Coronavirus : témoignage d’un confiné tunisien dans un hôtel de Chott Mariem

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« Dimanche dernier en arrivant à l’aéroport d’Orly vers 15h, je suis tombé sur des Tunisiens complètement désespérés. Tous espéraient rentrer à Tunis et se retrouver avec leurs familles sans passer par la case « confinement obligatoire » imposé par l’Etat. J’étais au courant de cette mesure exceptionnelle annoncée par le gouvernement avant même de prendre l’avion car un de mes proches m’avait prévenu que tous les voyageurs du prochain vol vers Tunis allaient être confinés soit dans un hôtel, soit à bord du bateau « Tanit » de la CTN.

Dans la salle d’embarquement, on nous annonce déjà 1 heure de retard. A 19h, on embarque et tout le monde remarque que les 5 premières rangées de l’appareil étaient vides, ce qui ne nous a pas rassurés. Après le décollage, le commandant s’excuse pour le retard et nous apprend qu’ils ont dû désinfecter l’appareil…

Une fois arrivés à Tunis à 21h15, surprise ! Nous avions un comité d’accueil : ambulances, voitures de police, brigade anti-terroriste…tout était digne d’une série NETFLIX! On nous demande alors de sortir un par un et sur la passerelle, des infirmières et des médecins nous attendaient pour prendre notre température. Tout au long de notre présence à l’aéroport, des hommes en combinaison nous arrosaient de produit désinfectant. On fait de notre mieux pour garder notre calme. Après tout, il ne s’agit que d’une mesure préventive.

On nous dirige par la suite vers 3 bus qui nous attendaient à l’extérieur mais personne ne savait où on allait. On s’est posé des tas de questions restées sans réponse puisqu’aucun des responsables sur place n’a daigné nous répondre. On était fatigués, on avait faim et soif et on a commencé à perdre patience car on est restés une heure à l’intérieur des bus qui démarrent enfin pour nous retrouver 1h30 plus tard à Chott Mariem.

On arrive donc vers 2h du matin escortés par la police. Le personnel de l’hôtel, les infirmières et les médecins étaient là pour nous accueillir, tous vêtus de masques, combinaisons et munis de gel désinfectant. Les réceptionnistes hurlaient et ont commencé par attribuer des chambres aux familles et aux femmes. Arrivé dans ma chambre située au bout du couloir, la porte était déjà ouverte car il ne nous ont pas donné de clé pour qu’on soit obligé de rester « sur place ». Le sol était sale, la salle de bain dans un état lamentable, pas de chauffage, juste deux lits, une télévision et un balcon qui était sale aussi !

Lundi, premier jour de confinement, pas de café, rien ! On nous donne juste des biscuits. On n’a même pas droit à une bouteille d’eau, heureusement que j’avais la mienne sur moi. A 14h, on nous apporte un repas froid. A 16h, une bouteille d’eau. J’essaie ensuite de nettoyer ma chambre avec les moyens du bord.

Le lendemain matin, ça commence à mieux s’organiser. On nous ramène du café, du pain et du beurre, puis quelques produits pour nettoyer nos chambres. Depuis, la qualité des repas s’améliore. La police patrouille devant l’hôtel, les gens sortent prendre un peu l’air et marcher. On prend notre mal en patience, et ça finira bien par passer… »