Entretien avec Mohamed Ben Attia, réalisateur de « Nhebek Hedi » et « Weldi »

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© Enzo Zucchi

Après le succès de « Nhebek Hedi », Mohamed Ben Attia revient avec un second long métrage, « Weldi ». Projeté en avant-première lors du 71e Festival de Cannes, le film sort dans les salles tunisiennes en novembre prochain. L’occasion de poser quelques questions au réalisateur tunisien, sur ses débuts et son nouveau projet.

Quand et comment a commencé votre passion pour le cinéma ?

Il n’y a pas eu de déclic particulier. C’est venu petit à petit en regardant des films. Il y a eu une période, je dirais à l’époque du lycée, où plusieurs long-métrages m’ont marqué malgré moi. Je citerai «  La leçon de piano », « Adieu ma concubine » ou encore « Danse avec les loups ». Mais à ce moment-là, je me considérais juste comme un cinéphile. Je n’imaginais pas qu’un jour, j’allais devenir réalisateur.

Comment avez-vous mis un pied dans le monde du 7e art alors que vous avez fait des études totalement autres ?

Après avoir fait des études à l’IHEC, j’ai commencé à écrire à l’aide de quelques bouquins. J’ai ensuite participé à l’atelier Sud Ecriture à travers lequel j’ai rencontré Dorra Bouchoucha. Sur ses conseils, j’ai essayé d’enrichir mes connaissances en suivant des cours à l’école de Carthage mais c’était toujours dans le cadre d’un loisir.

Racontez-nous votre premier court-métrage « Romantisme : deux comprimés matin et soir » ?

J’ai très honte de mon premier court car il est médiocre. Même si je maintiens que le scénario était bien…Malheureusement, il a été mal exécuté. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un plateau de tournage et je n’avais pas facilement trouvé mes marques. Néanmoins, j’en garde un très bon souvenir. Kenza Fourati et Sami Baccouche avaient accepté de jouer pour moi et des amis et parents avait fait de la figuration.

D’où est venue l’idée de « Nhebek di »? Et quelle part d’autobiographie trouve-t-on dans ce premier long ?

Tout comme Hédi, j’ai travaillé pour un concessionnaire automobile. A l’époque, je faisais beaucoup de prospection. Ainsi, les moments de solitude et de perte par rapport à ses choix et ce qu’on veut faire dans la vie, je les ai vraiment vécus.

Et bien sûr, il y a eu la révolution du jasmin. Une révolution que j’ai vécue d’une manière très intense. Elle m’a permis de me révéler, de me connaître davantage. C’est comme une histoire d’amour où l’on essaie de se découvrir et de mieux se connaître, la révolution avait permis à plein de gens de prendre la parole, de s’exprimer et de se révéler.

A travers Hédi et sa rencontre avec Rym, j’ai trouvé le moyen de parler de cette découverte de soi.

Est-ce la rencontre avec Dorra Bouchoucha qui a fait que le film cartonne à l’étranger ?

Pour elle et moi, c’était avant tout le résultat d’une très belle équipe. Dorra est une passionnée. Elle s’implique vraiment dans son travail.  Évidemment, elle nous a ouvert des portes de par sa grande réputation à l’international et de sa détermination. Elle a cru à notre projet et elle a su le défendre. Alors, oui elle a bien sûr contribué au succès du film.

Comment présenter « Weldi » aux Tunisiens qui n’ont pas encore la chance de le voir au cinéma ?

L’idée du film vient d’un témoignage que j’ai entendu à la radio un jour en allant au marché. Un père de famille parlait de son fils parti au djihad. Son témoignage m’a tellement ému que j’ai tout fait pour le contacter. À l’époque, je n’avais pas l’intention d’en faire un film, c’était juste une histoire qui m’avait vraiment bouleversé. Par la suite, j’ai commencé à faire des recherches sur le sujet. C’était devenu obsessionnel. J’ai compris à ce moment-là que mon prochain long-métrage ne tournera ni autour de Daesh ni d’un père qui cherche son fils, mais plutôt de la relation père-fils dans la vie quotidienne et de la perception du bonheur.

Pourquoi vos œuvres sont-elles en majorité introspectives ?

Introspectif est un terme assez effrayant. Tout d’abord, je n’ai pas le recul suffisant pour le savoir. Mais l’écriture est souvent un acte égoïste car on cherche à faire un film qui va plaire à soi-même avant tout. Et quand on a une idée, on ne se pose pas ce genre de questions. On cherche juste à recréer une émotion ressentie et à réussir peut-être à la projeter aux autres.

Quel cinéma vous inspire le plus ? Et quel cinéma espérez-vous insuffler en Tunisie ?

En Tunisie, les spectateurs sont toujours là pour voir un film tunisien et c’est une très bonne chose. Cependant, il serait intéressant d’avoir plus de diversité ; un film introspectif, une comédie, un thriller, etc. pour que le Tunisien soit moins déçu et arrive toujours à trouver son bonheur.

Quant au cinéma qui m’inspire,  ce sont plutôt les œuvres qui me plaisent et pas le réalisateur. Récemment, j’ai aimé « L’île aux chiens », « Mektoub my love » du Tunisien Kechiche et aussi « The square », lauréat de la Palme d’or à Cannes en 2017 et plein d’autres. Par ailleurs, j’apprécie particulièrement le cinéma français.

Vous êtes aussi le propriétaire d’un restaurant italien. Quelle place la cuisine a-t-elle dans votre vie?

Je ne peux pas me dédier uniquement au cinéma. La cuisine m’aide à garder les pieds sur terre. De plus, j’adore cuisiner, aller au marché, travailler la pâte, etc. j’adore ça !

Vos projets futurs ?

Actuellement, je travaille sur l’écriture de mon troisième long métrage en attendant la sortie de « Weldi » en novembre prochain.