Le cartable de la rentrée : cet arbre qui cache la forêt de problèmes.

Donner un cartable en septembre pour nourrir notre indifférence et recharger notre insouciance pour toute l’année !

C’est magnifique de voir toutes ces initiatives citoyennes autour du CARTABLE DE LA RENTRÉE mais je reste persuadé que la remise saisonnière d’un cartable sans aucun suivi par la suite est certes bénéfique mais volatile et labile hélas :

Un cartable ponctuel ne chasse aucunement le fantôme du décrochage scolaire qui rôde autour de nos enfants tous les jours : il y a la maladie, la pauvreté les problèmes sociaux etc.

Que vaut un cartable lorsqu’un enfant anémique sans aucun traitement (comme ces milliers d’enfants que nous examinons dans les villages) fatigué et manquant de concentration ne suit presque pas les cours ?

Que vaut un cartable lorsque des milliers d’enfants recensés (ayant le cartable) ne voient rien au tableau parce qu’ils n’ont même pas une paire de lunettes (le cas non isolé d’un élève qui est passé d’une moyenne de 6/20 à 14/20 comme par magie suite à un examen ophtalmologique et l’acquisition d’une paire de lunettes)?

Que vaut un cartable lorsqu’un élève sur trois dans certaines écoles a l’hépatite A parce qu’il boit uniquement l’eau du fleuve souillée par les déchets animaux (exemple : nous prenons 4 écoles sur 28 dans une délégation où ZERO école ne dispose de l’eau potable)?

Que vaut un cartable lorsqu’un élève convulse (des dizaines de cas diagnostiqués dans une région au nord) sur le chemin de l’école sans aucun traitement de fond (aucun élève de ces écoles n’est suivi : l’hôpital étant à 120 kilomètres et les frais de transport sont exorbitants) ?

Que vaut un cartable lorsque vous rencontrez des enfants avec des malformations et des déformations osseuses devenues handicapantes alors qu’elles auraient pu être traitées sans aucune mention spéciale à la capitale à 5 ou 6 ans (des enfants ont des doigts collés et des scolioses impressionnantes parce qu’ils ne peuvent même pas se déplacer dans un hôpital de grande ville) ?

Que vaut un cartable lorsque la pauvreté est la matière principale dans ces régions et lorsque des frères et sœurs partagent à peine un morceau de pain pendant la récréation, pieds nus sans doudounes dans un froid glacial ( -2 à 3 degrés dans des écoles que nous suivons) ?

Je pourrais me poser 1000 fois la même question pour dire à la fin la même chose :

J’ai bien peur que cette solidarité soit juste occasionnelle et que ce cartable solidaire si beau si mignon sur les selfies et photos soit l’arbre qui cache la forêt de problèmes.

Nous ne devons jamais faire pour faire, mais faire pour parfaire : c’est bien pour cette raison que depuis 7 ans nous nous sommes promis une chose : le projet INSTRUIRE c’est CONSTRUIRE de l’association AFREECAN doit impérativement fournir le cartable mais suivre chaque élève en lui assurant le suivi médical, social, scolaire et culturel À VIE et jusqu’à la fin de sa scolarité, parce qu’un seul enfant quitte l’école et c’est toute la NATION qui est en deuil.

Amine Manai