La première femme ministre tunisienne, Fathia Mzali, est décédée hier 12 février 2018 à l’âge de 90 ans. L’épouse de Mohamed Mzali, premier ministre du temps de Bourguiba, sera enterrée aujourd’hui après la prière de l’Asr dans le cimetière de la ville de Monastir.

Fathia Mzali a marqué son époque en étant, en 1983 et avec Souad Yacoubi Ouahchi, l’une des deux premières femmes ministres en Tunisie. Mais c’est surtout son engagement dans les premiers mouvements sociaux féministes qui a marqué les esprits et l’Histoire du pays. Connue pour avoir été l’une des fondatrices de l’Union nationale des femmes de Tunisie (UNFT) en 1956, Fathia Mzali avait d’abord été membre de la première organisation féminine tunisienne « L’union Musulmane des Femmes de Tunisie » (UMFT) fondée par Bchira Mrad, grande militante féministe, en 1936. Cette année là, beaucoup de femmes se sont joint à l’UMFT dont Radhia Haddad, Wassila Ben Ammar et bien sur Fathia Mzali.

« J’étais étudiante à Paris à la faculté de lettres de la Sorbonne, quand j’ai reçu une lettre de Bchira Ben Mrad me demandant de devenir sa filleule. Une demande peu ordinaire mais que j’ai accepté ; quelque temps plus tard elle me demandait de la représenter à un congrès mondial de la paix. J’avais préparé un discours avec une amie algérienne pour parler de la condition des pays nord-africains. Et juste après, je reçus un télégramme de félicitation de la part de Salah Ben Youssef. Ce fut à la même période aussi que je fis la connaissance de Radhia Hadad, lors de sa collecte de d’argent au profit des prisonniers. Elle avait sollicité notre aide-ma mère et moi-pour cette collecte. Elle était déjà membre de l’Union Musulmane des Femmes de Tunisie et à laquelle par la suite, j’ai adhéré aussi. » Disait Fathia Mzali en se remémorant cette période.

Son parcours de féministe est politisé après avoir rencontré Mohamed Mzali qui deviendra plus tard son mari, mais aussi en échangeant avec Bouguiba-déjà connu pour sa lutte pour l’indépendance, dont elle fait la connaissance grâce à Mzali vers la fin des années 40. Ses rencontres avec Bourguiba alors se faisaient dans le cadre des visites avec l’UGTT. Elle était alors militante à la fois « UGTiste et Unioniste ».

Lorsque « l’Union Musulmane des Femmes de Tunisie » est dissolue en 1956, c’est l’Union Nationale des Femmes de Tunisie (UNFT) qui est créée.  A l’UNFT, le défi était l’instruction des femmes tunisiennes qui leur permettrait plus tard d’assurer leur autonomie financière. Mais aussi le combat pour le droit de vote aux femmes. Et c’est suite à la promulgation du CSP en 1956, que les femmes obtinrent leur droit de vote aux élections municipales en 1957. « C’est lors des réunions où l’on devait expliquer aux femmes leur droit de vote que j’ai découvert réellement la femme tunisienne. Ignorantes de l’importance de ce droit, elles venaient avec une ribambelle d’enfants et de bébés, pressées de retirer leur carte, sans réellement chercher à quoi leur servait ce droit. Il nous fallut bien du courage pour ne pas baisser les bras et continuer à les ramener, à leur expliquer l’importance de cet acte etc. » 

Derrière l’idée du droit de vote, il y avait donc Fathia Mzali. Derrière le planning familial et la contraception, il y avait Fathia Mzali également et un combat de longue haleine auquel le président Bourguiba était déjà converti.

Et c’est en 1973, en étant présidente de l’Union des Femmes Tunisiennes succédant à Radhia Haddad, que Fathia Mzali et plusieurs membres de l’union demandèrent le droit à l’avortement. Encore un combat bien mené malgré une grande controverse et beaucoup d’opposition. « Quand j’en ai parlé, je savais déjà que cela se pratiquait dans les maisons clandestinement. J’ai argumenté en disant, qu’il valait mieux que cela se fasse sans risque et dans de bonnes conditions. ». Et l’argumentaire a fini par convaincre. L’avortement devient légal et gratuit, à la demande de la femme, et ce jusqu’à trois mois de grossesse. Aujourd’hui encore, la Tunisie se place, avec la Turquie et le Bahrein, comme l’un des seuls pays arabes et musulmans à accorder ce droit à ses citoyennes.

En 1983, Fathia Mzali est désignée ministre de la Famille et la Promotion de la femme. Elle occupera ce poste jusqu’en 1986, date à laquelle elle sera  destituée et le ministère supprimé, suite au limogeage de son mari Mohamed Mzali de son poste de ministre.