BARAA et l’amour du Haïk entre deux continents

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Je connais Baraa depuis… toujours, ou plutôt je pensais la connaître. En l’interviewant, j’ai découvert une autre facette d’elle. Une Baraa passionnée, amoureuse de son métier et qui en parle pendant des heures sans s’en lasser.

FDT : Comment est née ta passion pour la création de vêtements ?

BARAA : J’ai toujours baigné dans ce monde. Ma grand-mère était une grande couturière et ma mère a habillé les plus belles mariées de Kélibia. Durant mon enfance et mon adolescence, je la voyais beaucoup travailler et malgré ça, elle a toujours été très présente pour nous, une mère forte et indépendante. Cependant, elle ne m’avait jamais encouragée à suivre ce parcours qu’elle trouvait dur. J’ai donc fait des études de langues, et travaillé pendant plusieurs années. Mais un beau jour, celui de mes 30 ans, j’ai décidé de devenir totalement indépendante dans tous les sens du terme, lui ressembler quoi ! J’ai donc repris les études, et tout recommencé à zéro… J’ai fait ESMOD en me spécialisant dans le prêt-à-porter. Après avoir effectué plusieurs stages en Tunisie et à l’étranger, BARAA est née.

FDT : Pourquoi le haïk ? 

BARAA : Parce que j’aime les matières naturelles et en particulier cette matière-là, soit le haïk de lin. J’aime voir la matière évoluer devant moi. En travaillant avec les artisanes, je me suis rendue compte que je les aidais à évoluer elles-mêmes, à subvenir à leurs besoins, à s’épanouir. Donc au final, j’aime le haïk parce qu’il m’a permis de rentrer dans la vie de chaque artisane et d’échanger. Chaque collection a une histoire à raconter.

FDT : Pourquoi avoir choisi le positionnement du luxe ?

BARAA : Tout simplement parce que, pour moi, le fait-main c’est du luxe. Paradoxalement, le fait-main tunisien à l’étranger a toujours été lié au bas de gamme. Quand j’avais commencé, il y’a 10 ans, la seule personne qui l’avait mis en valeur c’était Leila Menchari, ensuite El Hanout. Alors, avec d’autres créateurs, on a voulu faire de même et placer la barre très haut… Il fallait donc exiger une bonne finition et une belle matière. C’était un vrai challenge. Il faut aussi que la personne qui l’achète connaisse sa valeur ainsi que l’histoire qu’elle raconte. Je pense que tout cela ne peut être que du luxe.

FDT : Décris-nous la femme BARAA 

BARAA : La femme BARAA est une battante. C’est une femme pleine de vie, qui aime jouer de son charme. Elle est épanouie, bien dans sa peau et aime être différente des autres. La femme BARAA doit briller à travers le vêtement et non le contraire.

FDT : Si tes créations pouvaient parler, quel message voudraient-elles passer ?

BARAA : La liberté ! L’humain. J’aime la femme libre qui s’assume, qui assume sa féminité, qui se bat, qui est forte mais en même temps douce… C’est ça le message derrière BARAA.

FDT : Quelles sont tes inspirations pour chaque collection ?

BARAA : En réalité, tout m’inspire. Le quotidien m’inspire, la rue m’inspire, la mer m’inspire. Mais il y’a un fil conducteur et c’est avant tout le bien-être. Je prends toujours en considération la pureté des lignes. La collection 2017, c’était les coquillages, la prochaine ce sera plutôt Cuba.

Par ailleurs, le contact avec les gens m’inspire. J’aime les gens et je me nourris de ça. Je pense que ça doit être parce qu’on a toujours vécu en communauté dans ma famille.

Quand je vivais à Tunis, j’allais souvent à l’aéroport pour observer les gens, la diversité des humeurs et des styles… A Paris, il suffit de rester dans un café et voir défiler les passants. Ensuite, je rentrais et j’étais chargée d’idées. Et puis, il y a beaucoup de richesses à vivre entre les deux continents.

FDT : Parle-nous de tes projets

BARAA : Il y en a beaucoup, et je ne peux pas encore tous les annoncer, pour réserver le suspens.

Mais je peux vous dire qu’une collection Homme va bientôt voir le jour et que de nouvelles boutiques vont proposer les créations BARAA notamment à Monaco, Cannes, Saint-Jean-Cap-Ferrat ou encore à New York.

Par ailleurs, je suis en train de créer un centre de tissage et de formation de tisserands à Kélibia. Je voudrais ainsi aider à sauver cette force du pays qui est en train de disparaître au moment même où il faut valoriser le fait-main tunisien. Je voudrais aussi ramener des créateurs de l’étranger pour qu’ils y réalisent leur propre collection.

D’autre part, et dans la continuité de ma collaboration avec les peintres, qui a d’ailleurs commencé avec mon oncle Raouf Gara, je compte reproduire la même idée avec deux autres artistes en Tunisie et à l’étranger dont je dévoilerai les noms en temps voulu.

FDT : Tu enchaînes les allers-retours entre la France et la Tunisie. Comment arrives-tu à concilier entre ta vie de famille et celle de femme active ?

BARAA : A vrai dire, ce n’est pas évident du tout. C’est même très dur, on a toujours les affaires dans les valises (rire). Mais il se trouve que j’ai un mari très compréhensif qui m’encourage beaucoup et une famille extraordinaire sur qui je peux compter. Je surfe toujours entre la mère et la créatrice. Il m‘est arrivé plusieurs fois de freiner un peu, pour profiter plus de mon fils et le voir grandir… Mais il m’est aussi arrivé de travailler sans relâche pendant 5 ans. Je ne remercierai jamais assez mon mari et ma famille. Et puis, vivre entre les deux rives de la méditerranée, dans des endroits aussi riches culturellement que Monaco, Nice, Tunis et Kélibia, est un avantage extraordinaire pour la créativité.

FDT : Quel conseil peux-tu donner aux jeunes créateurs qui voudraient se lancer ?

BARAA : Never give up ! Il faut s’accrocher et ne surtout pas baisser les bras au premier barrage. Si je suis arrivée là aujourd’hui, c’est vraiment parce que je me suis battue malgré toutes les difficultés que j’ai pu rencontrer ; les artisans, les allers-retours, les imprévus, le fait que je fasse tout toute seule, etc.

Informations pratiques :

Les articles BARAA sont disponibles à

– Hôtel Four Seasons Tunis, Gammarth, Tél : 31 260 000.

Jeweb Fissaa avec BARAA

Pour ce deuxième Question/Réponse, nous avons interviewé la créatrice de la marque BARAA, notre "Talent" dans le prochain numéro de Femmes de Tunisie 🙂

Gepostet von Femmes de Tunisie am Montag, 26. März 2018