C’est à vous: Récit de deux clients refoulés du restaurant de l’hôtel à cause d’un « bermuda »

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« En rentrant de Sousse, hier, après un séjour écourté contre mon gré,  je pensais avec tristesse à ce beau gâchis qu’est le tourisme Tunisien, un énorme potentiel massacré à coup d’incompétence et d’erreurs récurrentes frisant la mauvaise foi.

La mésaventure vécue par mon mari et moi à l’hôtel kantaoui bay steingerberger aurait pu arriver à n’importe qui. Je vais vous la raconter car elle m’a laissé un goût de fiel et quelque chose en travers de la gorge que je ne peux ni occulter ni passer sous silence.

Ma quête était simple, et les choses auraient pu se passer autrement sauf qu’il n’en était rien.  Je voulais prendre deux jours pour me reposer et me baigner –rien d’extravagant jusque là – mon mari a réservé dans l’hôtel Kantaoui bay Steigenberger.  J’ai fait une petite recherche  sur le net ( chat échaudé craint l’eau froide ) et j’ai compris que c’était l’ex impérial rénové. J’avais quelques réserves.  Je ne voulais pas être dans un endroit où il y a eu un massacre, mais mon mari m’a dit que c’était un acte de résistance contre le terrorisme et qu’il fallait tout faire pour encourager cet hôtel. Il m’a convaincue et nous voilà armés de livres, de beaucoup de musique et de crème solaire pour profiter d’une mer sublime .

Au moment de dîner, mon mari a été empêché d’entrer  au restaurant de l’hôtel (le self ) d’une manière assez grossière sous prétexte qu’il portait un short, lequel short est un  Bermuda lui arrivant au genoux. Je précise bien que c’est un short en toile et non un maillot de bain et sa tenue était plus que correcte. Dans le même restaurant des touristes portaient des shorts aussi courts que des culottes et personne ne les a inquiétés. Face à cette flagrante injustice raciste et discriminatoire, on nous a informé que c’était le règlement , or aucune communication n’a été faite sur ce point, cette information capitale qui nous  aurait conduit à choisir  un autre hôtel, sachant qu’on voulait être décontractés et que le restaurant qui servait une nourriture des plus ordinaires et insipides dont seuls nos hôtels ont le secret  n’a aucune classe particulière et qu’il s’apparente plus à un réfectoire ou à une cantine  .

On a refusé de se soumettre à cet ordre  et on a quand même rejoint  le dit restaurant car on a demandé que tous ceux qui étaient habillés en shorts devaient sortir. On nous a dit que pour les femmes c’était différent !!!! On a eu droit à un  sous directeur pas très charismatique, et à la police touristique qui n’a pas perdu de temps et s’est déplacée illico presto pour résoudre « l’affaire du short ». Bien sur, ayant affaire à deux avocats qui ont bien argumenté leur position, ils ont dû partir sans donner de suite.

Bien sûr, j’ai su que mes vacances étaient gâchées parce qu’on n’avait pas prévu un smoking pour rejoindre leur fameux RITZ dirigé par un chef étoilé.

On s’est calmés et on a quitté l’hôtel pour dîner ailleurs ;  au restaurant le golf, nettement plus prestigieux que le self de l’hôtel Steigenberger.  Et au golf, on a été accueillis  et servis sans aucune remarque sur la tenue « incriminée » ci-dessous :

short-couv

Sauf que les choses ne se sont pas arrêtées là. Le lendemain, un ami français et sa femme ont  été empêchés  de rentrer à l’hôtel ( on devait déjeuner ensemble) sous prétexte que le client en question qui est en l’occurrence mon mari est « puni » suite à l’incident d’hier. Notre ami était étonné et leur a dit que cela ne le regardait pas et qu’on n’avait pas à lui raconter cette histoire.

Nos amis qui, contrairement aux touristes all inclusive, vont consommer et déjeuner sur place on du quitter…

La maison  préfère le tourisme bas de gamme où on fait la queue pour boire un verre d’eau. Forcément et vu la tournure qu’ont pris  choses,  on a du quitter l’hôtel parce que les choses étaient devenues insupportables et qu’on avait l’impression d’être carrément dans une prison.

C’est vrai qu’au kantaoui bay Steigenberger le marbre côtoie l’ébène mais il ne suffit pas de remplir le cahier des  charges d’un 5 étoiles pour le mériter.  Un 5 étoiles c’est avant tout un service  de qualité, assurer un bien être. Mais là où on devrait être aux petits soins pour vous, on vous transmet le message que vous êtes une persona non grata chez eux et que sous les lignes ils n’ont que faire des Tunisiens dans leur établissement sur lequel ils ont jeté une Chape de plomb et qui s’apparente plus à un camp de concentration qu’à un Hôtel ; la prétention d’un palace sans les moyens , c’est prétentieux et  c’est petit .

On a contacté la direction générale en Tunisie ainsi que la chaîne allemande Steigenberger, on n’a eu droit à aucun mot d’excuse, aucune réponse, on a compris qu’une mauvaise publicité auprès des Tunisiens ne les inquiétait pas plus que ça puisqu’ils n’en avaient que faire.

Forcément avec cette attitude on ne se relèvera jamais. Tous les ans,  les Tunisiens sont victimes de cette « maltraitance »   insidieuse et vicieuse de beaucoup d’hôteliers  ou on nous fait payer le prix fort pour un service des plus médiocres. L’état actuel du tourisme n’est pas seulement la conséquence du terrorisme qu’on connaît, il est aussi la résultante d’un autre terrorisme, celui de l’incompétence; celui du manque de professionnalisme celui de l’absence de formation. On ne s’improvise pas hôtelier, c’est un savoir faire à part entière où on allie diplomatie et bienveillance. Chez nous, c’est l’alternance de l’arrogance et de l’amateurisme …et ça coûte très cher en plus. »

Dorra Fazaa