Être maman, ce n’est pas rock’n’roll tous les jours. Il faut assurer les réveils tôt, les tâches ménagères, les devoirs, la cuisine et les mets « healthy », le boulot, les activités parascolaires, les trajets quotidiens entre maison, jardin d’enfants, école et bureau…, les bains, les histoires avant dodo, les maladies et les nuits blanches à surveiller la fièvre, les caprices, le couple, l’intimité… et essayer dans tout ça de trouver un petit moment pour soi. Certaines mamans arrivent à se surpasser, à trouver du temps pour pratiquer une passion, un travail différent ; ces mamans « rock » arrivent à s’organiser différemment. C’est parce qu’elles « déchirent », qu’elles sont « rock » et que nous leur consacrons ce dossier. Loin de nous l’idée de donner des complexes ; ces pages sont une ode au formidable travail que font les mamans chaque jour, une source d’inspiration et une motivation pour que chacune de nous, en plus d’être maman, laisse une petite place pour accomplir un rêve, une passion. Ce dossier, c’est aussi pour vous dire que tout est possible et que même si certaines mamans n’ont pas le temps de faire des choses à côté, elles restent quand même des mamans « rock » à leur manière…

Chérifa Jaibi – Co-fondatrice d’Akacia Production, 32 ans, mariée, une fille de 4 ans et demi

Le duo de la saison « Dweto el mawsem », c’est Haysam et Chérifa. Ils montent sur scène à chaque soirée « Al Kitsch al Arabi al Assil » (NDLR : l’authentique kitsch arabe). Elle danse en total look d’une danseuse du ventre, il mixe, et les présents peuvent se déhancher sur la playlist de pop oriental des années 80 et 90. Mais le vrai travail de Chérifa est beaucoup plus qu’une simple prestation scénique autour d’un concept musical décalé. La jeune femme, qui a dans son sac une maîtrise en littérature, a fait aussi un master en marketing culturel. « Un master auquel a pris part mon mari et suite auquel nous avons lancé notre boîte de production Akacia, qui gère l’organisation d’événements et manage des artistes. », m’explique cette maman rock au sens littéral du terme.

Piercings et tatouages au corps, les défis et les contre-courants, ça la connaît. L’underground également. Si bien que la boîte de prod se spécialise dans la nouvelle scène arabe. Lancée en 2009, Akacia finit par décoller au lendemain de la révolution, en organisant le festival « Musiqa Wassalam » sur 3 éditions. A cette époque, le couple n’est pas encore marié et bébé pas encore en route. Lorsque Chérifa et Mohamed se décident à lancer la tournée « Tunes » en 2014, ils ont une autre vision de l’avenir. Ramener des artistes de la nouvelle scène arabe, organiser des concerts, mais aussi exporter le concept, et pourquoi pas, partir s’installer à Berlin.

Le programme sera modifié avec l’arrivée de Frida. « Un bébé change tout dans votre vie. On ne prend plus de risque comme avant. On a décidé de rester en Tunisie pour le moment. Depuis que Frida est là, pas de place pour les longs voyages. Là, nous avons même prévu de l’emmener avec nous à la prochaine escapade. Ce sera un classique : Disney, car elle a désormais plus de 4 ans.»

Car pour Chérifa, pas question de bousculer le quotidien de Frida. La petite garde un rythme classique, réveils et couchers tôt, jardin d’enfant et les deux « mamies » pour baby-sitter. « C’est important pour moi de garder un rythme classique, de passer du temps avec ma fille. Entre 17 et 20h c’est notre moment « famille ». Après son coucher, il m’arrive de sortir pour travailler. Donc je la laisse avec son père, ou chez ma mère lorsque nous travaillons tous les deux. » Mais ce n’est pas non plus le service militaire. Frida est consciente du travail pas très classique de ses parents. La scène, elle connait. Les artistes aussi. Elle a joué avec Sabry Mosbah et posé avec le groupe Mashrou’ Leila. « Quand nous préparons un concert, il arrive à Frida d’assister au « sound check ». Elle assiste même à certains spectacles, comme celui de Ghalia Ben Ali, cet été à Hammamet. Elle va dans les coulisses et rencontre les artistes. Elle aime bien cet univers. D’ailleurs elle sait à peu près ce qu’est le concept du « Kitsch al Arabi ». Quand elle me voit en tenue, elle me dit : « Tu vas au Kitsch maman ? », alors qu’elle n’y est jamais allée. »

Imprégnée et influencée par ce monde la Frida ? « Elle me dit qu’elle a hâte de grandir pour faire comme moi. Je lui raconte et explique tout. Elle est impliquée dans notre vie professionnelle, regarde nos vidéos de spectacles, essaie de m’imiter et a même sa petite tenue de danse orientale. »

Lorsqu’ils sont en période intense de travail, durant un festival ou une tournée, le couple essaie de garder un quotidien classique avec certains repères. « Durant ces périodes, elle est souvent chez ma mère ou ma belle-mère. Avant j’avais une aide-ménagère qui restait un peu après l’heure. Mais depuis un moment, Frida ne reste que chez les grands-parents. Nous, on essaie d’être là de 17h à 20h, on l’emmène avec nous sur terrain et on lui explique où on sera le soir. Le seul problème, c’est le réveil le lendemain. Je dois assurer même si je rentre à 3h ou 4h du matin. Je dois l’habiller, l’emmener au jardin d’enfants… et gérer la fatigue. »