« Ils regardent, elles se couvrent, ils regardent, elles se couvrent, ainsi va la vie des femmes au Tunistan…

Il fait crevant, quelques courses à faire. J’enfile un bête tee-shirt et un bête short. Pas le genre de short où on voit la raie des fesses, j’ ai dépassé l’âge et l’allure nécessaires à cela, mais, comme je viens de dire, un short tout con à 10 cm de mes genoux cagneux. C’est parti. J’arrive à la poste, les regards se braquent, j’ai l’impression d’être entrée un kalchnikov en main, rien que ça.

Arborant une attitude nonchalante, limite masculine, je m’assois, près d’une dame qui ne cesse de fixer alternativement, mes jambes, puis mon visage. Le regard des hommes est lourd, visqueux, puant agressif, violent et violant, libidineux, répressif, dégoulinant comme d’hab en Tunisie quoi. Pourtant, je suis entraînée depuis des années à me détacher de ça, je subis ça depuis petite, je résiste. Rien n’y fait, ces hyènes te donnent l’impression d’être enduite de merde. Comment lutter contre ça ? En se couvrant ? Parce que c’est comme ça qu’ils arrivent à priver les femmes de leur corps, qu’ils arrivent au suicide de la beauté féminine, à en faire un mal. Pire, il peuvent convaincre quelques unes de faire pareil. Ils regardent, elles se couvrent, ils regardent, elles se couvrent… Ça se résume à ça.

Je sors héroïquement de la poste pour acheter le pain. Je regarde mes pieds soigneusement manucurés (exprès d’ailleurs) comme ça, j’ai leur compagnie quand je me repose d’affronter leur regard de merde. Je rentre dans le magasin. Du monde, cette fois-ci, il y en a qui ne font pas trop attention à moi. Je m’accroche à cet infime espoir. Elle est jeune, 18 ans max, j’ai l’âge de sa mère, fortement maquillée, un voile, elle pose son regard dédaigneux sur mes jambes, apparemment toujours enduites de merde, puis rencontre mon regard. Je lui souris du fond de mon cœur, elle ne sait pas quoi en faire et détourne la tête. Mais je l’ai vue réprimer le sien, je sais qu’elle a failli craquer.

Je rentre chez moi les rues sont vides, plus de couche de merde, je retrouve mon short et le délice de ma liberté individuelle. Non, les hommes ne forcent pas les femmes à se couvrir ou à se voiler, c’est plus insidieux, ils nous violent du regard depuis l’enfance… « Comment voulez vous lutter? »

Par Hinde Boujemaa