Expatriation: Quand le couple est mis à l’épreuve

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Quand Ilyes et Myriam se sont installés à Paris il y a quelques années, il avait 34 ans, elle en avait 28. Ils étaient jeunes mariés, avaient tous deux des projets pleins la tête et des rêves pleins les yeux. Leurs carrières respectives décollaient, lui entant qu’ingénieur dans une multinationale, elle qui entamait un master en Journalisme d’investigation. Aujourd’hui, avec 10 ans de plus au compteur et deux enfants, Myriam et Ilyes posentleurs valises à Houston, aux Etats Unis, lui avec un VISA professionnel et elle en tant que sa campagne puisque pas de travail. Et c’est là que les nuages commencent à doucement s’amonceler au dessus de leur vie de couple.

L’homme à l’origine de l’expatriation

Lorsqu’un couple s’expatrie, il arrive très souvent que sa stabilité en soit ébranlée et que le lien qui les unitmenace de se désintégrer. Les statistiques montrent que dans 63% à 92% des cas, c’est l’homme qui est à l’origine de l’expatriation et c’est la femme qui suit son époux1,2. Le schéma classique est donc celui du mari qui embarque toute la petite famille dans l’aventure de l’expatriation et qui se sent alors responsable de leur sécurité, surtout financière.

En se retrouvant dans un environnement professionnel nouveau, avec un contexte culturel inédit, il doit faire ses preuves, et plonge souvent corps et tête dans son travail. Pour la campagne, ce départ sans perspective claire de travail ou de développement professionnel est souvent difficile à accepter et àgérer. Et même si ellepart avec l’idée de trouver un travail une fois arrivée sur place dans le pays d’accueil, la réalité du terrain peut s’avérerêtre un vrai chemin de croix. D’abord par ce que quand on part avec des enfants, il y a toute une phase d’adaptation qui incombe souvent a la maman de gérer, surtout quand le conjoint passe de longues heures au bureau, ou collé à son Smartphone ou ordinateur portable à répondre à des emails importants et urgents, et subissant très souvent une énorme pression professionnelle.

Les enfants d’abord

Outre trouver la bonne école et essayer d’accompagner l’enfant dans sa phase d’intégration, la maman doit aussi gérer les activités extra-scolaires, qui permettront aux enfants de se développer de manièreéquilibrée et riche mais qui nécessitent logistique et disponibilitéafin jongler entre les différents horaires et emplacements.Il y a également le cercle des copains àdévelopper et consolider afin que les petits ne se retrouvent pas exclus des anniversaires, sorties et autres activités sociales. Et si les enfants sont en bas âge, le problème de leur garde peut très vite réduire tout espoir de reprise professionnelle de la maman ànéant…du moins pour quelques temps. C’est là aussi qu’on sent qu’avec l’expatriation on a perdu un solide appui familial dans la prise en charge des enfants.

Alors quand super maman a réussi à organiser la nouvelle vie de la famille comme du papier à musique et que papa part tranquille à son travail et les enfants sont heureux à l’école, démarre une autre bataille, celle de trouver l’emploi qui lui correspond, dans un pays où elle n’a pas de réseau, pas une grande connaissance du code du marché local, parfois une barrière de la langue ou encore un diplômequi n’est pas reconnu. C’est là oùdéfinir un projet professionnel clair et précis devient difficile et enclenche toute une cascade de frustration, amertume, repli sur soi et rejet de cet autre, qui nous aembarquée dans une aventure dont on ne voulait pas forcement. Sans parler de la dépendancefinancière par rapport au conjoint qui travaille, lorsque l’on a toujours eu son propre salaire.

Et alors que souvent le mari a droit au statut gratifiant lié a sa carrière, et que pendant les apéro et autres évènements mondains/sociaux, il peutrépondrefièrementet avec confiance à la question: “Que faites vous dans la vie?”, la conjointe se retrouve à redouter cette interrogation, pourtant banale et anodine, vu qu’elle ne peut plus y répondre de manièreaisée et spontanée.

La perte de lien dans le couple peut aussi venir dans un contexte où le partenaire qui ne travaille pas essaye de meubler son temps avec d’autres activités qui ne faisaient pas jusqu’alors partie des centres d’intérêt du couple. La découverte de quelques nouveaux hobbies, qui ne seront pas forcement du goût de l’autre, peut donner naissance a des frictions au quotidien, et une perte de centres d’intérêts communs. Et c’est souvent dans ce contexte que les partenaires évoluent dans deux perspectives quotidiennes différenteset qu’unfossé commence à se creuser dans leur intimité, leur partage, leur complicité et finit par réduire leurs échanges à ceux nécessaires à la logistique du quotidien.

Comment éviter l’effritement du couple ?

Alors tout couple qui s’expatrie est-il condamné à se déchirer? Heureusement que non. Une certaine conscience de la délicatesse de la situation est souvent nécessaire pour garder les canaux de communications ouverts et anticiper les crises qui peuvent survenir.

Ainsi si les deux partenaires n’ont pas la chance d’avoir un travail qui les attend à leur arrivée dans leur pays d’accueil, il est important que celui qui commence à travailler soit conscient de la sensibilité de la situation de sa/son partenaire et offre son soutien, son accompagnement si possible et ses encouragements à l’autre. Il estégalement salutaire pour le partenaire qui ne commence pas une activité professionnelle immédiated’essayer de garder son énergie positive et sa confiance en soi et de ne pas réduire toute son existence àsa carrière professionnelle.

Voir en cette période de pause, même si imposée et non choisie, une opportunité pour réfléchir à ce que l’on voudrait réellement faire, découvrir peut être d’autres facettes de soi même et de son couple peut rendre l’expérience du départtrès enrichissante et transformatrice. Partir en petite famille ou en couple peut être l’occasion parfaite pour se concentrer sur ce qui nous lie en tant que famille, et en tant que conjoint et renforcer un lien privilégié par le partage de l’aventure et du nouveau, renforçant ainsi les liens du couples.

Alors oui, partir pour mieux se retrouver, se comprendre et se réinventer, et si cela était l’avenir du couple qui s’expatrie ?

Par Rania El Fekih

1. Registre consulaire du Ministere des Affaires Etrangeres Tunisie, 2014
2. Humanis, la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) et Expat Communication