Crise de couple : les conseils de Zhaira Bennani, coach en communication

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Infidélité, routine, manque de communication, jalousie, etc. Que faire lorsqu’un de ces problèmes met en péril l’équilibre du couple ? Que faire lorsque son couple bat carrément de l’aile ? Y a-t-il moyen de « sauver les meubles » ? Désemparé, l’homme ou la femme en cherchant à s’en sortir s’enfonce encore plus. Chacun, à l’affût des comportements négatifs de l’autre, ne fait qu’empirer la situation. Face à cette impasse, parfois il est temps de passer à l’action et d’envisager d’aller voir un thérapeute ou un coach de couple.

Zhaira Bennani, coach en communication, éclaircit certains points sur les crises de couples et comment les gérer.

Femmes de Tunisie : Comment savoir que son couple passe par une crise et qu’il faut réagir et passer à l’action ?

Zhaira Bennani : Lorsqu’on se sent étouffer, que l’environnement devient hostile, la présence de l’autre gênante et qu’on ne se parle plus, on sait que quelque chose doit changer. Généralement, c’est lorsque la communication est rompue ou qu’elle n’est plus fluide que le recours à un accompagnement est envisageable. D’abord séparément, pour comprendre nos propres motivations, nos besoins, nos croyances parfois handicapantes et ce qui nous empêche d’avancer à titre personnel. Il s’agira dans un second temps de le faire au niveau du couple.

F.D.T : Comment réagir face à une crise dans son couple ? Quels sont les « premiers soins » à prodiguer ?

Z.B : Tout d’abord, il est impératif de prendre du recul, pour observer les faits qui ont mené à la crise et cela sans interprétation car cette dernière pourrait fausser les données réelles. Il faut surtout éviter de spéculer sur ce que l’autre peut penser ou avoir comme intentions. Lorsque la communication entre les partenaires n’est pas encore rompue, l’idéal est de se parler, décrire ce qu’on ressent, discuter de nos besoins et demander des actions avec une intention positive. L’accompagnement permet de voir la situation d’un point de vue différent. Il sert à clarifier les besoins et à formuler une demande en établissant un objectif et un plan d’action.

F.D.T : Dans cette période de crise, que peut apporter un coach ou un thérapeute de couple ?

Z.B : Un coach ou un thérapeute offre une qualité d’écoute bienveillante et sans jugement. Il aide la personne à « changer de lunettes » et à voir les faits d’un autre point de vue. C’est une sorte de prise de conscience. Le coach ou le thérapeute peut soulever des problématiques liées à des blessures d’enfance, des croyances, des auto-saboteurs… Il aide à dédramatiser la situation, à fluidifier la communication, à la rendre possible, à poser des actions au présent. Il fait le suivi et aide à mettre en place des plans d’avenir, des projets communs. Son but n’est pas de déterminer qui a tort ou qui a raison, mais de gérer le conflit en rétablissant la communication et l’harmonie.

F.D.T : Les problèmes de couple sont-ils toujours liés à des soucis de communication ?

Z.B : Le couple passe par diverses crises tout au long de son histoire. Il y a d’abord la cohabitation, au sein de laquelle chacun doit apprendre à vivre avec les goûts et les désirs de l’autre. Ensuite, le baby clash ou l’arrivée d’un bébé. Et le cap des 7 ans, variable d’un couple à l’autre. Et aussi plus tard, le syndrome du nid vide : quand les enfants partent. Mais ce ne sont pas les seules crises. Les besoins insatisfaits de l’un et de l’autre, les grands changements, le flou, les doutes, le manque de communication sont autant de crises par lesquelles on peut passer en couple. Lorsque cela survient, la communication est généralement rompue ou difficile. Rétablir le contact passe par le fait de pouvoir se dire les choses sans créer de blocages qui ne pourraient que compliquer la situation.

F.D.T : Y a-t-il des remèdes anti-crises «tampons et temporaires» ? Du genre l’humour, le sang-froid ou autre ?

