Découvrez Sumaiya Merchant la fashion designer qui nous vient directement de Bombay

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Sumaiya Merchant est une jeune designer talentueuse qui nous vient directement de Bombay. Ses influences sont internationales mais surtout indiennes. Et depuis quelques temps, notre pays l’inspire aussi. Sumaiya Merchant est une passionnée depuis son plus jeune âge. Son métier, elle l’a appris sur de bonnes bases et aujourd’hui, elle peut se targuer d’habiller plusieurs stars indiennes, mais aussi notre talentueuse Ghalia Benali. Sa dernière collection compte des articles tuniso-indiens qui seront bientôt exposés chez le concept Elyssa Artisanat. Nous avons profité de son passage par Tunis pour lui poser quelques questions.

Femmes de Tunisie : D’où vient ta passion pour la mode ?

Sumaiya Merchant : Je pense que c’est mon pays qui m’a orienté. L’inde est un pays où la mode se trouve partout dans la rue. Les femmes sont très stylées, mettent beaucoup de couleurs, choisissent les différents bendhi (points qu’on met sur le front), changent de henné etc. C’est pays très vibrant, grâce auquel j’ai eu un rapport précoce avec la mode.

F.D.T : Tu t’es lancé comment dans ce domaine ?

S.M : J’ai toujours su que je voulais travailler dans la mode. A peine les études secondaires finies, j’ai tout de suite intégré une école de design bien réputée à Bombay. Je savais qu’il était beaucoup plus intéressant pour moi de commencer en Inde puis de partir ailleurs que de voyager directement après le bac. Par contre, j’ai choisi de ne faire que 3 ans et de ne pas pousser mes études au master car je voulais travailler assez rapidement (et puis les master coûtent assez cher).

F.D.T : Qu’est ce qu’on peut faire avec une licence en poche ?

S.M : Après mes études, j’ai eu l’occasion de travailler dans un magazine glamour comme Vogue India qui venait juste d’être lancé en Inde. J’ai aussi eu le choix de travailler en étroite collaboration avec un designer de renom (c’est la politique de l’université qui nous met en contact avec des designers qui deviennent nos mentors plus tard). Mais au final, j’ai choisi un tout autre chemin. Celui de la confection. J’ai donc choisi d’intégrer une usine exportatrice travaillant pour différentes marques étrangères. J’ai donc cotoyé les artisans et ouvriers qui travaillaient pour Dolce&Gabanna, Just Cavalli, Replay, Desigual etc. et j’ai appris sur le tas toutes les bases techniques, mais aussi le travail de la broderie à la main. J’ai passé 2 ans et demi dans la confection.

F.D.T : C’est là que tu as senti l’envie de voler par tes propres ailes ?

S. M : Effectivement. J’étais pourtant jeune. J’avais à peine 22 ans. Mais je voulais tenter une expérience en solo. J’ai alors beaucoup travaillé pour la télé et les magazines. Je faisais du « styling » et j’aidais selon la commande à trouver les bons habits pour les bons programmes. Bien sur j’avais quelques petites commandes par ci par là et je devais aussi saisir toutes les opportunités qui se présentaient à moi. J’ai mis 12 ans mais je me suis construit ma petite clientèle petit à petit et de bouche à oreille.

F.D.T : Parle-nous de ta première collection ?

S.M : J’avais 23 ans, et j’avais décidé de présenter une première collection de 25 articles. J’avoue que je l’ai fait pour moi-même, pour voir comment les gens allaient recevoir cela. J’ai donc exposé dans un galerie à Bombai et ça a pas mal marché. C’était le point de départ de mon travail de créatrice en solo.

F.D.T : Quel est ton style et quelles sont tes inspirations ?

S.M : Mon style est très évolutif. Tous les ans, mes inspirations changent selon l’environnement, l’actualité et l’état d’esprit. Tout ce que je peux dire, c’est qu’aujourd’hui je m’orient de plus en plus vers le stylisme conscient et écologique et que mon style est minimaliste. Après, mes influences sont aussi multiculturelles. Je mets un point d’honneur à bien choisir mes matériaux et mes tissus. Aujourd’hui il est important de connaître l’origine du vêtement que l’on met, éviter qu’il ne provienne d’une marque exploitatrice, travailler avec des matériaux comme le coton ou la soie.

F.D.T : Vous parlez d’influences multiculturelles, la Tunisie en est une ?

S.M : Evidemment. La Tunisie est le premier pays nord-africain que je visite et il a beaucoup de particularités. J’ai eu l’occasion de visiter la ville de Mehdia et d’y découvrir des artisans dont le savoir faire est en voie de disparition. Ces gens travaillent la soie à la main. C’est cet art qui m’a intéressée. Je suis donc allée à leur rencontre. Le patron m’a expliqué qu’ils ne faisaient que des écharpes en soie, car cela permettait d’être sur de les vendre. J’ai acheté de nombreuses écharpes et c’est avec ces bouts de tissu que j’ai crée une partie de ma collection été 2018.

F.D.T : Quel résultat cela a-t-il donné ? Et que pensez-vous en faire ?

S.M : C’est une collection expérimentale dont je suis très fière. Mon but est de faire rencontrer les cultures. Que le travail de ces artisans voyage et s’expose en Tunisie et pourquoi pas à l’étranger. C’est aussi ma responsabilité de faire voyager cet héritage.