Comme dans les films ou les magazines people, ces jeunes nourris à l’adrénaline de la passion et à la passion de la liberté, choisissent de vivre chaque étape d’une relation jusqu’au bout. Ailleurs, tout comme en Tunisie, les divorces express prennent de plus en plus d’ampleur. Un mariage à la vie, à la mort, ou encore pour le meilleur et pour le pire, mais c’est souvent uniquement pour le meilleur que ces jeunes se lient. Souvent pour faire comme tout le monde, parfois pour céder à la pression du futur conjoint ou de la famille, ou alors pour les feux d’artifices, pour se rassurer quant à l’image renvoyé du couple parfait qui sait se renouveler. Sorte de preuve que la signature ne fait pas peur, que c’est la concrétisation, l’ascension sociale dans le rang des responsabilités, le mariage attire encore les jeunes, bien que dans certaines sociétés l’on parle d’une institution dépassée.

En Tunisie, le nombre de mariage est en perpétuelle croissance chaque année. Entre 2011 et 2015, notre pays a enregistré une croissance de plus de 16 800 mariages par an, d’après l’Institut National des Sondages.  Malheureusement, le divorce suit aussi le même mouvement. Les chiffres augmentent chaque année et notre pays est passé de 12651 cas de divorce en 2011 à 14982 en 2015. Dans la tête de quelques uns, le mariage c’est la continuité d’une pseudo « routine » vécue durant les mois ou années de liaison…si liaison avant mariage il y avait.  Souvent mal préparée, la génération Y plonge dans le mariage, la tête en avant. Mais elle est vite rattrapée par une réalité dure à assumer. De plus en plus exigeante, la génération des 25-35 ans, peine à faire des concessions. Ce qui, autrefois, était la base de la réussite d’un couple, est devenu par son absence, une des causes des divorces actuels.

Mariage et responsabilités

Certains ne sont pas préparés à autant de responsabilités. « J’ai vécu 3 ans avec Meriem presque maritalement, avant de décider de nous marier officiellement. Je dis « presque », car à l’époque j’habitais seul et elle louait un studio à Sidi Bousaid pour poursuivre ses études à Tunis, sa famille étant originaire de Bizerte. Elle passait la nuit chez moi au moins 2 fois par semaine. Pendant des années, nous avons vécu un quotidien qui nous semblait parfait. Lorsque nous nous sommes mariés, je n’aurais jamais pensé que cela finirait chez le juge un an plus tard. Dans la tête de Meriem, le mariage nous faisait basculer vers un autre palier du couple. Elle a commencé à parler bébé et belle famille au lendemain du mariage. Tout d’un coup, il fallait aller dîner chez sa mère une fois par semaine. Il fallait non plus se débrouiller au jour le jour, mais cuisiner pour la semaine, descendre les poubelles tous les soirs, prévenir si je tardais etc. Je pensais que le mariage serait juste la « légalisation » de la vie à la « Carpe Diem » que nous menions jusque là. Mais nous n’avions clairement pas la même vision. Notre divorce s’est passé sans trop de dégâts, heureusement ! » Confesse, Amir, 29 ans.

Une sexualité à deux vitesses

Car si le mariage implique en plus de l’amour, une grande partie de responsabilités et de concession, il est aussi basé sur la connaissance profonde de l’autre et le désir mutuel, ce qui n’est toujours pas présent dans les mariages express ou arrangés. Sans aller dans le cliché ou le classique cas de l’éjaculation précoce ou le vaginisme, certains couples se retrouvent dans deux univers sexuels différents. « Comment expliquer à son mari que l’on ne veut pas se contenter d’un relation sexuelle par semaine en missionnaire ? » Raconte Leila, 32 ans, divorcée depuis 2 ans après 5 ans de vie commune. « Au début, nous vivions une sexualité épanouie et riche, voire même intéressante et surprenante. Petit à petit, et avec l’arrivée de notre petit, les choses ont commencé à changer. Je ne sais pas si c’était uniquement la fatigue qui était derrière la baisse de la libido de mon ex-mari, mais notre vie sexuelle a pris un sale coup en quelques mois. Si bien qu’au bout de 4 ans, nous en étions à une relation par semaine en missionnaire…pas de quoi grimper aux rideaux. Mon désir a commencé à s’épuiser. Et après avoir tenté quelques fois de rallumer la flamme, j’ai fini par succomber à la tentation ailleurs. J’avoue que j’ai eu tort de me laisser entraîner dans une relation extraconjugale. Mais c’est comme ça que j’ai compris que notre histoire d’amour était bel et bien terminée. Aujourd’hui, je suis divorcée mais je n’ai aucune envie de me remarier. »

Reproduire le modèle parental

Mais se marier est-il l’indicateur de la bonne santé d’un couple ? Certains le croient encore, à tort peut être. Car se marier pour faire comme les autres ou pour suivre le chemin classique d’une relation ne mène pas forcément à la case « Amour pour toujours ». Surtout si en cours de route, l’on se rend compte que la passion n’est plus au rendez-vous mais qu’on maintient la procédure. « Au pire je demande le divorce et tout est réglé. » S’était dit Selima la veille de son mariage, aujourd’hui séparée mais pas encore divorcée. « Je savais que quelque chose clochait dans le couple. Mais j’aimais trop Walid pour en deviner la cause. Trois mois après notre mariage, je voyais plus clair. Nous n’avions pas la même vision du futur. Lui avait en tête le modèle de sa mère, femme dévouée pour son mari et ses enfants, organisée, bonne cuisinière tout en étant femme active. Moi, je pensais que nous allions tout partager, y compris les tâches ménagères. N’étant pas simple salariée, mais à la tête d’une petite PME en croissance, il était évident pour moi que je n’allais pas pouvoir tout gérer toute seule. Il fallait faire des sacrifices des deux côtés. Chose que n’avons jamais réussi à faire. Walid a commencé à me faire des remarques sur mes heures passées au bureau, sur l’état de la maison, sur la cuisine. Tout ce que je faisais n’était soudainement plus suffisant. Lui qui m’encourageait à aller vers l’avant dans ma carrière a fini par m’avouer que ce n’est pas cette vie qu’il cherchait en se mariant. Heureusement que nous avons divorcé avant d’avoir eu des enfants. »

Chez ces jeunes, le divorce reste une alternative importante. Peut être n’auraient-ils pas sauté le pas de la mairie s’ils n’avaient pas ce choix…peut être pas. Qu’est ce qui a changé ces dernières décennies, faisant du divorce express un presque phénomène de société ? Une multitude de paramètres nous diraient les spécialistes. Mauvaise préparation aux responsabilités, mauvaise éducation sexuelle,  pression sociale, forte exigence ou encore infidélité sont autant de raisons qui mènent aujourd’hui au divorce en Tunisie.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?