Confessions intimes: «J’ai tout plaqué pour lui!»

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« Je l’ai rencontré il y a maintenant un peu plus de deux ans à Paris lors d’une soirée chez des amis. Naoufel avait tout pour lui, il possédait une voix captivante et détenait ce charme qui vous enivre dès les premiers instants. J’ai immédiatement été séduite par son charisme, un vrai coup de foudre. Par la suite, nous nous sommes revus quelques fois et c’est très naturellement que nous nous sommes rapprochés. Tout paraissait évident: nous nous entendions parfaitement, il acceptait mon fils de 12 ans et nous étions au fil des rencontres devenus fou d’amour l’un pour l’autre.

Aussi, lorsqu’un jour Naoufel m’a proposé de le suivre en Tunisie, j’ai tout de suite dit oui. Partir à l’aventure ne me faisait pas peur, j’avais déjà beaucoup voyagé en Asie et en Amérique, et puis je voulais découvrir ce pays que je connaissais très peu. Malgré une situation très confortable dans une grande entreprise, j’ai démissionné sans préavis, pensant que la Tunisie postrévolution avait à offrir de belles et nombreuses opportunités. J’ai également quitté ma famille et mes amis qui n’étaient pas trop surpris par mon choix. Enfin, j’ai laissé derrière moi cette ville qui m’avait vue grandir mais que je ne supportais plus, pour tourner et écrire une nouvelle page de ma vie.

Nous sommes arrivés en février 2011 à Monastir pendant le couvre-feu. Originaire de cette région, Naoufel nous avait préalablement trouvé une maison. En dépit des premières semaines tendues, je ne me laissais pas abattre et mettais cela sur le compte du couvre-feu qui nous empêchait de nous installer confortablement. Cependant, l’humeur de Naoufel se dégradait de plus en plus, un rien le mettait dans de très grosses colères. Tout ce que je faisais était prétexte à une dispute, il suffisait que je lui demande tout simplement s’il allait bien pour déclencher une avalanche de reproches.

 

Le pire, c’est que je ne me rendais pas vraiment compte de la situation, j’ai toujours été une personne optimiste. Et puis Naoufel me couvrait de cadeaux précieux et de marques d’affection entre chaque conflit, je pensais que nous étions comme n’importe quel autre couple qui a son lot de disputes et de bonheur.

Cependant, j’ai peu à peu perdu pieds pour sombrer lentement dans des idées noires. Ayant une grande force de caractère, j’ai pris la décision de ne pas me laisser anéantir et de consulter un psychologue pour me sortir de cet état dépressif. Après quelques séances seulement, il m’a révélé très naturellement que l’origine de mon abattement s’expliquait par la pathologie de mon compagnon, atteint de perversion narcissique et qu’il n’y avait aucune autre solution que de le quitter.

J’ai mis beaucoup de temps avant d’y croire et pour cause, je ne me doutais même pas de l’existence d’une telle maladie, ni que l’homme que j’aimais était psychologiquement malade. Il se passa donc quelques semaines sans que la situation ne s’améliore.

Mon déclic, je l’ai eu le jour où Naoufel a posé la main sur moi. Il n’était pourtant pas plus énervé que d’habitude, la seule différence c’est qu’il n’a pas supporté que je lui fasse remarquer que sa réaction était disproportionnée. Par amour et par espoir, je suis tout de même restée auprès de lui dans l’attente d’un miracle qui transformerait mon couple. Bien sûr, la situation ne s’est pas améliorée et c’est lorsqu’il m’a frappée pour la troisième fois que j’ai pris la décision de fuir. Il m’a si sauvagement rouée de coups que je ne pouvais plus respirer. L’espace de quelques minutes, j’ai cru que j’étais en train de mourir.

 

Sans plus attendre, je me suis rendue chez un médecin qui m’a délivré un constat médical des coups que j’avais reçus, ainsi qu’un arrêt maladie d’une semaine. Avec ces papiers en main, j’ai déposé une plainte au commissariat pour violence physique qui, je l’ai su par la suite, n’est jamais arrivée sur le bureau du procureur.

