En couple avec un (e) artiste – Témoignages

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© Ferdinando Scianna

Etre en couple avec un artiste n’a jamais été chose facile ; un rythme de vie différent, un cercle d’amis un peu trop large, des fans, des tentations en veux-tu en voilà… Si on est à la recherche d’une relation équilibrée, ce n’est pas sûr que ce soit la bonne porte à laquelle on peut sonner. Sauf qu’on ne peut pas contrôler son cœur. Blaise Pascal a dit : «  Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Comment vit-on ce genre de relation ? Nejla et Louay se sont confiés à nous.

Nejla, 31 ans 

« J’ai connu Ahmed il y a de cela deux ans, lors d’une soirée organisée avec des amis en commun. A l’époque, il avait une copine, alors je l’ai juste trouvé beau et on a « innocemment » sympathisé. Quand ils ont rompu, il a commencé à s’intéresser de plus en plus à moi, chose qui ne m’a pas déplu. Un beau jour, il décide de me proposer de poser pour lui. Ah je ne vous ai pas dit, il est photographe. Il n’a pas encore trouvé son style mais il a un penchant pour les photos de nu artistique… Bref, mon côté timide l’intéressait et il voulait me voir devant l’objectif. J’ai accepté, d’un côté parce que je voulais tenter l’expérience et sortir un peu de ma zone de confort, et de l’autre parce que le mec me plaisait vraiment beaucoup. Mais comme je venais de sortir d’une relation amoureuse un peu trop longue et un peu trop compliquée, je me suis promis qu’on allait simplement passer du bon temps ensemble. Et d’ailleurs c’est ce qui est arrivé, la première, la deuxième, la troisième, la quatrième,… et toutes les autres fois, car on a fini par se mettre ensemble. C’était plus fort que nous. Dès la première soirée, on a senti une sorte d’alchimie entre nous, qui nous a empêchés de nous contrôler.

J’avais plutôt l’air cool, en apparence… Mais au fond j’étais triste. Et quelque chose au fond de moi me disait qu’il n’était pas aussi honnête que je l’étais avec lui

Après quelques mois de relation libre, on a décidé de devenir exclusifs, car on a compris qu’on l’était déjà malgré nous. Cela me faisait vraiment peur. Si je ne voulais pas d’une vraie relation avec lui, ce n’était pas uniquement à cause de mon vécu ou parce que je voulais prendre un peu de temps pour moi, mais aussi parce que je suis quelqu’un de jaloux et je savais déjà que ça n’allait pas être évident à gérer avec un artiste. Pendant des semaines, j’essayais de ne pas faire attention aux messages et appels de filles que je ne connais pas. Mais cela me gênait. Au fil des jours, les photos de filles à moitié nues que je trouvais sublimes, m’insupportaient de plus en plus.  Mais le travail est le travail, je me disais pour me consoler. Malgré ma jalousie, je ne suis pas le genre de filles à poser trop de questions et à demander à ce qu’on lui rende des comptes. J’avais plutôt l’air cool, en apparence… Mais au fond j’étais triste. Et quelque chose au fond de moi me disait qu’il n’était pas aussi honnête que je l’étais avec lui, même si je ne doutais pas de son amour pour moi. Je devenais de plus en plus parano… mais en même temps je trouvais ça normal ; je ne savais rien sur comment mon homme passait ses journées, ni sur ce qu’il faisait, ou qui il voyait. Et à vrai dire je n’osais pas lui poser de questions, de peur de passer pour la copine lourde,… et puis cela va un peu contre mon principe : chacun est libre de faire ce qu’il veut du moment qu’il respecte son conjoint. D’ailleurs, pour lui, sa liberté était sacrée et il me répétait souvent à quel point il est important que chacun garde son petit jardin secret. Il n’avait pas tort, sauf que son jardin à lui était loin d’être petit. Ma paranoïa commençait à affecter mes nuits ; je faisais de plus en plus de cauchemars où je le voyais avec ses « amies » qui posaient pour lui, pour finir dans son lit.  Un jour, après un de ces cauchemars, j’ai décidé de lui en parler. Je me suis mise à nu, j’ai déballé tout ce que j’avais sur le cœur et il s’est montré plutôt compréhensif. Il m’a promis de faire des efforts ; il commençait vraiment à en faire, sauf qu’entre temps, il a fait une gaffe. Il a oublié son ordinateur ouvert, chez moi… Et moi, j’ai été tentée par le diable, et j’ai lu quelques messages sur Facebook. Vous vous en doutiez sûrement,… il me trompait, et avec plusieurs. C’est ainsi que s’est achevée ma première et dernière relation avec un artiste. Il a, bien sûr, tenté de me récupérer et a demandé pardon à plusieurs reprises. Mais moi j’ai décidé que ça n’en valait pas la peine. Après 3 mois de souffrance, je commence à guérir de son amour. »

 

Louay, 37 ans 

« Quand j’ai connu ma femme, elle chantait dans un groupe de musique, et bien sûr, elle donnait des mini-concerts dans des bars. D’ailleurs c’est là que je l’ai rencontrée la première fois. Je suis tout de suite tombé amoureux d’elle et de sa voix ; et le fait qu’elle se produise dans des lounges ne me dérangeait pas plus que ça. Je suis plutôt quelqu’un de classique : je suis sérieux dans mes relations, fidèle, et surtout monogame. Fort heureusement pour moi, c’était aussi le cas de Leila. Derrière cette femme fatale au regard de braise et à la voix envoûtante, se cache un petit être timide et fragile. A l’époque elle avait 27 ans et moi 34.

On se voyait de moins en moins, et elle passait une bonne partie des moments qu’on passait ensemble à répondre à ses fans. C’est là que le jaloux qui sommeille en moi s’est réveillé.

On s’est mis ensemble et les choses devenaient très vite de plus en plus sérieuses. Moi qui ne suis pas jaloux, commençais alors à être gêné par ses sorties nocturnes pour travailler dans des bars ; les répétitions chez les membres du groupe qui étaient tous des hommes ; les messages de ses fans à toute heure et le fait qu’elle passe des heures à tchatcher avec eux… Au début je ne disais rien et essayais d’être présent avec elle le plus possible, mais ce rythme-là me fatiguait. Si elle gagnait sa vie de son art, moi je devais me lever tous les jours à 6h du matin, et cela n’était plus possible avec les soirées que j’enchainais à ses côtés. On se voyait de moins en moins, et elle passait une bonne partie des moments qu’on passait ensemble à répondre à ses fans. C’est là que le jaloux qui sommeille en moi s’est réveillé. Un soir, on s’est vus après ses répétitions, elle tenait son téléphone comme à son accoutumée, et là… j’ai piqué une crise de nerfs, sur les messages, les répét’, les concerts, etc. A ma plus grande surprise, elle a éclaté de rire. « Il était temps », m’a-t-elle dit. Je me suis alors tout de suite calmé et on a discuté des solutions qui pourraient arranger notre couple. Sauf qu’avant qu’on puisse les mettre en marche, j’ai reçu une offre de travail à l’étranger. Pour faire court, je suis parti, et quelques mois plus tard elle m’a rejoint.  Il lui a fallu un bon moment pour qu’elle trouve un autre groupe. Sauf que là, la donne a changé. Elle fait moins de concerts car elle a trouvé un autre travail, on s’arrange pour se voir en milieu de journée, à l’heure du déjeuner, et puis j’ai fini par comprendre que j’avais une confiance aveugle en elle. Elle a toujours été compréhensive et n’a jamais laissé le doute s’installer. J’ai alors demandé sa main. »