Malgré une Constitution qui défend les libertés individuelles, on souffre encore en Tunisie de maintes aberrations. Entre test anal, arrestations pour atteinte aux bonnes mœurs à cause d’un baiser volé ou accusations de prostitution à cause d’une soirée arrosée chez un ami de sexe opposé, plusieurs citoyens, en l’occurrence les jeunes, vivent encore avec cette crainte de « l’Etat policier » et des intimidations policières. Alors c’est peu dire que vivre librement en tant que couple non marié en Tunisie, est loin d’être évident.

Comment s’en sortent-ils ? Trois jeunes couples ont accepté de témoigner pour nous, sous couvert d’anonymat.

 

Mouna, 30 ans : On fait avec mais l’idée de se marier refait souvent surface

« J’ai vécu en France pendant quelques années avant de revenir en Tunisie il y a deux ans. Quelques mois après mon retour, j’ai connu Moez. Ce n’est pas ma première relation sérieuse, mais c’est la première en Tunisie. Il faut dire que je suis partie d’ici assez jeune, j’avais 18 ans à l’époque. En revenant, j’avais déjà du mal avec tout, le transport en commun, la manière de conduire, l’infrastructure, les administrations, etc.

Avec Moez, c’est après quelques semaines que j’ai commencé à appliquer les codes. Au début, j’avais tendance à oublier que je ne pouvais pas lui donner de bisous en public, qu’on ne pouvait pas prendre une bière au bord de la mer… J’avais oublié que les petits plaisirs étaient interdits. D’ailleurs, on se chamaillait à chaque fois qu’il me faisait la remarque. Mais j’ai fini par m’y habituer. Sauf qu’on souffre un peu concernant le côté « intimité ».

Chacun de nous vit chez ses parents et aucun de nous n’a la patience ni le courage de s’aventurer dans une cohabitation. Par contre, on passe souvent les weekends chez des amis ou on essaie de temps en temps d’aller dans des maisons d’hôtes, toujours avec les copains… Mais ça commence à peser et depuis quelques mois, le mot « mariage » fait de temps en temps irruption dans nos conversations. On se dit que c’est probablement l’unique solution pour qu’on puisse vivre tranquillement, sans stress ni prises de tête. Mais est-ce qu’on va franchir le cap, ça, je ne pourrai pas vous le dire tout de suite. »

 

Si certains peuvent penser qu’il ne s’agit là que d’un problème secondaire dans la crise par laquelle passe actuellement le pays, il reste néanmoins que la frustration causée par l’interdiction de pouvoir s’aimer librement renforce un sentiment d’inachevé post-révolution chez les jeunes.

Lire le premier témoignage. 

Lire le deuxième témoignage. 

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?