Billet: Confinement productif: utopie réaliste?

0
154

Vous connaissez le confinement productif ? Le confinement créatif ? Celui dont tout le monde parle depuis le début de la crise. Le confinement qui nous fait faire 30 minutes de yoga à 7h00 du matin (parce que oui, il est important de garder ses habitudes et donc de mettre le réveil à la même heure). Le confinement qui nous permet ensuite de travailler depuis chez soi, sans passage par la case « embouteillages »…Le télétravail, ça s’appelle. Cette option qu’on a maintes fois demandée à notre employeur, histoire de se ressourcer.

 

Le confinement nous permet d’être plus productif que d’habitude, puisqu’on ne croise les collègues qu’en mode téléconférence. Zoom, Hangout, Visio.tn… le tout est de ne pas rater la réunion du matin (parce que oui, il faut garder ses habitudes et la réunion du lundi matin pour le dispatching des tâches, c’est sacré). Et puis après chacun vaque à son télétravail. Le confinement productif, pour faire ce qu’on faisait en 2 heures en à peine une heure. Voilà, ça nous laisse le temps de préparer à manger. Parce que le confinement responsable concerne la cuisine aussi. Après avoir fait du Yoga, du HIIT, du télétravail deux heures durant, on est d’aplomb pour cuisiner bio ou pas. Là n’est pas le problème. Le confinement créatif nous permet d’apprendre à cuisiner en deux temps deux mouvements, même si on n’a jamais réussi à préparer des pâtes blanches. Ben quoi on en profite… Du temps pour soi, ce n’est pas tous les jours qu’on peut aspirer à cela. Alors ce midi, c’est riz thai et poulet curry. Chiche !

On scrolle les réseaux sociaux pendant la pause déj, on s’imprègne à la fois de toutes les news concernant le foutu virus, on compte le nombre de contaminés dans le pays, le nombre des morts en Italie, le nombre de masques en France, le nombre de conneries débitées à la seconde sur ta timeline de Facebook, Instagram, Twitter, TikTok…. Et on se décide à rendre notre confinement encore plus productif. Ce n’est pas assez. A voir comment les autres gèrent la crise, on a raté notre vie…ou ce qu’il en reste. Alors on s’y met. Il faut sortir plus grand de cette parenthèse. Vite une langue à apprendre, un tutorial à suivre, un livre à écrire. Et on se rue sur le grand fleuve tranquille du net à la recherche du graal, de cette compétence que l’on va devoir acquérir en deux, trois, quatre…six semaines.

 

Ah mais j’oubliais, dans le confinement idéal, il faut donner du temps aux autres, discuter avec sa famille, passer du « quality time » avec ses enfants, faire des activités, se déguiser, jouer à la dinette, faire de la pate à modeler homemade, et étudier à distance. Dans le confinement familial idéal, il faut appeler les proches sur watsapp et se recentrer sur son couple, essayer de se réinventer (non, non, pas en pyjama s’il vous plaît), faire  l’amour plus souvent (en ayant quand même cette foutue épée de Damoclès qui nous rappelle qu’on peut tous crever si ce virus n’est pas éradiqué…sexy à mort !)

 

Mais tout cela n’est rien, si notre confinement productif/créatif n’est pas partagé avec les 3 milliards de personnes confinées sur la planète terre. Alors, on trouvera bien un petit moment pour tweeter, facebooker, lancer un live avec une célébrité (ou pas), ou carrément publier une vidéo faite en quelques secondes sur Instagram. Fastoche !

Soyons un brin philosophe quand même. Nous en avons grand besoin en cette période de crise pour pouvoir survivre. Etre productif et créatif ce n’est pas tout. Regarder le monde s’agiter comme ça face à une petite boule invisible suggère un minimum de recul pour divaguer sur la nature qui se rebelle, le monde qui bascule, le capitalisme qui s’écrase. Philosopher quoi, lire du Deleuze, du Kant, du Beigbeder…Il faut en profiter pendant le confinement. Après tout, nous n’avons pas toujours le temps de réfléchir en temps normal.

Alors vous connaissez le confinement productif ? Le confinement créatif ? Celui dont tout le monde parle depuis le début de la crise ? Surement ! Mais de vous à moi, si vous passez la journée à végéter, à manger, à regarder des séries, à déconner avec les amis dans des groupes de conversations multiples, à lire (ça par contre j’ai pas pu m’empêcher de suggérer hein…), à se souler, à pleurer un bon coup, à essayer de gérer vos émotions, vos angoisses, vos mômes (là c’est le grand prix)… c’est pas plus mal. Ca nous aura fait des vacances, certes mouvementées, mais des vacances quand même quand tout ceci sera terminé. Et puis on aura surtout participé à notre manière à éradiquer cette saloperie en obtempérant aux consignes : CONFINEMENT SANITAIRE pardi, ni productif, ni culturel, ni créatif. #Ched_Darek