Malgré une Constitution qui défend les libertés individuelles, on souffre encore en Tunisie de maintes aberrations. Entre test anal, arrestations pour atteinte aux bonnes mœurs à cause d’un baiser volé ou accusations de prostitution à cause d’une soirée arrosée chez un ami de sexe opposé, plusieurs citoyens, en l’occurrence les jeunes, vivent encore avec cette crainte de « l’Etat policier » et des intimidations policières. Alors c’est peu dire que vivre librement en tant que couple non marié en Tunisie, est loin d’être évident.

Comment s’en sortent-ils ? Trois jeunes couples ont accepté de témoigner pour nous, sous couvert d’anonymat.

Khalil, 33 ans : On survit grâce aux voyages

« Nour et moi sommes ensemble depuis  plus de 3 ans. On fait de notre mieux pour s’en sortir mais ce n’est pas facile tous les jours. Moi je vis avec mes parents et elle, en colocation. On sort souvent, on essaie de diversifier nos programmes (bars, cafés, restaurants, cinéma, plage, expositions, footing, soirées maison, etc.). Mais est-ce suffisant ? Non, du tout ! Le fait est que malgré tous les efforts qu’on fait, il y a toujours ce sentiment d’oppression, de frustration, de suffocation qui nous empêche d’être un couple épanoui. Cependant, on refuse l’idée de se marier pour pouvoir vivre tranquillement ensemble, mais on ne veut pas non plus prendre le risque de cohabiter sans mariage.

Tout ça est compliqué oui. Néanmoins, nous avons trouvé une solution, qui vous paraîtra probablement insensée, mais qui nous a vraiment aidés quand on commençait à perdre espoir. C’est le voyage. En fait, en faisant notre premier voyage seuls en tant que couple, on s’est aperçu qu’on respirait enfin, qu’on s’aimait autrement, d’un amour plus libre, on se redécouvrait, on était bien… Rien que le fait de pouvoir s’embrasser dans la rue à n’importe quel moment de la journée sans que personne ne nous regarde et ne nous juge, cela n’a pas de prix. Cette sensation de liberté qu’on redécouvre à chaque voyage nous donne de l’énergie et du souffle pour continuer «notre combat » en rentrant. Du coup, la flamme est ravivée pour un bon moment. Cela dit, il ne s’agit pas d’une solution miracle non plus, étant donné qu’on galère vraiment pour pouvoir nous offrir un ou deux voyages par an.  Mais on peut s’en contenter, en attendant de quitter le pays pour une petite expérience à l’étranger. »

Si certains peuvent penser qu’il ne s’agit là que d’un problème secondaire dans la crise par laquelle passe actuellement le pays, il reste néanmoins que la frustration causée par l’interdiction de pouvoir s’aimer librement renforce un sentiment d’inachevé post-révolution chez les jeunes.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?