« Dachra » de Abdelhamid Bouchnak, un point lumineux dans le cinéma tunisien

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Abdelhamid Bouchnak, retenez bien ce nom. Non pas parce que le patronyme nous ramène à l’un des plus grands chanteurs et musiciens tunisiens, mais plutôt pour le génie cinématographique qui se cache derrière un jeune homme qui a cru en son rêve : celui de réaliser le premier film d’horreur tunisien. Ainsi est née « Dachra », l’œuvre fiction dont l’avant-première a été projetée mardi dernier, à la salle de l’Opéra de la Cité de la Culture.

Le film a participé à de nombreux festivals (Mostra de Venise, JCC, Festival International du Film du Caire, Etrange Festival, Gëteborg Film Festival, Fantastic Fest etc.) avant que l’équipe ne nous annonce la sortie officielle en Tunisie prévue pour le mercredi 23 janvier 2019.

Le jeune réalisateur choisit le nom de « Dachra » ou littéralement « patelin » pour nous raconter les dessous d’un « cold case » sur lequel enquêtent un groupe de trois jeunes étudiants en journalisme. Lorsque le professeur leur demande clairement de présenter un travail d’investigation qui sort de l’ordinaire, Walid (Aziz Jebali) propose à ses amis de faire une recherche autour de Mongia, une femme mutilée et internée dans un hôpital psychiatrique et qu’on accuse de sorcellerie depuis plus de 25 ans. Autour de son personnage, plusieurs légendes sont racontées. Les trois étudiants, Yasmine, Aziz et Walid vont partir dans une « Dachra » paumée pour essayer de percer le secret de Mongia.

Un synopsis basic mais inspiré de faits réels comme pour donner une dimension plus percutante au contenu. Abdelhamid ne lésine pas sur les ingrédients phares qui font le succès des plus grands thrillers/horreurs internationaux (The Blair Witch Project, Psychose…). Le suspens est maintenu jusqu’au bout, l’atmosphère, plutôt calme et détendue au début se fait de plus en plus lourde et stressante vers la fin. Abdelhamid utilise les techniques classiques pour ce genre de film. Le cadrage exigu, les plans inclinés, les tons froids, les effets de surprise, les scènes saccadées, la musique…tout y est. A cela s’ajoute une dimension « tunisienne ». Abdelhamid Bouchnak table sur un scénario bien ficelé côté intrigue mais surtout agrémenté d’un bon humour à la « tunisienne ». Les vannes que se lancent Walid et Bilel tout au long du film nous rappellent que cela se passe bien en Tunisie. Quant à la thématique principale, le côté « fait divers réel » est lié à des croyances existantes dans des pays comme la Tunisie.

Avec « Dachra », Abdelhamid a sauté dans le vide. Sans aucun financement et avec son rêve pour seul moteur, il a réussi à mener jusqu’au bout ce projet qui lui tenait à cœur. Le jeune cinéaste a aussi eu l’audace de parier sur trois jeunes nouveaux talents, dont on entendra surement beaucoup parler les prochaines années. Yassmine Dimassi, Aziz Jebali, Bilel Slatnia offre une belle performance cinématographique au public.  Une chose est sure, qu’on aime le genre horreur ou pas, « Dachra » est un film réussi qui prouve encore une fois que cette nouvelle génération de cinéastes tunisiens est dans la bonne direction.