Dossier: L’artisanat, symbole de notre identité et de notre authenticité #2

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Depuis 2011, la récession touristique et l’invasion des produits asiatiques sur le marché tunisien touchent de plein fouet le secteur artisanal. Il nous a paru opportun, dans le contexte actuel de la prise de conscience et du regain d’intérêt que porte la société civile – par le biais d’opérations promotionnelles avec le slogan « Be Tounsi » – aux produits locaux en général et aux articles de l’artisanat tunisien en particulier, de poser la problématique de la crise que traverse cette branche de l’activité socio-économique du pays.

Des explications et des propositions d’axes de réflexion pour le développement futur de l’artisanat tunisien font l’objet de notre dossier.

Après avoir présenté l’Historique de l’artisanat tunisien, voici la deuxième partie du dossier, consacrée aux métiers en voie de disparition:

Tunis

Souk essakajine

Nous avons rencontré M. Fethi Hasni dans une petite boutique du souk. Nostalgique à souhait, il parle de l’art du travail de la selle de luxe (brodée or et argent sur soie et velours) comme d’un souvenir déjà lointain. Son propre fils Slim s’est reconverti dans la selle pour courses hippiques et semble y trouver son bonheur.

Pour M Hasni, le véritable problème est le manque de main-d’œuvre spécialisée, dû à un problème de formation parce que les jeunes n’acceptent plus la formation ancestrale sur le tas, c’est-à-dire chez le maître artisan (maallem).

Il ajoute que les nouvelles procédures utilisées dans les centres de formation professionnelle ne s’appliquent pas à ces métiers traditionnels où l’on suit une évolution technique progressive, étape par étape, ce qui requiert une grande patience et une grande attention aux directives du « maallem ».

sarajine

Souk El Balghajia

Hamed Jamoussi « Amine » (chef de la corporation) a les mêmes préoccupations concernant le désintérêt des jeunes pour la formation, jeunes qui ont des ambitions plus modernistes.

Jamoussi ajoute : « Bien que la balgha et les chaussures traditionnelles, de manière générale, trouvent acquéreur chez le consommateur tunisien, le manque de main-d’œuvre et la concurrence des articles modernes de l’industrie font que la chute commencée par la baisse du tourisme s’est accentuée ces derniers temps à cause de l’environnement socio-économique du pays.

Néanmoins, le produit fait main garde une clientèle fidèle notamment grâce à des opérations promotionnelles qui encouragent à consommer tunisien. »

blaghjiya

Kairouan

Souk Enhas

Abdelkrim Zeramdini, artisan spécialisé dans le cuivre martelé, lauréat du Prix National de l’Artisanat en 2000 et dont l’atelier d’ustensiles traditionnels (Kerouana, halleb, tanjra…) jouxte celui de son fils, Abdelwahab, beaucoup plus moderne et axé sur le cuivre étamé (mkazder) et les articles innovants résultant des efforts de création et de modernisation, nous a fait part de son inquiétude quant à la pérennité de sa spécialité toujours par manque de main d’œuvre, dû au peu d’intérêt des jeunes pour l’apprentissage des métiers traditionnels.

Le tissage traditionnel

Avec M. Abdelwahed Makdoud, Amine des tissages traditionnels de Kairouan, nous avons pu constater la continuité du travail artisanal à l’ancienne : quatre artisans formés dans cet atelier depuis leur enfance se relaient pour tisser du haïk réalisé avec de la laine naturelle, tout en introduisant de temps en temps des matières nobles comme le fil de lin pour réaliser des articles destinés à une clientèle plus moderne.

Mais à la différence des autres corporations, les ateliers de tissage du haïk sont dispersés dans toute la ville selon le lieu d’habitation des familles qui se sont spécialisées dans ce métier.

tissage

Le tapis

Ce passage dans la capitale des Aghlabides nous a permis de voir quelques belles pièces de tissage de la région, notamment l’ancien tapis en points noués réalisé par Kemla Bent Chaouch en 1830, ainsi que les mergoum et klim du 19ème et du début du 20ème siècle. Par contre, la production actuelle a chuté d’une manière considérable, tant dans la ville même que dans ses environs.

Souk Errebâa, jadis si florissant et mondialement connu pour ses ventes à la criée de tapis et de mergoums, n’est plus que l’ombre de lui-même. Les pièces se font rares, le client aussi.

Tous ces métiers sont également pratiqués par la plupart des membres d’une même famille, comme c’est le cas pour la poterie traditionnelle à Nabeul ou à Moknine.

Ces articles, surtout dans le secteur utilitaire, trouvent encore une clientèle tunisienne qui tient à ses valeurs ancestrales et qui remet au goût du jour les produits issus du patrimoine.