Femmes de Tunisie vous propose une nouvelle chronique hebdomadaire qui donne la parole à des Tunisiennes résidant à l’étranger. De Tokyo à Boston, en passant par Paris ou encore Genève et Dubaï, elles nous font part de leurs expériences, et partagent leur quotidien. Avec elles, nous apprenons ce qui caractérise ces différents peuples, mais surtout comment ces Tunisiennes réussissent à briller au-delà de nos frontières. La première chronique est japonaise:

« Bonjour! Je suis Khaoula Ben Hamida, une Tunisienne de 31 ans, qui vit à Tokyo depuis mai 2013. Je travaille en tant qu’ingénieur chez Mitsubishi Fuso, à la base Japonaise, mais qui fût acquise en 2003 par le géant Allemand de l’automobile Daimler.

Je n’ai jamais vraiment cru aller un jour au Japon, encore moins y vivre!  C’est grâce à mon mari et sa détermination incroyable, que munis de nos diplômes Tunisiens, nous avons tous les deux réussi à décrocher cette chance. J’aimerai partager à travers ces lignes mon expérience et surtout ce que j’en ai appris. Nul besoin de dire que ça reste très subjectif et vraiment émanant d’opinions très personnelles. »

Lorsqu’on pense Japon, on pense probablement au côté développé de ce pays du soleil levant et tout le confort qui en découle. Mais aussi et probablement de par son originalité, on pense peut être aux mangas et au lot d’extravagance qui leur est rattaché, avec entre autres tous les cosplayers et leurs costumes colorés.

Oui, le Japon est bien tout cela, mais il est surtout tellement plus.

Du haut de mes 5 ans de vie à Tokyo, je ne peux résumer ce que vivre ici a été pour moi qu’en un seul mot: Tolérance.

Le Japon est un pays très conservateur.

Les Japonais sont très attachés et très protecteurs de leur culture unique (et je trouve qu’ils ont bien raison).

Leur pays est très sécurisé, très propre et très confortable à vivre.

Les produits, tout comme les services, sont aussi efficaces que fiables.

Quant aux gens, ils sont, de manière générale, honnêtes. Les japonais ne volent pas, ne trichent pas et ne mentent que rarement.

Et de ce fait, Il est naturellement et particulièrement difficile pour eux de changer certaines choses, ou d’accepter d’autres us et coutumes.

La seule solution donc pour bien mener sa vie là-bas et de s’intégrer est de s’adapter ; et ce  même à leurs aspects les plus…inattendus.

Bien sur, plus facile à dire qu’à faire.

Quand on se trouve face à des définitions diamétralement opposées de choses qu’on croyait universelles, soit on vit dans une frustration continue, soit on apprend à accepter – accepter réellement, pas seulement en surface – qu’il y a bel et bien d’autres vérités, et d’autres façons de voir les choses. A titre d’exemple, la culture japonaise est beaucoup plus axée sur le collectivisme que dans les autres pays.

La Tunisie n’est pas ce qu’on pourrait appeler un pays individualiste. Pourtant le sens de  groupe m’a énormément frappée au Japon.

Une situation concrète : Supposons que tu tombes malade, et que tu as de la fièvre.

Pour moi, il est naturel de prendre quelques jours de congés jusqu’à bon rétablissement.

Au Japon, la personne penserait tout d’abord aux effets de son absence sur son travail. J’ai vu des gens venir au bureau avec 39 de fièvre, un masque pour limiter les dégâts à ses voisins, et le tour est joué.

Ce côté à la limite du sacrifice au nom du bien collectif me dépasse, jusqu’à ce jour.

Il en va de même pour les congés en général, ou encore ce qu’on aimerait réellement faire « versus » ce que les autres attendent de nous, et la liste n’en finit pas.

 

Le Japon m’a réellement défié là où je m’attendais le moins.

Car les japonais ont leur propre définition du bonheur, du bien-être, du confort, voire de l’importance des choses et même de l’amour.

Seule la maman est supposée embrasser son bébé. Même le papa n’y a pas droit.

Ce n’est pas que les autres n’aiment pas cet enfant, mais pourquoi risquer de passer plus de germes si on peut tout simplement le prendre dans ses bras à la place?

Ce genre de comportement me choque des fois, et me pousse à revoir toutes les choses auxquelles je crois. Ca me pousse à relativiser bien plus que ce que je me croyais capable.

Le Japon m’a appris à être plus patiente plus ouverte plus curieuse.

Je n’ai pas à être d’accord avec tout ce qu’ils font de la manière avec laquelle ils le font, mais comme je vis ici, dans leur pays, je dois au moins m’y adapter.

Je ne vous cache pas que j’ai été  souvent frustrée par le manque d’interactions, le manque de débat, l’absence d’opinion dans la grande majorité des conversations. Mais j’ai vite appris à me poser la question « pourquoi »?

Voir au-delà et accepter que chacun est différent m’ont été le plus précieux cadeau que m’a offert ce pays, pour le moins qu’on puisse dire, fascinant.

Par Khaoula Ben Hamida