ses responsabilités. Ce sont toutes ces petites choses qui m’ont finalement décidée à le quitter. D’ailleurs, ses accès de violence ont commencé quand j’ai entamé la procédure de divorce. A l’époque, je n’avais pas encore quitté le domicile conjugal et on faisait chambre à part. Je dormais dans la chambre de mes enfants et il me réveillait en pleine nuit en me titrant par les cheveux pour me trainer dans la chambre à coucher. Et mon calvaire ne s’est pas arrêté quand j’ai déménagé puisqu’il en est même venu à saccager ma voiture garée devant chez moi.

Quand il venait chercher les enfants, il faisait tout pour entrer avec pour but de me violenter. Il fermait la porte, cachait les clés de la maison ainsi que mon téléphone et il prenait ce qui lui passait sous la main, même un tricot de peau, pour me l’enfoncer dans la bouche pour que personne n’entende mes cris. Bien évidemment, sa famille ne m’a jamais crue. Pour elle, je suis une menteuse. C’est sa parole contre la mienne…

Après mon passage à l’émission de Sami Fehri, la situation a empiré. Lors de la diffusion de l’émission, j’étais en voyage. Quand je suis rentrée, j’ai retrouvé ma voiture saccagée de nouveau. Mais ce qui m’a le plus affectée, ce sont les regards et les insultes des gens dans la rue même devant mes enfants à cause de…ma tenue vestimentaire. Je portais une robe quand je suis passée à la télé et apparemment, les gens n’ont retenu que ça au lieu de soutenir ma cause. »

La bureaucratie en Tunisie : le parcours du combattant !

Rien que cette semaine, il m’a agressée dans une boutique à l’Aouina, où il m’a poursuivie, sous le regard du personnel et des clientes. J’ai réussi à me réfugier derrière le caissier qui m’a escortée jusqu’à ma voiture. J’ai bien évidemment porté plainte et fait un certificat médical à l’hôpital Mongi Slim. Mais il ne s’agit pas de ma première plainte car les va-et-vient aux postes de police et aux tribunaux sont devenus mon pain quotidien…Je ne comprends d’ailleurs pas la nonchalance et la complaisance des policiers.

Quand je dépose une plainte, je dois tout vérifier, tout demander c’est comme s’ils n’avaient pas envie de faire leur boulot ou qu’ils s’étaient habitués à voir des femmes passer porter plainte pour violences conjugales. Toute la procédure est délicate, ou bien on fait en sorte de la rendre compliquée. Par exemple, quand mon ex mari m’a violée, je me suis adressée au poste de police où l’on m’a laissée poireauter pendant 4 heures avec du sang entre les jambes. On m’a alors orientée vers l’hôpital Mongi Slim où j’ai dû voir du médecin résident au chef de service gynécologique qui ont tous refusé de m’ausculter parce que je suis une victime de viol. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris qu’au poste de police, on aurait dû m’orienter dès le départ vers le service de médecine légale de l’hôpital Charles Nicolle, chose que j’ignorais. Ou bien, on me demande d’aller voir directement le procureur de la République alors que tout le monde sait que c’est difficile de pouvoir obtenir un rendez-vous avec lui…

« J’ai tout essayé »

J’ai contacté il y a deux ans l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates qui m’ont soutenue psychologiquement grâce à leur cellule d’écoute mais pas plus que ça. De toutes les manières, ils ne peuvent pas faire grand-chose. J’ai aussi appelé le numéro vert mis à la disposition des femmes victimes de violences par le Ministère de la Femmes, de la Famille et de l’Enfance. Inutile de vous dire que cela n’a également servi à rien. On m’a bien évidemment contactée, mais j’attends encore la suite. Je suis également passée dans l’émission de Hamza Balloumi sur Shems FM, j’ai contacté un parti politique pour qu’on me vienne en aide, j’ai posté des vidéos de mon ex mari en train de me violenter sur mon compte Facebook personnel…et tout ça n’a servi à rien. La seule solution qui reste pour moi, c’est de partir vivre à l’étranger. J’espère que ça s’arrêtera un jour… »

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?