Fatma Nasser: « J’ai beaucoup à donner à mon pays »

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Elle a choisi de faire le chemin inverse. Fatma Nasser a commencé sa carrière d’actrice en Egypte, au cœur de l’une des plus grandes industries cinématographiques du monde arabe. Persévérante, la jeune comédienne fait de plus en plus parler d’elle. En Tunisie, c’est le film « Mustafa Z », sorti en 2017, qui la fait connaître du grand public. Nous l’avons interviewée pour tout connaître de ses débuts, ses projets et ses rêves.

Femmes de Tunisie : Votre premier film a été « Advertisement» avec Amr Salama, comment cette rencontre s’est faite et comment l’expérience s’est mise en place ?

Fatma Nasser : C’était mes débuts en Egypte. J’avais fait la rencontre du producteur Mohamed Hefzy qui commençait sa carrière. C’est lui qui m’a proposé au réalisateur Amr Salama-que je connaissais par ailleurs-pour jouer dans « Advertisement ».

C’était ma première expérience cinématographique. Le court-métrage a eu beaucoup de succès et a tourné dans de nombreux festivals. « Advertisement » était la carte de visite du réalisateur, du producteur et de moi-même, car c’était nos débuts à tous les trois.

F.D.T: Avez-vous toujours voulu faire ce métier ?

F.N : J’ai toujours été tentée par le cinéma. Mais il a fallu que je termine mes études de commerce-et plus tard d’hôtellerie-, que je travaille dans mon domaine, avant d’entamer une carrière d’actrice. Aussi, ce n’était pas évident de convaincre ma famille de ce changement. A l’époque, le milieu n’était pas aussi ouvert qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas autant de productions. J’ai donc d’abord travaillé dans une banque de finance en Espagne, puis chez Tunisiana. Mais je trouvais que ce n’était pas stable comme métier. Le changement s’est fait naturellement alors que j’étais en vacances en Egypte. J’ai fait la connaissance de personnes du domaine qui m’ont aidée et m’ont poussée à suivre des workshops et à tenter des castings. Ce n’était pas évident à l’époque, mais j’y suis arrivée.

F.D.T : Quelle est la clé de la réussite en Egypte lorsqu’on n’a pas joué avant dans son pays natal ?

F.N : Il n’y a pas de règle générale. Il faut être au bon endroit, au bon moment. Une chose est sûre, la persévérance paie. C’est vrai que le fait d’être connue dans son pays natal et d’y avoir travaillé est important. Ça facilite les choses pour démarrer une carrière à l’étranger. Pour ma part, j’essaie de répondre présent lorsqu’on m’appelle pour une production tunisienne. Je ne cherche pas forcément à faire de premier rôle. Il suffit que ce dernier soit intéressant.

F.D.T : Quelle a été votre meilleure expérience cinématographique en Egypte ?

F.N : Une de mes plus belles expériences est celle que j’ai faite dans « Femmes du Caire » de Yosri Nasrallah. C’est vrai que je n’avais pas de rôle principal mais j’ai travaillé avec les plus grands, du réalisateur jusqu’aux comédiens du film. J’ai aussi de bons souvenirs avec « Rouge », un film à petit budget mais pour lequel j’ai eu le rôle principal et dont je suis très fière.

F.D.T : Après « Mustafa Z », le public tunisien s’attendait à vous voir plus souvent dans des productions tunisiennes ? Pourquoi cela n’a pas été le cas ?

F.N : Je suis très fière de « Mustafa Z ». Ma participation n’est pas passée inaperçue, surtout que le film a participé à de nombreux festivals et y a reçu des prix. Maintenant, je dirais que le film n’est sorti qu’il y a deux ans et il n’y a pas eu beaucoup de productions tunisiennes depuis. Il n’empêche que je n’ai pas été vraiment sollicitée malgré le fait qu’on m’ait beaucoup félicitée. Il y a aussi beaucoup de lobbies dans ce secteur, comme partout dans le monde. J’espère tout de même avoir de belles propositions de cinéastes tunisiens. Je pense que j’ai beaucoup à donner pour mon pays.

F.D.T : Les acteurs tunisiens réussissent de plus en plus à l’étranger, faut-il voir ça d’un bon œil, ou peut-on parler de « Fuite des talents » comme on parlerait de «Fuite des cerveaux»?

F.N: Effectivement, il y a beaucoup de talents tunisiens à l’étranger- pas uniquement en Egypte-. Je ne considère pas ça comme une fuite. Il y a beaucoup d’avenir dans ce domaine à l’étranger. Même les réalisateurs cherchent des projets ailleurs. Il est difficile de vivre de son art en Tunisie. Il ne faut pas voir cela comme une mauvaise chose. Au contraire, cette réussite est aussi celle de la Tunisie. Il ne faut pas oublier que ces talents répondent toujours présents pour des projets en Tunisie, en faisant même des concessions sur le cachet demandé.

F.D.T: Votre actualité ?

F.N : Je me prépare pour un feuilleton ramadanesque en Egypte. J’ai aussi joué dans un film iranien qui sera présent dans le festival « Fajr International » à Téhéran en février prochain. J’y joue le premier rôle et je suis fière de cette expérience durant laquelle j’ai relevé de nombreux défis, dont celui de jouer en iranien alors que je ne parle pas cette langue.