Z.B : Oui. Prendre du recul, évacuer sa colère avant de vouloir avoir une discussion avec le conjoint, voir le côté constructif d’une dispute ou encore poser de nouvelles limites et créer une nouvelle dynamique dans le dialogue peuvent aider à s’en sortir. Généralement, il faut éviter de commencer ses phrases par « tu » mais plutôt par « je » pour ne pas agresser l’autre ou l’accabler systématiquement. Il faut éviter l’agressivité et les non-dits, ne pas chercher à dominer l’autre ni à l’humilier. Certains pièges peuvent être évités en créant par exemple un rituel de réconciliation : se donner rendez-vous à notre restaurant préféré comme symbole de drapeau blanc. Offrir un petit cadeau et user un peu de son humour pour sécréter de l’ocytocine, hormone de l’attachement mais aussi pour dédramatiser et renouer le dialogue.

F.D.T : Quelques conseils pour faire face à une crise communicationnelle ?

Z.B : Il faut surtout apprendre à écouter. Comprendre que la meilleure formule est 1+1=3: toi, moi et le couple. Et que le bien-être du couple passe par le bien-être de chacun : nous devons nous sentir libre d’être ce que nous sommes.

F.D.T : Et face à l’infidélité ? Comment réagir ?

Z.B : Il y a une nouvelle vie pour le couple après l’infidélité, séparément ou ensemble. Tout d’abord, il faut cerner les responsabilités de chacun. C’est un manque chez la personne ou dans le couple qui conduit une personne à l’infidélité (on ne parle pas de vice ou de perversion). La séparation n’est pas une fatalité, ni une obligation. Ce qu’il faut, c’est envisager la possibilité de voir une nouvelle histoire s’écrire, ou plutôt de voir la naissance d’un nouveau couple formé par ces mêmes personnes.

Face à une infidélité, le mieux est de renouer, communiquer, parler du présent, du futur, exprimer ce qu’on ressent, ses besoins et désirs, retrouver ce cadre commun, ce qui nous unit. Il faut cultiver le désir, travailler sur soi et aussi (pourquoi pas) séduire à nouveau le partenaire.

F.D.T : Peut-on résoudre les problèmes d’ordre sexuel ?

Z.B : La résolution des problèmes d’ordre physique sont du ressort de l’expertise de la médecine. Mais les problèmes récurrents d’ordre sexuel sont le désir et la communication sexuelle. L’acte sexuel purement physique et mécanique devient routinier et peut constituer un blocage. Quant au désir, il est altéré par la routine. Ce qu’on appelle communément « pimenter » la vie de couple est tout à fait faisable pour faire renaître une attraction sexuelle et une envie entre les deux partenaires. La communication sexuelle est le fait de parler de ce qu’on aime ou de ce qu’on n’aime pas, ce qu’on voudrait essayer et ce qu’on ne tolère pas. Etablir des limites pour créer l’entente et maximiser le plaisir. Il est important de communiquer en utilisant nos 5 sens pour exprimer son amour et son désir. En gros, il faut établir les règles du jeu sexuel pour que chacun y trouve son compte.

F.D.T : Et face aux problèmes financiers, quelle attitude adopter ?

Z.B : Les problèmes financiers causent des manques chez l’un et chez l’autre et compliquent la gestion du quotidien. Ceux-ci ne devraient pas provoquer de crise dans le couple mais au contraire rapprocher les conjoints autour des valeurs telles que la famille, le travail et le soutien nécessaire pour évoluer ensemble. Si l’un des deux attend de l’autre qu’il règle les problèmes financiers tout seul, cela peut provoquer une crise non pas due à ces problèmes mais à l’incompréhension qui règne dans le couple.

Dans ces cas-là, l’important est de s’écouter pour se comprendre. Mais aussi de patienter ensemble, de cultiver la joie de vivre à deux malgré les difficultés et de faire du foyer un refuge et un lieu de non jugement et de paix afin de créer la motivation chez les conjoints à œuvrer pour arranger la situation.