Chronique d’une femme tunisienne scientifique…au Chili

0
188

Pur produit de l’école tunisienne et docteur de l’Université Paris Nanterre, c’est pour moi essentiel d’aller au bout de mes rêves et de mes projets professionnels. Par un ensemble de belles rencontres et de circonstances totalement inattendues, j’ai eu la chance d’intégrer le département de recherche en neurosciences de la faculté de médecine de Santiago du Chili. De cette expérience, je retire une véritable affection pour ce pays qui associe qualité de cadre de vie, dynamisme scientifique et paysages majestueux que je vais partager avec vous.

Un peu d’histoire
Pays de l’Amérique latine, le Chili pré-hispanique était peuplé par divers peuples amérindiens, les Incas au nord et les Mapuches au sud. L’histoire du Chili est marquée par plusieurs événements dont le coup d’état du général Pinochet sur le président Allende instaurant une dictature sanglante de dix-sept années. Le régime Pinochet est responsable de la mort d’au moins 3000 personnes faisant sombrer le Chili dans une grande crise économique. Le retour à la démocratie en 1990 remet l’économie au vert notamment grâce à l’exploitation stratégique du nitrate et du cuivre. Actuellement, le Chili fait partie des pays développés et présente les indicateurs de délinquances les plus bas au monde.
Le Ministère des Sciences conduit une stratégie évidente pour favoriser la croissance
scientifique au Chili. Grâce à d’importants fonds de recherche, il stimule les groupes de
chercheurs et de laboratoires extrêmement compétitifs dans leurs domaines d’activité.

Avec mon groupe de recherche, je travaille sur l’association entre la perte auditive, le
dysfonctionnement cognitif et les changements structuraux cérébraux au moyen de l’imagerie par résonance magnétique. En effet, il existe une relation directe entre la perte de l’audition et l’apparition de la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées. Nos recherches sont publiées dans divers articles scientifiques et présentés dans différents congrès internationaux en Amérique latine, en Asie, aux Etas Unis et en Europe.

Chill out avec les chiliens 

L’environnement de travail au Chili jouit d’une grande commodité où la froideur et la hiérarchie inutiles sont éclipsées par une charmante chaleur humaine. Je trouvais même bizarre d’avoir beaucoup de familiarités au travail. Toutes les occasions sont bonnes pour se réunir au tour d’un «Asado», un barbecue convivial accompagné de musique latine et de salsa. Comme une majorité d’enseignants-chercheurs, je partage classiquement mon temps entre trois grandes catégories d’activités : l’enseignement, la recherche et l’administration. Chacune de ces trois activités est importante et complémentaire aux autres. Fille de parents universitaires, je pense personnellement que l’enseignement est une véritable source d’échange et de richesse. Quant à la science, elle est essentielle pour les pays en voie de développement. Elle contribue à leur croissance culturelle, à leur qualité de vie et permet le transfert d’applications créatives. Je pense qu’il est important, surtout en Tunisie où la recherche scientifique n’est pas toujours valorisée, de prendre à bras le corps certains types de mesures. Plusieurs laboratoires exceptionnels ont des programmes de recherche qui génèrent des études reconnues à l’échelle mondiale. Cependant ils ont besoin d’un stimulus supplémentaire pour assurer l’évolution des jeunes chercheurs et avoir un impact sur le développement de la Tunisie.

Le Chili…une beauté sauvage

Je ne peux me permettre de parler du Chili sans évoquer combien je suis charmée par la beauté sauvage de ce pays perché entre la plus grande chaîne de montagne au monde et 6000 kilomètres de côte pacifique. Il est à la convergence de deux plaques tectoniques majeures faisant de lui l’une des zones à la plus forte activité sismique du monde. Terre de contraste, le chili offre une impressionnante variété de paysages et de climats dû à sa position géographique très particulière.
Au nord, le désert d’Atacama qui est le désert le plus aride au monde regroupe une variété de paysages lunaires impressionnants. D’immenses étendues rocheuses, une terre craquelée par la chaleur, des volcans aux cimes enneigées, des lagunes irréelles couleur bleu azur, des geysers d’eau bouillante qui sortent de terre en continue et des déserts de sel peuplés par de délicats flamants roses.

Désert d’Atacama

Ma ville coup de cœur au Chili est Valparaiso qui est une ville atypique et mythique. Une
véritable galerie d’art à ciel ouvert offrant une explosion de couleurs et de street art. Ses milliers de maisons multicolores sont accrochées sur une vingtaine de collines perchées sur l’océan.
C’est un véritable bonheur d’arpenter ses ruelles, de me perdre à la découverte de ses graffitis et de grimper dans ses funiculaires uniques au monde. Un vent nostalgique souffle sur cette ville qui fut jadis la plus importante porte d’entrée commerciale de l’Amérique latine et centrale. Avant l’exploitation du Canal de Panama, c’était une composante vitale du transport maritime mondial.

Valparaiso

Mon plus grand bonheur réside dans mes départs avec mon sac à dos à l’exploration de la
Patagonie chilienne, la Terre de feu, le vrai bout du monde! Très peu peuplé, le sud du Chili est un plongeon dans un décor unique et plein de surprises avec ses paysages grandioses, ses plateaux de vallées vertes et fertiles, ses rivières, ses fjords, ses forêts denses, ses glaciers et ses volcans enneigés qui côtoient les lacs gigantesques. La nature silencieuse y est tout simplement brute et majestueuse. Born to be wild !

Le Chili est tellement vaste, le plus long pays au monde, que ma notion de distance a pris tout une autre dimension. Moi qui trouvait le trajet Tunis-Sousse suffisamment long, je me retrouve à parcourir des centaines de kilomètres à l’affût de paysages à immortaliser par ma lentille.

Pablo Neruda, le prix Nobel chilien de poésie disait : Qui ne connait pas les paysages chiliens n’a pas vécu, j’avoue que j’ai vécu..
Alors que notre monde est de plus en plus technologique, de nombreux métiers vont disparaître. Il est précieux que les filles (comme les garçons) acquièrent des compétences diverses qui permettent une richesse de rebondissements importants. Il est crucial aussi de leur permettre, en tant que futures femmes, de se projeter vers des horizons variés. Personnellement, je me suis retrouvée littéralement seule au bout du monde où je n’ai compté que sur moi-même. J’ai appris une nouvelle langue, une nouvelle culture et un nouveau travail. Ma plus grande réussite était de transformer une sorte d’échec en succès et de m’en sortir plus grande. A toutes les femmes de Tunisie, croyez en vous et osez vivre pour vous.

Par Chema Belkhiria