« Voici ma toute petite histoire:
Dimanche après-midi, je rentre d’une randonnée. Au lieu de prendre un taxi comme d’habitude, je remarque qu’à la Marsa il y a encore du monde. Je décide alors de prendre le train TGM. Nous les banlieusards, on a l’habitude de le prendre sans tracas et en toute confiance. Je monte. Je mets le kit et j’écoute tranquillement la radio. A la station Carthage Salambo, trois jeunes hommes montent. Ils se dispatchent dans le wagon, un comportement qui me met la puce à l’oreille. Ils sont entrain de monter un complot mais comment réagir […] Je ne me suis jamais sentie aussi visée. Deux se mettent dans des sièges en face de moi et le troisième derrière moi. L’un d’eux orchestre/pilote l’affaire avec ses yeux. Je le fixe du regard. Je serre mon cartable contre moi. Je mets ma main gauche dans mon blouson autour de mon téléphone. Arrivé à la station du Kram, l’un m’arrache le téléphone et les deux autres le couvrent. Je ne suis pas de nature à me laisser faire. Je l’attrape donc par la main et vu mon gabarit, j’arrive à le retenir. Les autres agresseurs révoltés commencent à me donner des coups un peu partout mais je résiste en honneur à ce sang qui coule dans mes veines. On me frappe alors sur la tête et je perds connaissance. Le wagon contient une vingtaine d’ « hommes » ironiquement indifférents face à tout ce qui se passe en face d’eux. Je suis la seule femme dans ce maudit wagon. L’indifférence et la lâcheté de ces individus sont révoltantes. On continue à me tabasser. On me traîne tout au long du quai. Et au final, on me jette sur les rails du train. Je reprends connaissance entourée d’une foule de personnes. J’ai du sang partout. On appelle la police, le SAMU, et la protection civile. On me demande de me rappeler d’un numéro. J’appelle maman. On lui explique que j’étais victime d’un vol de téléphone sans plus. Maman pense que je suis entrain d’attendre qu’on vienne me chercher à la gare sans plus. Elle m’envoie mon père et mon frère. Ils arrivent. Papa en voyant cette foule, ce bruit, et ces agents de sécurité et d’aide médicale n’ose pas avancer. Il craint le pire et s’accorde le bénéfice du doute. Il me pensait déjà morte. Je réagis avec mon frère. Papa se met contre le mur et remercie les cieux de me voir respirer. On me transporte aux urgences. Aujourd’hui, je me retrouve avec des hématomes, des blessures, des points de suture, entorse des deux chevilles, etc. Je marche à peine. Je suis entrain de suivre l’affaire pour tentative de meurtre. Je ne lâche pas prise. J’ai de la chance d’être encore en vie. Le taux de criminalité augmente en exponentiel. Le pays se heurte à un état d’insécurité hallucinant. On a mis la lumière sur les droits et libertés ce qui est bien mais on a oublié que sans le droit à la sécurité qui reste tout de même un droit, on risque de perdre ce qui nous est le plus chère: la vie. »

Zouhour Ouamara