« Bien que le Parc National de l’Ichkeul est l’un des rares ou le seul parc dans le monde inscrit sur 4 listes mondialement reconnues dont la Réserve de la Biosphère, le Patrimoine Mondial de l’UNESCO et le Site Ramsar, il souffre d’une gestion en compétition entre 2 organisations étatiques qui se jettent les responsabilités des défaillances : l’ANPE (agence nationale de protection de la nature et l’environnement) qui draine beaucoup de financements des bailleurs de fonds internationaux, pour les dépenser dans des banalités. En effet, l’agence devrait commencer par interdire le pâturage de troupeaux ovins et caprins étrangers au parc, et la DGF (direction générale des forêts) à qui revient la conservation et la gestion du parc.

D’ailleurs, il est devenu indispensable de trouver une solution à l’étranglement, voire la rupture pure et simple de toutes les sources d’eau qui alimentent le lac Ichkeul suite à la construction de 5 barrages d’eau dans tous les bassins versants. Connu pour être un habitat naturel  d’une des plus importantes populations d’oiseaux migrateurs qui y passent l’hiver, ceux-ci l’ont déserté pour d’autres lieux et refuges dont le lac El-Kala en Algérie.

Autre problème : le buffle de l’Ichkeul, un des emblèmes du parc a aussi déserté les marais puisqu’il ne trouve plus le pâturage pour vivre. En effet, depuis la révolution, les pâturages sauvages ont vu leur nombre accroître dangereusement Des troupeaux de moutons et de brebis pâturent à l’intérieur des clôtures sans que cela ne semble inquiéter les responsables (à la date du 29 mars 2018, j’ai compté plus de 3400 brebis et plus de 900 vaches).

Pâturage intensif à l’intérieur du parc, un danger pour les buffles

Malheureusement, j’ai cherché les pauvres buffles jusqu’à 2 km en dehors du parc, dans un terrain appartement à l’Etat pour trouver de l’herbe. Ceux-ci ne supportent plus la compétition des animaux domestiques qui ont envahi l’Ichkeul. Une nouvelle forme de banditisme des éleveurs des villages limitrophes, qui ont cherché à garder des troupeaux par location pour d’autres éleveurs qui sont venus de l’intérieur du pays, même de Kairouan.

Oued Tynja fait toujours évacuer les eaux du lac Ichkeul vers le lac de Bizerte, bien qu’une écluse pour contrôler le niveau de l’eau du lac Ichkeul existe. Celle-ci coûte au contribuable des centaines de millions de dinars chaque année pour son entretien sans qu’elle ne soit utilisée.

Et ce n’est pas tout ! Une autre catastrophe guette de parc de l’Ichkeul : la sédimentation qui arrive dans des endroits du lac de 90 cm jusqu’à 1,30m. Cette sédimentation est due aux rares crues après les précipitations, qui amènent au lac des eaux chargées et qui ne s’évacuent pas par l’oued Tynja à cause de l’étranglement et l’obstruction de l’écluse non fonctionnelle depuis plusieurs années.

Le parc de l’Ichkeul sera bientôt considéré juste comme une zone humide ordinaire, une sebkha. Un séminaire d’urgence devrait bientôt être tenu pour réunir tous les intervenants, afin de trouver des solutions autour d’une table et essayer de sauvegarder ce qui reste à conserver. »

Par Abdelmajid Dabbar