Au mois d’août de la même année, j’ai pris la fuite pour Tunis avec mon fils et le peu d’affaires que j’avais réussi à prendre. J’avais l’espoir de tout recommencer, mais ce semblant de paix n’a duré que deux mois, jusqu’à ce que Naoufel retrouve ma trace en piratant mon compte Facebook. Dès lors, il m’a harcelée de textos dans lesquels il ne cessait de m’expliquer qu’il était désolé, qu’il voulait changer et reprendre notre vie de couple, qu’il était prêt à commencer une thérapie à Tunis. En dépit de ma méfiance, j’ai accepté de le revoir dans le seul but de clore définitivement ce chapitre de ma vie. Malheureusement, j’étais encore beaucoup trop fragile et très vite, je me suis laissée amadouer par ses beaux discours. Il me disait tout ce que j’espérais entendre: qu’il m’aimait, qu’il regrettait et qu’il voulait changer.

Après quelque temps, j’ai accepté qu’il vienne habiter chez moi à Gammarth et au mois de novembre, je suis tombée accidentellement enceinte. Comme Naoufel m’avait déjà exprimé son refus d’avoir des enfants et que pour ma part, je ne me voyais pas avoir un bébé dans cette situation instable, j’ai sérieusement réfléchi à l’avortement. C’est alors qu’il m’a culpabilisée en me faisant passer pour une criminelle, une meurtrière sans âme ni conscience auprès de mon fils et de nos amis.

Les jours défilaient et mon entourage me poussait à garder ce bébé, je ne savais plus quoi faire jusqu’à ce que la date fatidique soit dépassée. Je n’avais plus le choix, j’allais donner la vie à cet enfant mais je refusais que son père fasse partie de cette aventure. Décidée, j’ai ordonné à Naoufel de quitter la maison et de sortir de ma vie. En partant, il a dévalisé ma maison en emportant avec lui la plupart de mes biens de valeur et des papiers officiels. J’ai donc déposé une nouvelle plainte pour vol.

Toutefois, si je me retrouvais sans rien, je n’étais pas seule pour autant. Naoufel persistait à me rendre la vie dure et venait me tourmenter dès qu’il en avait l’occasion, sans pour autant s’inquiéter du déroulement de ma grossesse.

Tout de suite après l’accouchement, j’ai rassemblé le peu d’argent que j’avais mis de côté pour faire un passeport pour le bébé et acheter trois billets pour Paris. Ce départ précipité ne présentait aucun problème jusqu’à ce que la police de l’aéroport refuse de me laisser quitter la Tunisie avec mon bébé. On m’expliqua que le père avait déposé une restriction de sortie du territoire et que, par conséquent, mon enfant ne pourrait quitter le sol tunisien qu’à sa majorité.

 

J’étais dévastée et dans une colère noire, mais j’étais tout aussi déterminée à me battre pour obtenir l’autorisation de sortie. Aussi, j’ai dépensé mes dernières économies dans le salaire d’un avocat qui m’aide encore aujourd’hui à obtenir justice.»

Depuis cet entretien, la situation de Coralie n’a pas évolué. Malgré ses deux plaintes, elle n’a toujours pas le droit d’emmener son bébé en France. Cette situation est d’autant plus inadmissible que Naoufel a quitté la Tunisie et ne s’est pas présenté à la convocation devant le tribunal.

De plus, Coralie ne dispose d’aucun contrat de travail justifiant sa présence sur le territoire et puisqu’elle refuse d’abandonner son bébé, elle se retrouve contrainte de vivre illégalement dans ce pays.

Dans son désespoir, elle a tout de même tenté d’attirer l’attention de hauts magistrats français et du Consulat français de Tunis qui ne peuvent malheureusement l’aider pour la simple raison qu’en étant en Tunisie, Coralie est soumise aux lois tunisiennes.

Témoignage recueilli par Noémie Zyla.

Tiré de l’histoire vraie d’une femme au courage extraordinaire et qui continue à se battre pour faire valoir ses droits. Pour une question de sécurité, les noms ont été changés.

 

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