C’est à vous: Hbib Belhedi réagit à la réduction du budget alloué à la culture pour l’exercice 2018

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Il semblerait que le budget alloué par le ministère de tutelle au « Festival international de Hammamet » pour l’exercice 2018 soit réduit de…65%

Depuis hier, une pétition circule pour dire non à cette réduction de budget, qui serait en phase de passer de 1.970.000 dinars à 748.000 dinars.

Habib Belhadi, directeur de la salle Le RIO à Tunis a écrit ce texte que dont nous partageons une partie avec vous. Le texte en entier est à lire par ici.

« Nul n’est besoin de remonter loin dans le temps pour rappeler la promesse de Zine Al Abidine Ben Ali en 2009, lors de la dernière campagne élective pour les présidentielles avant le 14 janvier 2011 et qui consistait à réserver 1% du budget total de l’Etat à la Culture.

Ben Ali a été fidèle à sa promesse et un calendrier s’étalant sur quatre ans – 2010, 2011, 2012 et 2013 – fut établi et approuvé. C’est ainsi qu’une augmentation effective du budget de la Culture a été mise en application pour les budgets de 2010 et 2011, atteignant les 1% du budget de l’Etat.

Puis, et grâce à la Révolution, ce budget a dépassé les 1% dans le budget complémentaire de 2011.

Sous le gouvernement de la « glorieuse « Troïka, et à cause du renforcement du ministère des Affaires Religieuses et le pillage des deniers de l’Etat par les partisans de l’Islam Politique et autres supercheries et priorités suspectes, ce taux est descendu à 0,63%, témoignant d’une grande foi dans le rôle de la culture de manière générale, et plus particulièrement dans son rôle en période de transition démocratique. Sans parler des promesses électorales mensongères…

D’une Troïka à l’autre, nous avons observé la détérioration faite au travail sur le secteur culturel et artistique. Même si le document de Carthage ne contient aucune référence à la Culture et à l’Art, nous avions espéré que, parmi ses signataires, certains défendraient les couleurs de la Culture. Force est de constater que la nouvelle Troïka a balayé ces espoirs d’un revers de la main et a mis fin aux illusions suscitées par les moults déclarations officielles sur le credo en la culture.

Pourcentage du budget alloué aux Affaires Culturelles pour 2018

Malgré l’augmentation de 4,3% du budget global de l’Etat pour 2018, nous nous attendions à une augmentation correspondante du budget de la culture, si ce n’est à davantage. Au vu de la pauvreté historique des structures et des ressources, et ayant entendu tant de fois dans les discours officiels le rôle que les dirigeants et les politiciens entendent donner à la culture en cette période très sensible (Terrorisme, transition démocratique…), nous nous étonnons du budget alloué.

Il aurait été équitable que le budget de la culture atteigne au minimum 288 000 000 DT

Cela sans prendre en considération la discrimination positive souhaitée dans le cadre de la restructuration du secteur et particulièrement la redistribution des ressources pour répondre aux besoins de cette étape fondamentale qui permettrait à tous les citoyens de bénéficier de programmes culturels, où qu’ils se trouvent sur le territoire de la république, de manière équitable, pour plus de décentralisation et de juste équilibre en matière de créations artistiques soutenues par l’Etat. Il ne faut pas oublier que 70% des fonctionnaires, cadres et ouvriers se concentrent dans la capitale et sa banlieue, alors que les maisons de culture demeurent vides et manquent d’équipements, de ressources matérielles, de cadres et de programmes.

La diminution entre 2017 et 2018

Budget global de l’Etat tunisien 32200 MD <—-> 35951 MD

Budget des Affaires Culturelles 257,650MD <—->  264,505MD

La part de la culture 0,80 <—-> 0,74

La perte ainsi enregistrée pour les ressources de la culture est estimée à 23 millions de dinars, en regard de l’augmentation relative du budget global de l’Etat tunisien. Cela en admettant que les ressources pour la culture de 2017 soient reconduites. Nous n’avons pas demandé la discrimination positive souhaitée. Cet écart, s’il s’appliquait, permettrait un grand apport, s’il était consacré à financer plusieurs secteurs de production, tels que le théâtre, le cinéma, la musique, la danse, les arts plastique, le patrimoine et l’animation culturelle, surtout pour les maisons de culture, les médiathèques et les festivals régionaux et locaux.

La détérioration visible

Il ressort clairement de ce budget que certaines institutions sont visées et que les dépenses des allocations destinées aux entreprises publiques non soumises à la comptabilité publique sont grevées de 392000DT, puisque de 25 247 000DT en 2017, elles régressent à 24 835 000DT en 2018..

En effet, le Centre Culturel International de Hammamet a été délesté de pas moins de 1.245 million de dinars, dont 1222 million de dinars au titre d’interventions publiques, ce qui représente 63% de son budget de 2017. Ceci signifie purement et simplement la paralysie de ses activités, tout en payant les salaires de tous les employés dans le cadre de son budget de fonctionnement ! Autant « fermer boutique », qui plus est avec les deniers de l’Etat.

Il semblerait que cette institution soit punie de ne pas avoir cessé de progresser et de proposer des programmes de qualité, attirant les jeunes et s’intégrant dans la dynamique sociale et culturelle du gouvernorat de Nabeul, tout en rayonnant au niveau mondial, honorant la Tunisie et rehaussant son image. Cette institution culturelle aurait mérité tout l’appui et le soutien de son ministère de tutelle !

La privation du théâtre amateur des 350.000DT alloués en 2017 donne à penser que ce secteur est indésirable et que l’implication des jeunes dans la création ne compte pas pour le ministère des Affaires Culturelles…

De même, la diminution de 15% sur les maigres 110.000DT consacrés aux stages et à la formation en 2017, jette les employés de la formation continue et du recyclage dans le désarroi. En effet, cette diminution réduit à 11 dinars par an et par agent les dépenses de formation de 8548 cadres, employés et ouvriers toutes catégories affectés au recyclage et à la formation continue dédiée à la remise à niveau et au développement des compétences. Cela ne peut que perpétuer l’exclusion habituelle du reste des animateurs et artistes, privés de ce droit parce que considérés comme des citoyens de seconde zone car ne faisant pas partie de la fonction publique.

[…]

 

Habib Bel Hedi