Cancer du sein : Dr. Ghazi Jerbi, cancérologue, répond à nos questions

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En Tunisie, environ 3000 cas de cancer du sein sont dépistés chaque année. Malheureusement, ce chiffre est à même d’augmenter dans les années à venir.

Nous avons rencontré Dr. Ghazi Jerbi, cancérologue et Président de l’association Nourane qui œuvre pour la prévention des maladies cancéreuses, qui a répondu à nos questions. 

Femmes de Tunisie : Parlez-nous du cancer du sein

Dr Ghazi Jerbi : Il s’agit d’un cancer très répandu qui continue à nous poser problème car on n’arrive pas à connaître exactement quels en sont les facteurs causaux. Néanmoins, on connaît pas mal de facteurs favorisants et on sait depuis quelques années qu’il y a des cancers dits génétiques/héréditaires, qui représentent entre 5 et 10 % des cancers. Il y a à peu près une femme sur 10 qui a un cancer qui lui a été transmis par sa mère, sa sœur ou sa tante (maternelle ou paternelle étant donné que notre patrimoine génétique émane  50% du père et 50% de la mère).

F.D.T : Avez-vous des chiffres à nous communiquer ?

Dr G.J : Le cancer du sein est de loin le premier cancer de la femme. C’est le cas dans tous les pays, principalement occidentaux. Selon les statistiques mondiales, il toucherait à peu près une femme sur neuf. Ces chiffres ont connu une augmentation ; maintenant, on peut parler d’une stagnation de l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas par an pour 100 mille femmes.

En Tunisie, il concerne à peu près le tiers de tous les cancers qui touchent la femme tunisienne. Mais malheureusement, nous manquons de statistiques bien faites.  Il y a quelques années, on parlait de 2000 nouveaux cas par an, maintenant on est peut être à 3000 nouveaux cas et selon les prédictions des statisticiens, on ira vers 4000 nouveaux cas en 2024. Ce cancer touche toutes les tranches d’âge mais il est particulièrement fréquent à partir de 40 ans en Tunisie et de 50 ans dans les pays occidentaux.

F.D.T : Comment dépister et prévenir du cancer du sein ?

Dr G.J : Il y a plusieurs manières d’éviter d’avoir un cancer avéré ou à un stade avancé. Concernant les cancers dits génétiques, on peut les dépister précocement via une analyse sanguine qui peut déterminer s’il y a une prédisposition chez la descendance ou les collatérales d’un cancer du sein. [D’ailleurs, Angelina Jolie s’est fait enlever les deux seins pour échapper à la survenue du cancer quand elle a su qu’il y avait une prédisposition génétique].

S’il y a dans une famille plusieurs cas de cancer du sein, on peut identifier si la descendance ou les collatérales peuvent développer ce cancer grâce à un prélèvement sanguin qu’on fait actuellement en Tunisie ; certaines structures le font notamment en collaboration avec des centres européens. Ceci est un lot de 5 à 10 %.

Le dépistage proprement dit repose sur la pratique d’un examen radiologique et la mammographie. C’est un dépistage dont le bénéfice sur la réduction de la mortalité par cancer est prouvé dans les pays occidentaux à partir de 50 ans, à raison d’une mammographie tous les 2 ans. En Tunisie, ce dépistage de masse ; c’est-à-dire quand toute la population ou la population d’une zone donnée répond à l’appel de venir se faire faire des mammographies à partir de 40 ans ou 50 ans, n’a jamais été fait. On a plutôt effectué des expériences « sauvages » et non de masse.

Par ailleurs, certains symptômes mammaires peuvent inciter une femme à aller consulter même si elle n’a pas encore 40 ans ; si elle sent une boule dans le sein, si elle observe un écoulement mamelonnaire, si elle observe une modification de la peau du sein, une déformation, une asymétrie, etc. Le médecin jugera si elle devra faire une échographie mammaire, une mammographie ou les deux : il ne s’agit pas là d’un dépistage mais plutôt d’une consultation. Car on parle de dépistage quand une femme qui n’a rien du tout décide de se faire faire un examen radiologique pour la détection d’une lésion qui n’a pas encore fait parler d’elle. C’est une lésion qui est dite infraclinique. Le but est de les traiter à temps pour augmenter les chances de guérison.

Quant à la prévention, ce qu’on recommande actuellement, c’est une bonne hygiène de vie et une activité physique régulière.  C’est démontré maintenant que pour le cancer du sein et le cancer du colon, l’activité physique régulière peut réduire le risque de survenue de ces maladies. Et puis, il y a d’autres facteurs comme une alimentation saine ; il faut réduire la consommation de sucre et de sel, il faut privilégier les légumes, réduire la consommation de viande rouge et bannir le tabac qui est incriminé comme facteur favorisant pour la plupart des cancers.

F.D.T : Parlez-nous de l’association Nourane

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